L’artiste du mois | Tabita Rezaire

Tabita Rezaire est une artiste française d’origine guyanaise/danoise qui travaille en ce moment à Cayenne (Guyane). Elle se décrit comme une âme incarnée en agent de guérison. Dans ses œuvres (vidéos, performances, collages, installations etc.), elle s’intéresse à la décolonialité des technologies et appelle à la guérison collective.  

 

« The Internet is exploitative, exclusionary, classist, patriarchal, racist, homophobic, transphobic, fatphobic, coercive and manipulative. We need to decolonise and heal our technologies. Healing is resistance. » – (Internet exploite, est exclusif, classiste, patriarcal, raciste, homophobe, transphobe, grossophobe, coercitif et manipulateur. Nous devons décoloniser et soigner nos technologies. Guérir c’est résister.[1])

Tabita Rezaire

 

Entretien de Tabita Rezaire avec Marie-Julie Chalu

 

 

Je t’ai découvert lors du cycle Afrocyberféminismes[2] tenu à Paris à la Gaité Lyrique où tu as proposé une performance intitulée Lubricate Coil Engine – Decolonial Supplication (Lubrifier le moteur – une supplication décoloniale). J’y ai exploré ce que tu appelles le « digital healing activism » qu’on pourrait traduire en français par un activisme digital de la guérison, comment  es-tu arrivée à t’engager dans cet activisme ?

 

Dans cette offrande, je partage des histoires et technologies d’information et de communication. Comment être connecté ? À soi-même, aux autres, à la terre, à l’univers ?

Je pense que ce sont les questions qui m’animent dans mes profondeurs.

 

Je suis partie du diagnostic de notre déconnection collective. Pourquoi/comment en est-on arrivé à ce sentiment d’isolation générale, de peur de l’autre, de non respect de nos écosystèmes, ancêtres et descendances, d’exploitation et oppression institutionnalisées ? Et comment ces mécanismes d’aliénation se manifestent au niveau individuel, dans nos corps, dans nos cœurs ?

 

On porte tous en nous les traumatismes des histoires, des territoires, des lignées des temps passés, à quoi s’ajoutent nos propres expériences. Il y a encore pas si longtemps, j’étais une boule de feu, impulsive, colérique, proie aux addictions, j’en voulais à la terre entière. Quand tu comprends les rouages du monde contemporain, tu ne peux qu’avoir le seum. La colère est un puissant carburant mais si tu fais pas attention elle te ronge de l’intérieur. J’étais plus capable de discuter sans m’écrier au blantriarcat ceci et cela. J’étais épuisée, je ne faisais que pleurer.

À ce moment là, j’ai commencé le yoga Kemetic et ma pratique avec une sangoma (guérisseuse traditionnelle), j’ai compris l’importance de la guérison. Pas comme un refuge mais comme une nécessité d’action politique : c’est prendre la responsabilité de ses traumas pour ne pas les reprendre et les reproduire. Quand tu commences ce chemin, tu peux guider d’autres dans leur propres parcours de guérison. C’est devenu ma mission.

Puis comprendre les relations entre la science et la spiritualité, les technologies de guérison, de communication, la physique quantique, les lois cosmiques c’est juste trop deep.

 

Deep Down Tidal (2017), Tabita Rezaire

 

Tu procures du soin notamment par le biais du yoga, une pratique spirituelle décoloniale et anticoloniale qui a beaucoup été récupérée. Qu’est-ce que le yoga kemetic et kundalini que tu pratiques ?

 

Toute technologie peut être utilisée en faveur ou en défaveur de l’harmonie.

Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de ce qu’est le yoga. Le yoga – mot qui veut dire unir – est une technologie qui permet d’unir notre réalité matérielle et finie (notre corps-esprit-émotions-circonstances) avec notre identité infinie (notre âme qui nous lie à la source). Ce qui selon la philosophie yogique (et beaucoup d’autres pratiques spirituelles) est le but de l’expérience humaine. Pour cela il y a autant de chemins qu’il n’y a d’expériences de vie. Le yoga est simplement un ensemble de savoirs et de pratiques parmi d’autres qui permettent cette union. Il y a traditionnellement plusieurs écoles de yoga, certains yogas se reposent essentiellement sur la pratique de la méditation, de la dévotion, du son, de la répétition, de la visualisation, et d’autres sur la maitrise du corps… C’est ce dernier qui est pratiqué essentiellement en Occident mais en vrai le yoga n’est pas forcement lié à des postures physiques. On pourrait dire que les religions du livre sont des yoga de la dévotion (dévotion à Jésus, Allah, YHWH …).

 

Le Kundalini Yoga fait partie de ces 22 voies traditionnelles du Yoga de l’Inde précoloniale.

C’est le yoga de la conscience et c’est par l’éveil et la maitrise de l’énergie de la Kundalini – énergie créatrice en chacun de nous – que cette pratique amène à prendre conscience et faire l’expérience de son infinité.

 

Le Yoga Kemetic est l’héritier d’une autre lignée, il est ancré dans les sciences et cosmogonies de l’ancienne Egypte. C’est une technologie Africaine d’union du monde matériel et spirituel, qui repose sur le souffle, la géométrie du corps et le lien avec les ancêtres – appelés Neteru en Egypte ancienne. Dans les années 70, des égyptologues noirs, inspirés par les recherches de Cheikh Anta Diop, ont réinterprété certains travaux et y ont trouvé une pratique spirituelle qui s’apparente au yoga. À partir de ça, ils ont créé le Kemetic Yoga, avec l’idée d’avoir une pratique spirituelle plus en résonnance avec la communauté noire car à l’époque (aujourd’hui encore mais ça change) le yoga était majoritairement pratiqué par les blancs.

C’est ce coté politique du Kemetic Yoga et son lien avec la spiritualité Africaine qui m’a touché, c’est le premier yoga où j’ai senti wowwww, j’ai besoin de ça dans ma vie. Le Kundalini après m’a permis de plonger plus profondément dans la philosophie yogique traditionnelle.

Ces deux pratiques m’ont vraiment fait comprendre la nécessité de la pratique spirituelle dans le combat politique.

 

Une pratique décoloniale du soin ou de la thérapie nous replace en lien avec la lignée de nos ancêtres. Je pense notamment à comment on a pu perdre les rituels de soin des cheveux afro crépus. Tu appelles à un équilibre mind-body-spirit-technology (esprit-corps-âme-technologie), pourquoi y incorporer la technologie/les technologies ?

 

La technologie est fondamentale, mais ça dépend de ce que tu appelles technologie. Pour moi le corps, l’esprit et l’âme sont des technologies. Selon le dictionnaire de mon MacBook, une technologie c’est l’application de savoir scientifique à une fin pratique. Le litige dans cette définition ce sont les termes ‘savoir scientifique’. Selon la colonialité, seul ce qui découle de la rationalité de la modernité peut être qualifié de scientifique. Si l’on se détourne de l’autorité occidentale et qu’on autorise d’autres cultures des sciences à co-exister, tout à coup le champs de ce que peut être une technologie s’étend considérablement. Et là une plante, la surface de l’eau, la communication avec les ancêtres, des symboles, les mouvements, les coiffures peuvent devenir des technologies si leurs utilisations suivent un protocole précis pour permettre un résultat spécifique.

 

 

Il n’est pas anodin que tu mettes ton propre corps en scène dans ton travail. Cela participe à un processus de guérison pour toi ?

 

C’est sûr. C’est mon chemin et mes questionnements politiques, intellectuels, spirituels qui nourrissent mon travail. Dans mes vidéos de ces dernières années on voit clairement les évolutions, comment d’un discours politique enragé on passe à une dimension spirituelle. J’avais besoin de comprendre d’où venait mon malaise, ma colère, la honte de mon corps.  J’ai compris que c’était en partie les conséquences des systèmes d’oppression. Comprendre la colonialité politiquement, puis corporellement, émotionnellement, ses effets dans mes cellules, dans mes amours, dans mes pleurs, m’a forcé à chercher des remèdes. Je cherchais qui j’étais, les complexités, fardeaux et privilèges de mes lignées ancestrales, et pour ca j’ai eu besoin de m’exposer, de montrer/sublimer ma honte, mes peurs, mes peines, les accueillir, tisser des liens avec elles pour pouvoir les accepter puis les transformer. J’ai fini par trouver qui je suis derrière les circonstances de l’espace-temps – une partie unique de l’infini, avec sa mission singulière et sa contribution particulière dans la mission de l’univers. Un résidu sonore de la vibration primordiale qui a donné naissance au monde. Voilà je suis un chant qui s’harmonise petit à petit.

 

Premium Connect, 2017, Tabita Rezaire

 

Dans ton travail, les dichotomies « Nord » / « Sud », corps/esprit, nature/technologie, civilisé/sauvage héritées de la modernité occidentale sont éclatées. On apprend par exemple que les systèmes de divination Ifa de la tradition Yoruba seraient à l’origine du système binaire utile aux systèmes d’information comme Internet. Les sources de nos connections sont violentes mais présentées comme progressives, neutres et universelles. Dans quelle mesure, tu interroges la notion de « colonialité du pouvoir[3] » dans tes œuvres ?

 

La colonialité du pouvoir c’est l’héritage omniprésent du colonialisme qui a imprégné nos sociétés postcoloniales sur les plans sociaux, politiques, économiques et culturels. Notamment à travers les hiérarchies entre les personnes – les races, les genres, les ethnicités, les classes sociales, les sexualités, les morphologies, les capacités physiques et neurologiques -, entre les cultures et les systèmes de connaissances.

Comme je m’intéresse à la technologie, je me suis mise à chercher les relations entre nos technologies et l’histoire coloniale. Comment nos outils d’information et de communication sont-ils contaminés par la colonialité ? Nos technologies électroniques sont-elles des outils de résistance ou de nouvelles formes d’oppression ? Réaliser l’impact de l’histoire coloniale dans tous les champs de la vie : comment on apprend, mange, aime, donne, pense, travaille, fait l’amour, construit nos villes et nos familles, comprend le monde, est d’une grande violence.

Il y a eu une décolonisation des territoires (sur le plan légal) mais la décolonisation mentale, sociale, historique reste encore à faire.

 

Dans ma vidéo Premium Connect je partage une autre généalogie des sciences informatiques. Les recherches en éthnomathématiques attribuent la naissance des mathématiques binaires (qui sont le fondement des sciences informatiques) au système divinatoire Yoruba. Il y aurait eu une migration de savoirs –notamment du protocole binaire du système de divination Ifa- depuis l’Afrique de l’Ouest vers l’empire Moor puis l’Europe, et cette transmission aurait contribué au développement du code binaire nécessaire à tous nos circuits digitaux.

 

Il est crucial et urgent que nous fouillons nos mémoires, nos corps, nos histoires, nos technologies pour les défaire de la matrice (néo)coloniale.

 

Dans « Le Ventre des femmes », Françoise Vergès parle de comment la colonialité du pouvoir attaque les femmes racisées et spécialement les femmes noires concernant par exemple la santé reproductive. Dans ton travail également on retrouve ces réflexions, avec l’importance de soigner l’utérus, les sexualités, le plaisir féminin. En quoi cela s’articule avec le soin de nos technologies ?

 

L’utérus est une technologie. Une des plus anciennes, la première imprimante 3D !

C’est une matrice créatrice. Le pouvoir de la Création primordiale se retrouve dans nos utérus avec la responsabilité qui va avec. Comment créer? avec quelles intentions ? mais pas seulement la vie, c’est de là que l’on donne aussi naissance à nos rêves, nos manifestations, nos communautés, nos mondes ? Quand nos matrices utérines, nos bassins de création sont traumatisés, exploités, abusés, tout ce qui en sort, que ce soit la vie même ou nos rêves sont aussi brisés. Il faut guérir nos bassins créateurs pour guérir nos mondes.

 

Peu importe où on se trouve sur le spectre du genre, on a tous un centre énergétique à ce niveau-là qui régule notre pouvoir de création. C’est donc notre responsabilité à tous d’entamer ce processus de guérison. Après il est vrai que les femmes racisées ont historiquement et institutionnellement subis énormément de violences sexuelles et médicales. Ma vidéo Sugar Walls Teardom s’inspire de l’histoire de la gynécologie moderne qui crédite le docteur Marion Sims comme le père fondateur de la gynécologie alors que ses découvertes sont dues à des expériences chirurgicales qu’il faisait sur des femmes africaines esclavagisées dans sa plantation médicale pendant l’esclavage. Beaucoup n’ont pas survécu aux tortures du Dr. Sims. Ce sont elles qui devraient être reconnues et commémorées comme les mères de la gynécologie. On retrouve dans toute l’histoire de la médecine occidentale des expériences sur les femmes noires : le développement de la pilule, les stérilisations forcées ou les Hella Cells – les premières cellules immortelles volées dans le col de l’utérus de l’Afro-Américaine Henrietta Lacks.

 

 

Dans ta vidéo Hoetep Blessings, tu célèbres le pouvoir du c*nt, la féminité noire en reprenant le terme hoe. J’ai pensé à la vidéo How to be a bitch de Princess Nokia ou d’une latinx qui répond aux questions de Jesse Lee Peterson durant la Slutwalk, toutes les deux sont des femmes racisées qui se réapproprient les termes de bitch, slut. Est-ce que les personnes minorisées ne sont pas les pirates des codes et algorithmes racistes et sexistes ?  

 

Le pouvoir des mots.

Les mots sont une arme tant pour blesser que pour guérir.

Bitch, slut, hoe, pussy… pareil en français avec pute, salope, con, chatte … ces expressions utilisées comme insultes alors qu’elles sont liées au féminin sont des dispositifs de la colonialité pour conditionner le subconscient de la population et ancrer la honte du féminin dans le discours et l’inconscient collectif. C’est pareil avec la race, les Français ont peur de dire le mot noir, car inconsciemment ils pensent que c’est une insulte. Le langage influence les opinions et avec, les comportements.

 

Se réapproprier les mots, leurs mouvements, leurs sons, leurs sens, c’est s’émanciper du poids du langage, du poids du monde. Les personnes minorisées sont peut-être plus sensibles aux effets des mots, car elles savent que les mots prennent au cœur, et font mal. Alors les mots deviennent un outil de défense, de résistance. La poésie et la musique ont toujours été au centre des révolutions, des chants guerriers des millénaires passés aux incantations intemporelles.

 

Le son a un immense pouvoir créateur. Les fréquences sonores modifient nos ondes cérébrales et peuvent changer notre état de conscience et modifier la matière. C’est pourquoi beaucoup de spiritualités utilisent les technologies sonores ; l’industrie militaire aussi avec les armes acoustiques mais pour d’autres raisons.

 

Peux-tu nous parler de la NTU Tech Health Agency que tu as créé en Afrique du Sud ?

 

NTU c’est ma famille avec Bogosi Sekhukhuni et Nolan Dennis Oswald. On a commencé à travailler ensemble en 2015 avec l’idée de construire notre propre serveur et d’avoir un réseau de partage sécurisé sur le Deep Web. On a toujours notre serveur et depuis on s’investit dans ce qui relie la technologie et les philosophies Africaines. On travaille par exemple avec les plantes enthéogènes utilisées dans la spiritualité Sud-Africaine et le potentiel de l’énergie libre. NTU c’est une rencontre d’âmes, un espace de partage, d’inspiration, de soutien. La famille quoi.

 

Comment s’est passée ta première exposition solo Exotic Trade ?

 

Ca va bientôt faire 2 ans, beaucoup de choses ont changé. Ces œuvres m’ont transformées, ou plutôt c’est à travers elles que je me suis métamorphosée.

Créer c’est comme donner naissance. Faire naitre des œuvres demande d’aller au plus profond de soi, de se confronter au pire de soi pour y trouver le meilleur. On ne revient pas indemne de cette descente. On en ressort écorché, transformé, purgé. Voilà, peut-être que cette exposition, enfin ce que j’ai traversé pour la mettre au monde, aura été comme une préparation à la renaissance. Pour renaitre, il faut savoir mourir. Pour vivre, il faut apprendre à mourir. À chaque respiration. De l’autre côté des angoisses, du stress, des doutes de soi, des vulnérabilités, des colères, des attentes, des déceptions, des rêves, des peurs, se mettre à nu en partageant son travail, son cœur, son âme, est d’une grande beauté. Je suis pleine de gratitude.

C’est mon parcours de guérison que j’ai partagé.

Ces œuvres ont maintenant leurs propres vies, elles ont beaucoup voyagé et continuent leurs parcours de cœur en cœur autour du monde. Je n’ai pas arrêté ces dernières années alors maintenant après m’être vidée, j’essaie de me ressourcer, d’honorer mon cycle de création. Je suis en gestation pour pouvoir donner naissance aux prochaines visions. Ce n’est pas toujours facile de respecter son rythme de création dans ce milieu. Je réfléchis à d’autre façon de donner. J’apprends à recevoir. J’attends. J’écoute.

As-tu des actualités ?

 

Je prépare un nouveau film sur les vestiges de technologies célestes d’un point de vue scientifique, archéologique et métaphysique. Je finis le tournage le mois prochain au Sénégal et en Gambie.

J’essaie aussi de monter un centre d’études et de pratiques lunaires.

Sinon beaucoup d’expos, d’offrandes, de partage-travail prévus un peu partout dans le monde.

Mon intention pour 2019 c’est d’apprendre à valoriser l’équilibre, alors si je le manifeste ça sera ma plus belle actualité.

 

 

Retrouvez Tabita Rezaire sur son site et sur sa chaîne viméo !

 

 

[1] Les traductions sont de Marie-Julie Chalu.

[2] « Afrocyberféminismes est un projet de recherche qui questionne les enjeux contemporains posés par les technologies numériques au regard de l’Afrique et de ses diasporas en explorant la place du genre et de la race. » (source : afrocyberfeminismes.org). Le cycle s’est tenu de février à juillet 2018 à la Gaité Lyrique (Paris) et a été organisé par Oulimata Gueye et Marie Lechner.

[3] La colonialité du pouvoir reproduit les structures de pouvoir basées sur la race entre autres.

 

 

L’artiste du Mois | Tarek Lakhrissi

Poète, performeur, artiste visuel, Tarek Lakhrissi développe une pratique artistique protéiforme qui porte sur le langage, l’identité et les affects. Il a réalisé de manière autodidacte son premier film diaspora/situations, un documentaire qui interroge les identités diasporiques queer. Il est en ce moment en résidence à La Galerie, Centre d’art contemporain à Noisy-Le-Sec où il va présenter sa première exposition personnelle Caméléon Club dont le vernissage est le 1er février.

 

photographie de Charly Gosp

 

Quel est ton rapport au monde de l’art contemporain ? En quoi tu pourrais le rapprocher de la notion de transfuge[i] ?

La notion de transfuge est importante quand tu remets en perspective tout ton parcours. Je pense que c’est l’une des choses les plus compliquées quand tu es un jeune artiste et que tu arrives dans le milieu de l’art contemporain. Tu as très peu d’interlocuteurs pour interroger ta place, questionner tes prises de positions et comment tu peux stratégiquement arriver à tes ambitions. Sans se compromettre ou se censurer. C’est une expérience qui peut être isolante. Je crois que je suis arrivé à un endroit maintenant où j’arrive très facilement à dire ce que j’ai envie de faire tout en gardant une forme de liberté. Je suis ma propre matière. Et le transfuge, c’est un peu comme être un caméléon : tu t’adaptes, tu prends une nouvelle peau et un jour, tu découvres que tu parles d’une autre manière. Il y a quelque chose de l’ordre de la métamorphose. Cela m’inspire beaucoup, et cela me rend très fier de mon héritage.

Pour revenir à ta question, c’est quelque chose que j’apprends en ce moment et à laquelle je n’ai pas tout à fait de réponses. Je suis très observateur, et évoluer dans ce milieu suppose plusieurs types de négociations. Mais cela m’intéresse parce que c’est justement compliqué. J’ai envie de faire ça depuis longtemps mais j’ai pris du temps à l’assumer. Surtout quand, comme moi, tu n’as pas fait d’écoles d’art et que parfois ton profil n’est pas forcément le bienvenu ou qu’il est trop atypique. Le monde de l’art contemporain est un monstre capitaliste et élitiste.

 

Qu’est-ce qui t’a amené à la création ?

J’en fais depuis que je suis tout petit. J’ai toujours dessiné et le rapport à l’image m’a toujours intéressé notamment à travers la télévision. Je me souviens m’être toujours demandé comment un journal télévisé ou un film étaient construits. Et tout ce qui était de l’ordre du bizarre m’inspirait. Je me suis toujours considéré comme weird. J’ai découvert plusieurs lectures au collège qui ont développé un sens de l’écriture chez moi. J’avais très tôt l’envie de me sentir représenté dans cet « océan de tropes blancs ». Avec l’écriture, tu accèdes à une forme de créativité qui te permet de créer de nouveaux mondes, de nouvelles façons de penser, de mettre en place des fantasmes et les réaliser, de créer une sorte de nouvelle technologie de soi. Je me rappelle que petit j’avais beaucoup d’imagination, je jouais avec des peluches, des figurines à qui j’apportais énormément de vie, de personnalités. Je passais des heures et des heures à leur construire une narration et les mettre en relation. Je faisais la même chose dans la petite ferme de mon oncle, j’inventais des noms à tous les animaux. Je réalise que la mise en scène que ce soit dans le film ou l’art contemporain m’a toujours intéressé. Par défaut, je suis toujours resté dans le milieu de la littérature, de l’écrit et de la parole en poursuivant des études à l’université en littérature et en études théâtrales et étant libraire pendant six ans. Je suis heureux que ce soit quelque chose de présent dans mon processus de création. Quand j’étais à l’université, j’étudiais beaucoup le théâtre, et je réalisais que j’avais envie d’aller plus loin et pas simplement étudier. C’est à Montréal que j’ai fait mes premières lectures publiques, que j’ai commencé mon premier documentaire diaspora/situations, né en réaction à la série Strolling de Cecile Emeke. J’ai aussi été encouragé à poursuivre une écriture expérimentale par Jean-Simon Desrochers à l’Université de Montréal. Cela a été un déclic.

 

Diaspora Situations

Diaspora Situations

Diaspora Situations

 

D’ailleurs ta création est tant poétique, visuelle qu’inspirée par des références théoriques, ce qui reflète ton parcours.

Pour moi, la recherche est une part centrale de mon processus de création.  Cela vient peut être de mon côté chercheur contrarié. Par exemple j’ai réalisé une vidéo basée sur le témoignage d’une jeune danseuse arabe de hip-hop, Imane, lors de ma résidence à la Galerie, à Noisy-Le-Sec (93). Elle est très charismatique et sûre d’elle. Ce qui m’a beaucoup marqué dans son discours, c’est qu’elle n’a que seize ans et a déjà une notion très précise d’elle même et du succès. Cela permet de réfléchir à la notion de « succès », sur ce que cela veut dire, notamment dans une société capitaliste et libérale et surtout quand tu es une personne de couleur. L’histoire n’a pas été écrite pour que nous ayons une place successful. D’où la puissance radicale de dire aujourd’hui « Je suis le/la meilleur.e et je vais réussir ». J’ai commencé à regarder des vidéos d’Oprah Winfrey où elle donne justement des conseils pour réussir en face d’une assemblée de jeunes femmes noires diplômées et j’aimais l’idée d’associer les deux discours. Un peu aussi pour souligner l’importance des apports des femmes noires et de couleur dans la pensée révolutionnaire. Il y a quelque chose de puissant dans un discours performatif, où l’on se persuade d’être le meilleur.  José Esteban Muñoz[ii], qui revient beaucoup dans mes travaux, est important pour moi parce qu’il a cette particularité d’être un scholar (universitaire) mais il écrit de manière sensible, poétique. Par exemple, il peut commencer par une anecdote dans un bar queer où il voit Vaginal Davis réaliser une performance, il décrit ses émotions lors du show et va ensuite développer tout un discours  politique et philosophique autour d’elle et de sa pratique. Ce type de glissement est très inspirant pour ma pratique. Cela m’intéresse beaucoup de justement multiplier les médiums : poésie, image, recherche, performance, workshops (ateliers), et passer mon temps à glisser de l’un à l’autre pour essayer de trouver la meilleure manière d’exprimer une idée. Ne plus créer des hiérarchies, et éviter la spécialisation.

 

Qu’est-ce qui selon toi caractérise ta langue poétique ?

Je suis assez persuadé d’avoir des visions. À certains moments de ma vie, j’en ai eu de très précises. La poésie arrive un peu comme ça. Cela arrive comme un flux de pensées, c’est-à-dire j’ai une phrase comme « J’ai traversé Gibraltar / Ta gueule pour voir ». C’est une association de deux phrases qui veulent à priori rien dire, mais à partir de ces deux propositions j’aime imaginer toute une narration autour de Gibraltar, autour de cette personne qui va dire « Ta gueule ». Et revenir à une forme de glissement. Et ensuite y rajouter une référence à Aya Nakamura ou Björk par exemple. Si je peux la caractériser, c’est une langue en métamorphose permanente, dans l’ordre du lâcher-prise et qui serait bâtarde. Les phrases interviennent dans ces moments où je médite. L’intérêt se manifeste dans ma capacité à leur donner de l’espace. À partir de là, je prends mon téléphone, j’ouvre l’application Notes, et un texte défile. Oui, je dirai une métamorphose de la langue qui ne se contente plus de dire ce qu’il y a à dire mais plutôt de passer par des biais, des chemins étranges et intuitifs – proches de formes de transes.

 

I don’t understand what you are saying but I love you (2018)

I don’t understand what you are saying but I love you (2018)

 

Comment tu caractérises ta langue poétique se retrouve, j’ai l’impression, dans ce que j’ai vu dans ta performance Blouse Bleue. Il y a lors de la performance des associations de références auxquelles on n’aurait pas pensé mais qui font ta narration du monde et dans lesquelles on est invité en tant que spectateur.trice à y mettre du sens ou pas.

Pour moi, la performance c’est le moment où tu te confrontes de manière directe à l’autre, dans un cadre précis tout en traversant un seuil. J’aime l’aspect participatif, prendre au sérieux le public et lui donner de la place. Les pièces de théâtre qui m’ont le plus intéressés sont celles où les metteurs en scène offre une liberté dans l’expérience. Comment ton corps est interpellé, quelles émotions se diffusent. Je pense que l’une des expériences les plus transformatrices est la pièce Einstein on the Beach de Robert Wilson. Elle t’offre une expérience du mystérieux qui est encore très difficile à décrire.

Quand j’écris des textes, j’essaie toujours d’être dans une sorte de partage qui peut être empowering (empuissant), autant pour moi que pour la personne avec qui je partage le texte ou la performance. Un ancien enseignant me disait récemment que mon écriture était comme une colère douce. J’ai beaucoup aimé cette description parce que ça rejoint aussi beaucoup notre génération. Oui, on est très en colère mais parfois on essaie de trouver des manières d’appréhender cette colère autrement. La colère est un sentiment  moteur et nourrissant, mais c’est aussi un feu et j’aime être précisément entre ces deux tensions. Et voir ce qui explose, apparaît.

 

Tu as mené justement un atelier « A love note about rage » à Bétonsalon. Lors de tes ateliers, y a-t-il une volonté d’utopie collective ? La question de la transmission est également importante et comment on fait communauté ?

Oui, et aussi, cela rejoint la performance, à quel endroit tu donnes la place à une autre personne. Ça suppose un immense travail d’écoute. C’est beaucoup plus compliqué de connecter avec une personne avec qui tu n’aurais a priori rien à partager. Mais, pour moi, c’est justement là où il y a des formes de vie qui se créent. On est plus de plus en plus renfermés sur nous-même à cause des violences extérieures et des réseaux sociaux qui nous rendent obsessionnels. On est un peu tous en crise permanente. Et pour moi, une exposition, une performance, un atelier, font partie des derniers endroits où tu peux proposer un espace à partager. Quand tout le monde joue le jeu, un truc magique se passe, il y a des circulations d’énergie, des partages de compétences et d’expériences, et un sens du « commun » s’installe. Et je pense que cela nous permet ensuite d’avoir un rapport au monde beaucoup plus nuancé et plus ancré.

 

C’est un espace de guérison également ?

Qui est évidemment éphémère. Et aussi un espace de confrontation, le healing (remède, guérison) va aussi intervenir par des conversations difficiles. C’est une transformation nécessaire, mais qui passe aussi par des formes de violences.

 

A love note about rage (atelier)

A love note about rage (atelier)

 

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux et à Internet de manière générale dans ta pratique artistique ?

Ce que j’aime beaucoup avec Internet c’est que tu peux te retrouver à te spécialiser dans un sujet absurde dont tu n’as absolument pas besoin. Si tu veux en savoir un peu plus sur quelque chose que tu ne sais pas, tu googles et tu trouves une solution. Je pense que les réseaux sociaux ont aussi permis de circuler des informations jusque là plutôt secrètes ou underground. Ce qui a permit à plusieurs de créer des « communautés de goût » et il y a une puissance radicale dans ce type de glissement dans notre société. Internet, c’est un accès ample à l’information mais aussi une dystopie. À la base, c’était fait pour rassembler les gens et c’est finalement l’inverse qui se passe.

 

Je ne sais pas si tu connais justement le travail de Tabita Rezaire qui interroge le caractère occidentalo-centré, raciste, sexiste, homophobe, des fondements d’Internet. Internet renforce en fait les inégalités qu’il prétend dissoudre.

Exactement. J’aime beaucoup le travail de Tabita Rezaire, je trouve que c’est une des artistes les plus intéressantes en ce moment de sa génération. J’aime beaucoup notre génération parce qu’on est assez habiles avec Internet, grâce à un smartphone par exemple, un accès assez facile à des informations. Internet représente quelque chose d’effrayant et de fascinant dans cette capacité d’avoir accès à tout et à rien en même temps, comme isole aussi. Cela crée une uniformisation des références, des manières de s’habiller, de parler. Instagram en est un grand exemple : on passe son temps à se mettre en scène, à se surveiller les uns les autres et poster des selfies, ou du food porn. C’est un excellent outil de pouvoir, et finalement, tout devient une forme de panoptique. Black Mirror n’est pas si éloigné de nos réalités.

 

C’est quoi ton rapport aux memes ?

C’est génial. Dans les communautés de couleur et queer, c’est hyper important les memes. Je suis beaucoup BestofGrindr et aussi ceux sur la culture astrologique. Pour les questions féministes et antiracistes, le meme est idéal : il permet d’aborder des questions radicales mais avec de l’humour.

 

Quels ont été tes premiers coups de cœur artistiques durant ton enfance et/ou ton adolescence ?

Je regardais beaucoup de clips vidéo quand j’étais petit. J’ai vraiment grandi avec les clips vidéos, j’étais inspiré par les clips de RnB : TLC, Aaliyah, Janet Jackson… On avait le cable et parfois accès à MTV. Aujourd’hui, je regarde encore beaucoup de clips vidéo pour entrer dans l’univers d’un artiste. Oui, je commencerais par cette culture clip qui s’est trouvée augmentée avec YouTube et Internet. Sinon la télévision m’a énormément marqué : les effets spéciaux dans les films, la Trilogie du samedi soir sur M6, les séries surnaturelles m’ont aidé à développer un imaginaire qui me sert beaucoup aujourd’hui et aussi à embrasser une forme de weirdness. Adolescent, je fréquentais beaucoup la bibliothèque où je passais des heures, j’allais aussi au petit cinéma d’arts et d’essais de la ville. Tout cela à contribuer à me créer une culture visuelle et esthétique : je découvrais Egon Schiele et les surréalistes, les films de Fassbinder, Woody Allen ou encore Spike Lee…

 

Dans ton exposition, tu travailles autour de la science-fiction.  Et je voulais la mettre en lien avec un concept qui t’est cher la « désidentification » créé par Muñoz. Est-ce que la science-fiction peut permettre la désidentifiction ?

Oui, cela permet à partir du moment où tu peux te projeter dans un monde, un temps imaginaire, où tu crées de nouveaux codes et de nouvelles manières de penser. Je suis tombé récemment sur cette phrase dont je ne me rappelle plus l’auteur : « Il est plus facile de penser à la fin du monde, qu’à la fin du capitalisme » (rires). C’est tellement vrai. Avec la science-fiction, tu peux réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui et le décontextualiser, y intégrer, insuffler des virus qui vont être critiques sur ce qu’on appelle les questions raciales, sexuelles… Dans le cadre de mon exposition personnelle Caméléon Club, je réalise un film tourné principalement qu’avec des personnes de couleur, Out of the Blue. Tout se passe dans un huis clos, dans un cinéma. Ce qui m’intéresse dans l’anticipation, c’est que tu peux vraiment tout te permettre d’un point de vue esthétique et narratif. J’ai écrit des choses complètement malades, je suis même arrivé à parler de grand remplacement. Et donc intégrer une théorie d’extrême droite (qui a été à la source de la tuerie de Charlottesville aux Etats-Unis), très tournée en dérision dans les espaces activistes. Je suis content de ce film : il y a une unité qui permet de penser un monde imaginaire où les personnes de couleur auraient la place principale, une place au centre et où tous les hommes blancs riches seraient enlevés un par un par des extra-terrestres. Un moment supposé catastrophique devient un moment de célébration. Et cela pose finalement tout un nombre de question. La principale est « Qu’est-ce qu’on fait ensemble maintenant ? ».

 

Un autre concept qui t’a touché : l’identité-relation d’Édouard Glissant. Tu le rapprocherais de la désidentification de Muñoz ?

Non. Penser la relationalité chez Glissant est très précise. Elle n’est pas forcément très proche de Muñoz qui est queer. L’identité-relation est importante pour moi. Mais ce que j’aime chez Muñoz, c’est que dans la désidentification,  il y a cette notion de code qui me plait et me parle plus. Elle fait partie intégrante de mon travail : je travaille sur les associations, le langage qui est un code pour communiquer, transmettre des émotions, pour faire communauté, faire lien. La désidentification je la dissocie de Glissant parce qu’il y a une dimension extrêmement radicale. Elle correspond d’avantage à la notion de survie propre aux expériences minoritaires. Sa radicalité s’exprime notamment à travers l’art. Dans les travaux de Muñoz, les artistes de couleur sont représentés et honorés. Il parle beaucoup de Baldwin, Basquiat, Marlon Riggs, ou encore Gonzales Torres.

Je me sens bien plus proche de Muñoz. Dans son deuxième livre Cruising Utopia, il y parle de futurités en lien avec le queer qui devient une possibilité, quelque chose à atteindre plutôt qu’une identité. Et c’est révolutionnaire.

 

J’aimerais pour finir que tu me parles de ta première exposition personnelle Caméléon Club. En quoi elle va consister ? Quel cheminement elle représente pour toi ?

Le titre Caméléon Club vient de plusieurs anecdotes. La première est personnelle : je me suis toujours identifié comme un caméléon. J’ai une très grande capacité à m’adapter à des situations, à des lieux, et cela rejoint ta première question. J’aime bien l’idée de m’intégrer (au sens positif) et de changer de peau. J’aime plutôt être équivoque, être multiple dans ma manière d’appréhender le monde, d’approcher des situations qui sont à priori non « approchables ». Caméléon Club fait aussi écho encore une fois à Muñoz dans Cruising Utopia, son dernier livre. Il fait notamment référence à un club gay, le 1470, et pour y accéder il faut traverser un club punk le Chamelon Club. Entre ces deux clubs, il y a un seuil, et c’est au milieu de ce seuil qu’il se sent lui-même. C’est aussi là que les espaces utopiques et les potentialités existent. Cela m’a extrêmement inspiré pour développer toute cette exposition qui va porter sur la science-fiction mais c’est une forme de prétexte. Ce qui m’intéresse dans la science-fiction, c’est que c’est absurde. Quand on dit science-fiction, il y a toujours un référentiel énorme. Caméléon Club est une manière de penser un espace parallèle qui peut exister à travers la notion de seuil. Toutes les œuvres et les salles l’interrogent : comment t’accèdes d’un lieu à un autre, une salle à une autre et en quoi la banlieue peut devenir cet espace intermédiaire. Comment la Galerie est en soi une sorte d’hétérotopie[iii] au milieu de Noisy-le-Sec. Comment le film qui est une mise en abyme (c’est un film qui se passe dans un cinéma) propose une autre forme de seuil autour de l’espace et du temps. Il y a également un dispositif avec une scène et du sable. Sur cette scène, il va y avoir des performances (de Ghita Skali, Sorour Darabi, Helma…), des entretiens avec Kaoutar Harchi et un atelier organisé par Claire Finch et Karima El Kharraze. Comment aussi l’espace performatif est un seuil à franchir. C’est la concrétisation de plusieurs années de travail. Mais je n’avais jamais eu d’espace pour y penser réellement, avec une équipe aussi compétente que celle de la Galerie et avec des ressources. Je suis heureux de proposer une première exposition qui soit moi et qui propose une vraie manière de sortir de soi. De trouver des utopies en soi, aussi. Et du soin, peut-être.

 

Out of the blue (2019)

Out of the blue (2019)

Découvrez le travail de Tarek Lakhrissi à l’exposition Caméléon Club du 2 février au 30 mars à la Galerie Centre d’Art Contemporain au 1, rue Jean Jaurès, 93130, Noisy-le-Sec ! Le vernissage a lieu le vendredi 1e février de 18h à 21h.

[i] Transfuge de classe est un terme sociologique pour désigner une personne vivant dans une autre classe sociale que celle de son enfance. Le transfuge se retrouve entre deux socialisations ayant des valeurs et normes différentes.

[ii] José Esteban Muñoz est un universitaire américain qui travaille sur l’étude des performances, la théorie queer, la culture visuelle. Dans son premier ouvrage Disidentifications: Queers of Color and the Performance of Politics (publié en 1999), il développe le concept de désidentification qui désigne «  des pratiques culturelles, souvent des performances artistiques, employées par les « queers de couleur » pour subvertir les codes de la culture dominante (hétérosexuelle, cisgenre, masculine, blanche). La désidentification est définie par Muñoz comme une troisième voie, proposant une alternative à la binarité entre identification et contre-identification, et qui permet l’invention par le sujet d’identités hybrides, mouvantes. Pour Muñoz, la désidentification, pour les « queers de couleur » fut une des conséquences du colonialisme qui les a placés en dehors de l’idéologie raciale et sexuelle dominante, c’est-à-dire la normativité blanche et l’hétéronormalité. » (wikipédia)

[iii] Hétérotopie est un concept créé par le philosophe Michel Foucault qui fait référence à des « lieux physiques de l’utopie. Ce sont des espaces concrets qui hébergent l’imaginaire, comme une cabane d’enfant ou un théâtre. Ils sont utilisés aussi pour la mise à l’écart, comme le sont les maisons de retraite, les asiles ou les cimetières. » (wikipédia)