Article | Manifesto XXI : Jeunes Artistes

De L’école À La Galerie, Pourquoi Les Jeunes Artistes S’évaporent-Elles ?

En mai dernier, les caquetages autour de la scénographie de la 68e édition de l’exposition Jeune Création aux Beaux-Arts de Paris – ratée, certes – éclipsaient presque un phénomène pourtant bien plus inquiétant : parmi les 38 artistes de moins de 45 ans sélectionnés cette année se trouvaient seulement 7 femmes, soit 18% des exposants.

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Citation | Homoérotisme

Dans son essai, « La Masculinité comme Spectacle », Steve Neale tente de continuer le travail de Laura Mulvey sur le regard masculin en remettant en question son affirmation selon laquelle l’homme ou le spectateur s’identifiant à l’homme ne peut jamais considérer le corps masculin comme érotique. Pour remettre en question cette affirmation de Mulvey, Neale identifie les mécanismes que le cinéma mainstream d’Hollywood utilise pour représenter le corps masculin comme érotique. Par exemple, en faisant du corps masculin une cible de violence. Dans les films de guerre, un soldat peut enlacer son ami – tant que cet ami est en train de mourir sur un champ de bataille. Dans les western, Butch Cassidy peut laver le corps nu de Sundance Kid – du moment qu’il est blessé. Dans les films de boxe, un entraîneur peut masser le torse bien développé et le dos musclé de son protégé – tant qu’il est couvert de bleus. Dans les films policiers, un lieutenant mafieux peut embrasser son chef comme un amant – pourvu qu’il soit criblé de balles. La violence rend invisible l’homo-érotisme de n’importe quel genre cinématographie « masculin » ; c’est un mécanisme structurel de déni plausible.

Kent Brintnall

Citation | Beat Generation

Dans le public, une femme demande “Pourquoi est-ce qu’il y avait si peu de femmes parmi les écrivains de la Beat Generation ?” et [Gregory] Corso, soudainement complètement sérieux, se penche et répond : “Il y avait des femmes, elles étaient là, je les connaissais, leurs familles les ont placées dans des institutions, elles ont reçu des traitements par électrochocs. Dans les années 50 si vous étiez un homme vous pouviez être un rebelle, mais si vous étiez une femme vos familles vous faisaient enfermer.”

Stephen Scobie, on the Naropa Institute’s 1994 tribute to Allen Ginsberg

Citation | Isabelle De Maison Rouge

« Les plasticiens sont loin d’être aussi bien lotis que les intermittents. Pour Pôle emploi, ils n’existent pas : travailleurs indépendants, ils ont pour seule recette la vente de leurs œuvres. Or le pourcentage que reçoit l’artiste de la vente d’une œuvre reste très marginal sur le plan économique. Les plasticiens ne peuvent prétendre aux allocations en cas d’accident du travail. Le droit à la formation demeuré longtemps très balbutiant commence doucement à de développer. Si, en revanche, pour les charges sociales le taux de 15 % est avantageux, il ne saurait faire oublier la terrible fragilité économique du secteur. Dans les budgets alloués aux expositions, il n’existe quasiment jamais un poste prenant en charge la rémunération de l’artiste, sans qui, pourtant, l’exposition n’existerait pas. Ou, s’il existe, il est souvent très faible, très en deçà de ce qui est consacré à la production. Le droit de monstration, qui indique que l’artiste devrait être rémunéré lors d’une exposition dans un lieu, n’existe d’ailleurs généralement que dans les textes. »

Isabelle De Maison Rouge, Le mythe de l’artiste, au-delà des idées reçues, Paris, Le Cavalier Bleu, 2017

Citation | Constance Wu

Voilà un très bon exemple d’âgisme à Hollywood. Vous connaissez ce concept de “It girl” ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de “It boy” ? Il n’y en a pas parce qu’Hollywood aime que ses filles aient une histoire du genre “Oh, je l’ai découverte dans une pizzeria. Fraîchement cueillie. Toute neuve. Encore douce.” Pas combattive et avisée et ingénieuse et forte.

Constance Wu ne veut pas être votre « It Girl »

Article | Cinéma et misogynie

Pourquoi tolérons-nous le comportement abusif des réalisateurs «de génie» ?

Pendant des décennies, les grands réalisateurs qui «provoquaient» et maltraitaient les actrices, prétendument pour les pousser à se dépasser, ont eu le bénéfice du doute, au détriment des femmes qui souffraient sur leurs plateaux de cinéma.

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Citation | Moyen-Âge et racisme

Je voudrais vous révéler le vilain petit secret de mon domaine, les Etudes Médiévales : les suprématistes blanc.he.s trouvent le Moyen Âge est incroyablement attrayant. Aux yeux des gens pour qui l’idée d’un formidable monde rétrograde consiste à avoir des hommes blancs Chrétiens en position de pouvoir tandis que le reste d’entre nous restons à notre place, le Moyen Âge est un terrain fertile pour l’imagination, où il semble facile, au moins superficiellement, d’ignorer le rôle essentiel d’une population incroyablement diverse. Il y a des légendes comme celle du Roi Arthur, des images comme les Tapisseries de Bayeux, et de longues histoires de Croisades qui, à première vue, présentent le Moyen Âge comme très blanc et comme un monde très soigneusement divisé en “nous” et “eux”.

Cette vision d’un Moyen Âge très blanc, très Chrétien fait partie d’une rhétorique politique depuis assez longtemps : les politiciens anti-féministes exploitent leur idée d’une chevalerie médiévale et d’un amour courtois pour donner à leurs idées une base historique. Le parti Nationaliste Anglais utilise l’histoire d’Excalibur pour promouvoir sa vision d’une Angleterre de race pure. Les Croisades, en particulier, ont joué un rôle là-dedans : les Croisés sont devenus un thèmes favori des écrivains et penseurs Romantiques du XIXe siècle, dont le remodelage de ces contes a été crucial pour la création de la vision populaire d’un Moyen Âge très blanc. T.E. Lawrence, le jeune officier de l’armée Anglaise – plus tard connu sous le nom de Lawrence d’Arabie et qui a redéfini la carte du Moyen-Orient moderne – est venu dans cette région comme étudiant d’Oxford écrivant sur les châteaux des Croisés. Divers mouvements fascistes Européens ont adopté la rhétorique des Croisades au cours du XXe siècle. Plus récemment et dans notre propre pays, George W. Bush a appelé aux Croisades dans la foulée des événements du 11 septembre. Et l’élection présidentielle la plus récente a vu une prolifération d’images qui ont longtemps circulé de manière plus silencieuse dans les recoins les plus sombres et les plus racistes du net, des images qui reposent sur ces thèmes médiévaux et des Croisades et des images qui soutiennent les deux candidat.e.s et des visions du monde plus larges.
Mais ce n’est pas juste une rhétorique politique : l’attachement envers le Moyen Âge est aussi une attitude qui a complètement imprégné notre perspective culturelle. Regardez quelque chose à la télé comme Games of Thrones et vous verrez un espèce de fantasme du Moyen Âge au sein duquel les politiques raciales sont incroyablement peu compliquées, avec une sauveuse blanche comme neige et ses dragons offrant la rédemption à des masses inarticulées de barbares au teint hâlé. C’est une rhétorique que les politicien.ne.s peuvent utiliser parce qu’elle fait écho au peuple.
Mais lorsqu’on examine le Moyen Âge dans toute sa complexité, la possibilité de cette vision fantasmatique s’évapore très rapidement.

“Tous Deux Fils d’Espagne”: Les Juifs Médiévaux et les Musulmans dans la Nation imaginaire 

Citation | Tamsin Wilton

L’homosexualité est éliminée des pages de l’Histoire, bien entendu. La sexualité des hommes gay est soumise au déni, à l’oblitération, au silence. Cependant cet effacement n’est pas aussi total que la manière dont le sujet historique lesbien a été traité. L’érotisme homosexuel est non seulement réduit au silence par les récits historiques, mais ces récits (associés à la religion, la science, l’art et la philosophie) ont été racontés par les hommes pour les hommes et sur les hommes. La sexualité des hommes gays en a certes été exclue, mais les lesbiennes en sont quant à elles totalement radiées, notre propre existence étant contestée. Bien qu’il ne soit pas dit que W.H. Auden, Maynard Keynes, Cecil Beaton, Michel Ange, Cecil Rhodes ou Tchaikovsky étaient homosexuels, on nous a appris à vénérer leur accomplissements. Une personne qui étudie l’Histoire des lesbiennes fait face à deux problématiques de dispersion : la destruction des preuves de déviance sexuelle qui poursuit toute tentative de récupération du sujet homosexuel, et la tendance des historiens à tout bonnement ignorer les femmes.

—  Tamsin Wilton, Lesbian Studies: Setting an agenda