L’artiste du mois | Camille Soualem

Ce qui frappe dans la peinture de Camille Soualem, c’est son honnêteté. Les images présentent des femmes qui vivent, souvent nues, des instants épicuriens simples et francs, sans fioritures ou faux-semblants. On a voulu l’interviewer pour en savoir plus sur son parcours.

 

source

 

Quand as-tu commencé à créer ?

J’ai commencé assez tard, à 18 ans. Ça s’est fait par des rencontres, je me souviens notamment d’une fille qui dessinait tout le temps dans un carnet et ça m’avait donné envie, j’avais beaucoup échangé avec elle et elle m’avait poussée à dessiner donc c’est comme ça que j’ai commencé le dessin. C’est ensuite grâce à la prépa que j’ai ensuite commencé à me mettre à la peinture.

 

 

Quels ont été tes premiers coups de coeur artistique, notamment dans l’enfance ?

Je me souviens d’avoir appris à l’école la vie de Van Gogh par exemple, et j’aimais beaucoup ça, les ateliers de dessin… mais après c’est resté un peu anecdotique pour moi, quand tu grandis t’arrêtes un peu de dessiner. Plus tard, j’ai eu beaucoup envie de me mettre à la peinture, par rapport à Basquiat et à son histoire personnelle.

 

Basquiat, c’était quelqu’un que tu admirais durant ton adolescence ?

Exactement. Je trouvais ça super intéressant – et ça concerne tous les artistes du « Bad Painting » – cette vision qui s’oppose à un art institutionnel assez propre, comment on peut arriver à contrer ça par l’esthétique.

 

dejeuner sur l herbe - copie

 

Qu’est-ce qu’il te plaît particulièrement dans la peinture ? Est-ce que tu as déjà essayé d’autres pratiques artistiques ?

J’ai commencé à peindre avec de la peinture à l’huile, sans apprendre aucune technique ; donc je cherchais, je trouvais moi-même des façons d’avoir des effets… par exemple dans mes premières peintures dans le temps, je les ai faites sur du papier avec beaucoup d’huile, beaucoup de térébenthine, y a des trucs qui sont toujours pas secs (rires). Le papier est complètement niqué… Ce médium m’a plu parce qu’il est gras, parce qu’il y a un truc quand même un peu sensuel, y a une force, une confrontation avec le médium qui se rencontre différemment dans d’autres peintures comme l’aquarelle qui est beaucoup plus fluide. Là il y a comme une résistance, tu peux mettre beaucoup de matière, tu peux en enlever, tu peux recommencer… tu peux vraiment avoir un long processus pour construire ta peinture et ton dessin. Ça c’est ce qui m’intéressait. À part ça, dans ma pratique d’atelier, y a toujours des moments où je bricole, où je ramasse des miroirs et je peins dessus, où je récupère des petits objets et je fais des petites poupées… ça m’aide à réfléchir, mais c’est une partie que je garde comme on garde un carnet de croquis. J’ai testé d’autres médiums comme la forge et le plâtre, mais je n’y ai pas trouvé autant de plaisir que dans la peinture à l’huile.

 

LASTRONOME retouche

 

Est-ce que tu fais un lien entre ta pratique artistique et tes convictions politiques ?

Mes peintures sont inspirées de ma vie. Forcément, quand tu as des convictions politiques, y a des choses que tu fais ou que tu fais pas. Par exemple, des choses toutes simples comme aujourd’hui, deux femmes qui se retrouvent autour d’un café pour parler d’art, en soi ça représente quelque chose d’hyper symbolique pour moi, donc je vais peut-être le peindre. Après, ça se fait assez naturellement, dans les sujets que je choisis, je ne me dis pas « ah tiens, je vais faire une peinture féministe », ou « ah tiens, je
vais peindre une minorité juste pour peindre une minorité », ou comme si j’écrivais un discours politique. C’est naturellement ce qui transpire dans ma peinture.

 

fruitRETOUCHE

 

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux ? Par exemple, est-ce que tu aimes les utiliser pour montrer ton art ? Penses-tu qu’ils modifient ta manière de créer – que ce soit par les influences des personnes que tu suis, ou par des retours sur ton travail ?

Quand je me suis inscrite sur instagram, le premier truc que j’ai trop aimé, c’est que j’ai découvert plein d’artistes que je n’aurais jamais découvert-e-s dans des musées ou aux expos que je pourrais voir en France. Des artistes hyper varié-e-s, des illustrateurs/ices, des peintres, des tatoueur/euses… Aussi, c’est un outil qui m’a permis de rencontrer des gens, de montrer un peu mes peintures – même si je m’interroge un peu sur la manière de gérer ça, est-ce qu’il faut que je mette toutes mes peintures, comment utiliser cette plateforme… Mais en tout cas c’est super bien pour communiquer avec des gens, on se rend compte qu’on a des intérêts qui se regroupent, on échange sur des sujets avec des gens qu’on aurait jamais rencontré-es autrement, on suit les actualités des artistes qu’on aime pour voir si on a des expos vers chez toi…

 

Est-ce qu’il y a des peintres / artistes qui t’inspirent ?

Je regarde beaucoup de peintures, j’aime le travail de kery James Marshall et Nicole eiseman ou Jordan Kasey par exemple. Mais j’aime aussi la peinture du quatrociento et j’avais adoré l’expo Fontana au MAM aussi. Après c’est de l’ordre du sensible, de la sensation, de la sensualité.

 

Revolution

 

Retrouvez Camille sur instagram en cliquant ici !

 

L’artiste du mois | Charline Bataille

Tatoueuse, peintre, créatrice, Charline Bataille est une artiste à multiples facettes basée à Montréal. Son esthétique explosive est reconnaissable au premier coup d’oeil. Artiste engagée, elle représente des personnages à la fois mignons et féroces qui défient l’ordre établi.

 

charline

 

Qu’est-ce qui dans ton parcours t’a amenée à la création ? Quels ont été tes premiers coups de coeur artistiques, tes premières influences ?

Ma mère est sûrement la première influence que j’ai eue! Toutes les deux, on est obsédées par le visuel, la beauté, la cohérence! Quand j’étais jeune, je me rappelle, si elle ne trouvait pas ce qu’elle voulait, elle le faisait elle-même! Elle achetait des meubles de seconde main et les peignait à la main, elle a démarré sa compagnie de graphisme dans sa vingtaine, elle est vraiment quelqu’un qui attend pas que les choses lui soient données, elle créé ce qu’elle a besoin de voir dans le monde ! J’ai l’impression que c’est dans cet esprit que j’ai commencé à tatouer, je ne voyais pas de tattoos qui me plaisaient alors j’ai voulu le faire moi même. Autrement, mes dessins ont toujours été profondément autobiographiques.

 

charlinebatail

 

Tu crées sous différentes formes : tatouage, dessin, peinture, volume, et même peinture sur vêtements ! Est-ce que tu as une préférence parmi ces manières de créer (et si oui, pourquoi) ?

C’est sur que tatouer, c’est totalement fascinant. Ce médium la est complètement différent parce que chaque tattoo que je fais est comme une collaboration avec la cliente. J’apprends beaucoup et ça me pousse à explorer des imageries et des sentiments qui viennent de l’extérieur de moi, c’est vraiment enrichissant. Pis c’est sur c’est aussi vraiment cool comme médium! Les machines, la permanence, le fait que l’art bouge et voyage. Peindre, c’est plus personnel. Je le fais quand j’en ai besoin, c’est une thérapie. La sculpture c’est une exercice de patience. J’aime tous les médiums, je trouve que je suis chanceuse de pouvoir tout les utiliser, ça garde les choses piquantes!!

 

 

Considères-tu ta pratique artistique comme engagée politiquement ?

Ouais c’est sûr ! Je tatoue des gens queers en majorité et je passe beaucoup de temps à parler de corps et d’expériences de vie avec eux. Pour moi, c’est ma preuve que mon travail est queer. Je dessine des personnes laides, poilues, grosses, j’essaye de créer des images qui normalisent mes amis.

Je pense aussi que le fait que je partage beaucoup de mes sentiments et pensées sur Instagram sans vraiment m’en faire sur le fait que c’est pas “professionnel” c’est une façon d’adresser l’accessibilité ou le manque de dans les attentes du capitalisme. Une façon de créer un moule dans lequel être vulnérable n’est pas un obstacle au succès.

 

 

Quelle est ta place dans le monde de l’art, et plus spécifiquement le milieu du tatouage ? Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais voir changer ?

A place with nobody to stare at non binaries bodies, a place with no culturally appropriative images on the walls, a place with no intrusive forced HIV disclosure and shaming, a place with consent forms that ask for the person’s pronouns, a place that is wheelchair accessible, a place that hires and give managing positions to people of colour.
As white tattooers, we have to step down, we have to take less space. A place where you don’t need to be ‘professional’, meaning a place where it is known and celebrated that you, as a client or worker, are a person with feelings. A place that doesn’t except you to hide your feelings, put on a fake face, be courteous. A place where you can truly connect and be yourself. A place where you don’t need to build a tough skin to survive, a place where your own skin is always enough. A place that offers sliding scales.
A place that holds regular meetings to address racism and a place that acknowledge the origin of tattooing, a place that does NOT think that tattooing is a only hundreds years old.
A place that doesn’t glorify violent colonisation images, A place where Sailor Jerry isn’t a God. A place that does not exploit people. A place that gives a living wage to all.
A place where HIV and hepatitis C are NOT seen as disgusting or something to joke about.
A place where fat people are seen as beautiful and where tattoos on skins full of cellulites still make it on instagram, a place where, as soon as they come in, women dont feel intimidated, a place that takes sexual assaults seriously.

 

(Traduction par le collectif)

Un lieu où personne ne dévisage les corps non-binaires, un lieu sans images qui approprient des cultures, un lieu sans obligation intrusive de dévoiler son statut séropositif et sans honte, un lieu avec des formulaires de consentement qui demande les pronoms de la personne, un lieu qui est accessible en fauteuil roulant, un lieu qui engage et donne des positions de management au personnes racisées.
En tant que tatoueur-euses blanc-hes, nous devons passer la main, nous devons prendre moins d’espace. Un lieu où on n’a pas besoin d’être « professionnel-le », c’est-à-dire un lieu qui est connu et célébré pour soi, en tant que client-e ou travailleur-euse, en tant que personne ayant des sentiments. Un lieu qui qui ne nous demande pas de cacher nos sentiments, créer un masque, être courtois-e. Un lieu où nous pouvons réellement nous rejoindre et être nous-même. Un lieu où l’on n’a pas besoin d’avoir la peau dure pour survivre, un lieu où être dans sa propre peau est toujours assez. Un lieu qui propose un barème dégressif.
Un lieu qui tient des réunions régulières pour parler de racisme et un lieu qui reconnaît l’origine du tatouage, un lieu qui ne pense PAS que tatouer n’a qu’une centaine d’années.
Un lieu qui ne qui ne glorifie une imagerie colonisatrice violente, Un lieu où Sailor Jerry n’est pas un Dieu.
Un lieu qui donne un salaire décent à toustes.
Un lieu où le sida et l’hépatite C ne sont pas vues comme dégoûtants où comme des sujets de blagues.
Un lieu où les personnes grosses sont vues comme belles et où les tattoos sur des peaux pleines de cellulite sont postés sur instagram, un lieu où, dès qu’elles entrent, les femmes ne se sentent pas intimidées, un lieu qui prend les agressions sexuelles au sérieux.

 

charlinebataille

 

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux ? Comment transforment-ils la manière de montrer ton art ? Penses-tu qu’ils modifient ta manière de créer ?

Bon, alors Instagram c’est une énorme parti de mon travail. C’est un outil de business que je prends au sérieux.
Ça change ma façon de travailler parce qu’il est inévitable, je suis influencée par ce qui “pogne”.. en même temps, c’est un outil qui m’a permit de connecter avec des tatoueurs à travers le monde. Je peux voyager partout. C’est vraiment magique !

 

 

Suivez Charline sur instagram @charlinebataille et sur tumblr.