Zaida Ben-Yusuf

Zaida Ben-Yusuf est une portraitiste qui a marqué l’Histoire de la photographie. Mondaine et aventureuse, elle est connue pour ses portraits d’intellectuels, artistes, politiciens Américains fin XIXe / début XXe. Une biographie illustrée par Manon Bauzil.

 

illustration de Manon Bauzil @bauz1992

Esther Zeghdda Ben Youseph Nathan, dite Zaida Ben-Yusuf, est née le 21 novembre 1869 à Londres. Son père, Mustapha, est d’origine Algérienne et exerce la profession de conférencier pour la Muslim Mission Society. Sa mère, Anna est une gouvernante d’origine Allemande. Ils ont ensemble quatre filles dont Zaida est l’aînée. Ils divorcent au début des années 1880.

Après s’être installée avec ses filles à Ramsgate pendant quelques temps, Anna décide d’émigrer aux Etats-Unis à la fin des années 80 en laissant la garde à Mustapha. Ce dernier reste à Londres et se remarie.

Anna ouvre une boutique de chapeaux à Boston. En 1895, quelques années après, Zaida la rejoint, émigrant aux Etats-Unis. Elle s’installe à New York et travaille également dans la chappelerie féminine, dans une boutique sur la Cinquième Avenue.

 

Autoportrait de Zaida Ben-Yusuf – publié dans Metropolitan Magazine en 1901

Elle commence à pratique la photographie comme un passe-temps, mais petit à petit, cet art prend de la place dans sa vie.
En 1896, quelques unes de ses photos sont publiées dans le magazine Cosmopolitan.

Peu après, elle expose à Londres au Quatrième Salon de la Photographie du Linked Ring, où elle rencontre le cofondateur de l’événement, George Davison. Ce dernier, qui est aussi l’auteur d’une rubrique mensuelle pour la revue « American Amateur Photographer », l’encourage à en faire sa carrière.

 

Elle ouvre alors au printemps 1987 un studio de portraitiste sur la 124e avenue à New York. Cela attire l’attention d’Alfred Stieglitz, un photographe, galeriste et marchand d’art réputé. Il publie certains de ses portraits dans sa revue «  Camera Notes » à deux reprises, en avril et en juillet.

En 1898, elle participe à plusieurs expositions : une exposition à Vienne sponsorisée par le Vienna Camera Club, le Salon Photographique de Philadelphie, ainsi que trois expositions à New York, dont la Foire Annuelle de la National Academy of Design. Pour cette dernière, elle prend également en charge la décoration du lieu. Son portrait de l’actrice Virginia Earle lui fait gagner la troisième place de la classe de « Portraits et Groupes ». Elle participe également à nouveau au Salon Photographique du Linked Ring à Londres.

 

Article dans « The Illustrated American », nov. 1898

En 1899, Zaida photographie le gouverneur de New York, Theodore Roosevelt. Dans la revue d’octobre de Photographic Times, Sadakichi Hartmann écrit un long article sur elle, la qualifiant de « puriste » et ne tarissant pas d’éloges : « Je doute qu’il y ait dans tous les Etats-Unis une représentante plus intéressante de la photographie de portrait ».

 

Portrait de Theodore Roosevelt

En 1900, Zaida participe à une exposition de femmes photographes Américaines à l’Exposition Universelle de Paris. L’exposition voyage à Saint-Petersbourg, Moscou et Washington DC.

Dans le numéro de septembre de Metropolitan Magazine, elle publie l’article « The New Photography – What It Has Done and Is Doing for Modern Portraiture » (« Ce que la nouvelle photographie a fait dans le passé et fait actuellement pour l’art moderne du portrait). Elle y parle de son engagement pour un « juste milieu » entre le radicalisme de certain.e.s photographe de beaux arts et la platitude de bon nombre de photographes commerciaux.

 

« L’odeur des Grenades », 1899

En novembre, elle publie dans le Saturday Evening Post six articles illustrés sur le sujet de la pratique de la photographie pour les amateurs.

En 1903, Zaida se rend au Japon par bateau. Elle voyage à Kobe, Nagasaki, Hong Kong, Kyoto et Tokyo. Là-bas, elle prend des photos, qu’elle publie à son retour dans le Saturday Evening Post dans quatre articles illustrés, « Le Japon à travers mon appareil photographique ». Ses images du Japon sont publiées dans plusieurs magazines dans les années qui suivent.

 

En septembre 1904, elle prend un poste de professeur de chapellerie dans le département des Arts Domestiques au Pratt Institute de Brooklyn. Elle quitte cette position en 1908.

Aux environs de 1912, Zaida Ben-Yusuf arrête la photographie. Elle vit alors à Paris.

 

À l’annonce de la Première Guerre Mondiale, elle fuit la France et retourne à New York. En 1919, elle fait une demande de naturalisation dans laquelle elle se décrit comme photographe, et prétend avoir dix ans de moins.

Elle s’oriente vers la mode, travaillant à New York dans le Reed Fashion Service, et donnant des conseils à des magasins sur leurs rayons de vêtements. Elle exerce le métier de styliste en chef à l’Association de Vente de Chapellerie.

En 1930, à l’âge de 60 ans, elle se marie avec un designer textile nommé Frederick J. Norris dont on sait peu de choses.

Malheureusement, trois ans plus tard, elle s’éteint dans un hôpital de Brooklyn des suites du maladie.

 

L’Histoire a effacé sa contribution à l’art de la photographie jusqu’à récemment. En 2008, à la Galerie Nationale de Portraits du Smithsonian Institute à Washington DC.

 

sources :

https://en.wikipedia.org/wiki/Zaida_Ben-Yusuf

https://clothbase.com/designers/Zaida-Ben-Yusuf

 


Si vous voulez écrire une biographie, n’hésitez pas !

 

# Prenez Ce Couteau cherche des biographies d’artistes minorisé.e.s du point de vue du genre. Cette partie ne concerne pas l’art contemporain.

 

# Les règles : documenter ce qu’on peut trouver de la vie et du parcours de l’artiste, de son enfance à sa mort. Le but est de faire connaître des artistes dont la mémoire a été réduite ou effacée, et de proposer une ressource centralisée pour avoir accès à une introduction aux travaux de ces artistes. Il n’y a pas de limite du nombre de mots/signes. Les sources doivent être fournies et seront notées en bas de texte.

 

# Avant d’écrire votre biographie, envoyez-nous un mail à prenezcecouteau@gmail.com pour nous dire sur qui vous comptez écrire. Cela permettra d’éviter les doublons, au cas où cette biographie a déjà été écrite ou est en cours d’écriture !

 

# Le collectif se chargera de relire le texte, de le mettre en page et de le poster sur le site

 

Julia Margaret Cameron

Julia Margaret Cameron est une photographe anglaise. Elle est l’une des premières personnes à avoir utilisé la photographie comme mise en scène et non comme image purement documentaire. Elle a commencé à photographier à l’âge de 48 ans.

 

Illustration : Manon Bauzil @bauz1992

Julia Margaret Pattle est née le 11 juin 1815 à Calcutta, en Inde, qui est a l’époque colonisée par l’empire britannique. Son père est un fonctionnaire anglais et sa mère une aristocrate française.

Elle est éduquée entre la France et l’Angleterre avec ses six soeurs et son frère.

Malgré l’éducation rigide de leur classe sociale, les soeurs Pattle ont la réputation d’être extravagantes et aventureuses, un trait de personnalité que Julia gardera toute sa vie.

 

Après avoir terminé son éducation, Julia retourne en Inde en 1834. Elle y rencontre son mari Charles Hay Cameron, un juriste de vingt ans son aîné. Ensemble, ils s’installent à Calcutta.. C’est là qu’elle se lie d’amitié avec John Herschel, un pionnier de la photographie, qui aura une influence sur son amour pour cet art. Il a entre autre introduit les termes de « négatif » et « positif », a inventé le cyanotype et le chrysotype.

Lorsque Charles prend sa retraite en 1848, le couple et leurs six enfants déménagent en Angleterre et s’installent à Londres. La soeur de Julia, Sarah, y vit depuis des années et y organise des salons fréquentés par de nombreux artistes et écrivains, un cercle social auquel Julia se mêle. Elle fait ainsi connaissance avec des personnalités de l’époque, comme Dante Gabriel Rossetti ou John Ruskin. Julia peut laisser libre court à sa personnalité à la fois habitée par un certain anticonformisme et un désir de progrès social et par un attachement à la tradition, à la religion et à la famille.

Cette effervescence sociale prend fin en 1860, lorsque la famille déménage à Freshwater Bay. Même si elle a quelques ami-e-s à proximité, Julia se retrouve souvent seule, son mari et ses fils se rendant fréquemment en Inde pour s’occuper de la plantation de café familiale. Elle sombre alors dans une dépression.

 

C’est en 1863, à l’âge de 48 ans, que Julia commence à pratiquer la photographie. Cela part d’un cadeau fait par sa fille : un appareil photographique. Elle espère l’aider à remonter la pente, en lui écrivant ce mot avec le cadeau : « Tu aimeras peut-être, maman, tenter quelques photographies pendant ton séjour solitaire à Freshwater. »

 

Julia se lance alors avec passion dans cet art. Elle est aidée par ce que lui a appris John Herschel et par son ami photographe et peintre David Wilkie Wynfield, qui lui transmet sa technique pour avoir une faible profondeur de champ. Elle transforme son poulailler en un studio photo.

En janvier 1864, avec la technique du collodion, elle réalise sa première image : un portrait d’Annie Philpot, l’enfant d’habitants de Freshwater. C’est son « premier succès ». « J’étais transportée par la joie. J’ai couru dans toute la maison pour chercher des cadeaux pour cette enfant. J’avais le sentiment que c’était elle qui avait tout fait pour créer cette photographie. »

 

Annie

Par la suite, elle convainc certaines personnes de son entourage de poser pour elle, notamment des personnes célèbres de l’époque…

 

 

…mais aussi des parents et domestiques. Sa femme de chambre, Mary Hillier, est un de ses modèles préférés. Elle deviendra par la suite son assistante de photographie. On peut la voir sur les photographies ci-dessous :

 

 

Elle fait aussi souvent poser une certaine Mary Ryan, fille d’un mendiant qu’elle adoptera par la suite. Voici certaines photos où elle figure :

 

 

Un an après ses débuts photographiques, elle intègre la Photographic Society of London and Scotland.

Julia Margaret Cameron est résolument l’une des premières personnes à avoir détourné la photographie de son utilité purement documentaire pour faire des mises en scènes, de portraits oniriques et faire flirter l’image entre réalité et rêve.

« J’ai vu la beauté dans des lieux publics et je l’ai trouvée parmi les musiciens, dans les rues. Ma cuisinière était une mendiante et j’en ai fait une reine. Ma gouvernante vendait des lacets pour les chaussures à Charing Cross… Mon cocher volait des oeufs et était en prison. Maintenant, il est assis à une table dans le rôle de Cupidon. »

Parmi ses modèles féminins récurrents, on trouve notamment sa nièce Julia Jackson (qui deviendra la mère de Virginia Woolf), ainsi qu’Alice Liddell, qui est connue pour avoir inspiré le personnage d’Alice au Pays de Merveilles à Lewis Caroll.

 

Alice Liddell en Pomona

 

Son style est reconnaissable par ses effets de flou. « Qu’est-ce que la netteté ? » dit-elle « Qui peut dire quelle est la netteté juste et légitime ? ». La réputation de la photographe court dans son entourage, et elle ne manque pas de modèles, dont elle cherche à atteindre « la fenêtre de leur âme ». Malgré certaines critiques, elle maintient son style particulier. « Quand je mettais au point  et m’approchais de quelque chose qui, à mes yeux, était très beau, je m’arrêtais, au lieu de régler la lentille pour obtenir la netteté plus grande sur laquelle insistent tous les autres. »

 

 

Elle aime représenter des tableaux vivants, des scènes bibliques, de poèmes ou de pièces de théâtre. Elle prend aussi de belles photographies d’enfants.

 

 

« Mon inspiration, c’est d’ennoblir la Photographie en lui assurant le caractère et les usages du Grand Art, en combinant le réel et l’idéal, et en ne sacrifiant rien de la Vérité avec toute la dévotion possible à la Poésie et à la beauté. »

 

 

En 1875, elle déménage à nouveau dans les colonies britanniques pour s’installer à Ceylan (maintenant Sri Lanka). Elle continue à pratiquer la photographie, mais de manière moins prolifique. Peu d’images de cette période ont été conservées.

 

Jeune femme travailleuse sur une plantation à Ceylan

 

Elle meurt en 1879 et est inhumée à Ceylan, conformément à ses souhaits. Bien que son travail ait été relativement connu à son époque, il reste réservé à un petit cercle jusqu’en 1948, année où l’historien d’art spécialisé dans la photographie Helmut Gernsheim écrit un livre sur son travail. Dans les années 2000, des publications et rétrospectives lui ont été consacrées.

 

sources :

https://en.wikipedia.org/wiki/Julia_Margaret_Cameron

« femmes photographes – émancipation et performance (1850-1940) » de Federica Muzzarelli, éditions Hazan 2009

https://collections.vam.ac.uk/item/O81145/annie-photograph-cameron-julia-margaret/

Vivian Maier

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Illustration : Manon Bauzil @bauz92
Vivian Maier est née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago.
C’est d’abord une nourrice professionnelle qui a travaillé pendant près de 40 ans, principalement à Chicago mais elle est aussi une photographe de rue très prolifique.
Les personnes l’ayant connue la qualifient de mystérieuse, audacieuse, paradoxale et excentrique.
C’est une femme très réservée qui partage peu sa vie et son passé.
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Autoportrait
Solitaire, elle n’a aucune famille ou en tout cas, n’a gardé aucun contact avec celle-ci. Elle n’a jamais été mariée, n’a jamais eu d’enfants mais elle apparait comme une véritable mère pour les enfants qu’elle garde. D’abord ouvrière dans un atelier clandestin à New York, elle décide de devenir nanny pour se sentir plus libre : travailler à l’air libre et surtout ne pas se préoccuper de payer un loyer ou de chercher un logement. Elle emmène d’ailleurs avec elle, chez chaque employeur de très nombreuses boites, remplies de choses et d’autres et accumule les journaux jusqu’à remplir jusqu’au plafond les chambres qu’elle habite.
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Originaire de France, elle garde un léger accent et apparait comme un véritable personnage aux yeux des familles pour qui elle travaille. Très grande, elle s’habille avec de grands manteaux, de grands chapeaux, des chemises d’hommes et ne se sépare jamais de son Rolleiflex qu’elle utilise de manière compulsive, quitte parfois à préférer photographier plutôt que de s’occuper des enfants qu’elle doit surveiller. Certains disent qu’elle les emmenait dans les quartiers malfamés de la ville et photographiait tout, du contenu d’une poubelle aux personnes autour d’elle, au point de rendre les enfants gênés de son propre comportement.
Elle a également beaucoup voyagé en 1959, lorsqu’elle décide de parcourir le monde pendant environ 8 mois à travers toute l’Amérique du Sud, le Yémen, l’Inde, la Thaïlande, l’Egypte…
Elle voyage seule, avec son appareil et réalise des milliers de photos.
Son travail est complètement inconnu du grand public jusqu’en 2007.
Le collectionneur John Maloof se rend à une vente aux enchères et pour des recherches sur un livre d’histoire qu’il souhaite écrire, achète une boite remplie de négatifs pour 380 dollars.
Le travail de Vivian et sa personne intriguent le collectionneur qui commence à scanner tous les négatifs et partage son travail sur internet. Il crée un blog avec environ 200 images et le résultat devient viral avec des centaines de milliers d’internautes exprimant leur intérêt.
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A partir de là, John Maloof se donne la mission de réunir tout son travail et de mieux connaitre cette artiste très mystérieuse. Il contacte une famille pour qui elle a travaillé grâce à une adresse trouvé dans la boite et découvre un box de stockage rempli du sol au plafond de cartons : vêtements, chapeaux, chaussures, journaux… Et surtout plus de 100 000 négatifs! Environ 700 pellicules couleurs non développées et 2000 pellicules noir et blanc non développées.
Face à ce travail colossal, John décide de contacter des musées institutionnels comme le MoMa à New York mais aucun d’entre eux n’accepte de traiter le travail désormais posthume de Vivian Maier.
Il se débrouille alors seul et commence à tout trier pour organiser une exposition et publier un livre.
Il est convaincu de détenir un travail incroyable et veut le montrer au reste du monde.
La première exposition aura lieu au centre culturel de Chicago et sera le point de départ d’une célébrité post mortem : tous les journaux parlent du travail du Vivian, même la télévision relaye son oeuvre.
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John Maloof réalise un documentaire en 2013 intitulé « À la recherche de Vivian Maier » pour d’une part l’aider à mieux connaitre le personnage qu’elle était et d’autre part rendre hommage à l’oeuvre colossale qu’elle a réalisé. Il interviewe beaucoup de familles pour qui elle a travaillé et montre également son travail à des photographes célèbres comme Mary Ellen Clark qui regrette qu’elle n’ait pas fait connaitre son travail de son vivant car elle aurait été célèbre à coups sûr.
Le travail de Vivian à un sens de l’humour et à la fois de la tragédie, elle à un véritable sens du cadrage et un beau sens de la vie. Son travail est comparable à celui de Robert Franck, Lisette Model, Helen Levitt ou encore Diane Arbus.
Au total, plus de 150 000 négatifs constituent son oeuvre ainsi que 150 bobines de films 8mm et 16mm.
Elle réalise également beaucoup d’autoportraits.

Si vous regardez son oeuvre vous comprendrez qu’elle voit l’étrangeté de la vie, documente la folie de l’humanité.

Aux yeux des institutions du monde l’Art, son travail n’est pas encore reconnu mais cela importe peu le grand public qui apprécie son oeuvre et n’attend pas leur validation. On retrouve quand même son travail exposé à travers le monde dans des galeries à New York, Los Angeles, Allemagne, Danemark…

Elle commence à peine à recevoir l’attention qu’elle mérite pour son oeuvre et nous pouvons maintenant mieux la comprendre grâce au travail de John Maloof mais sa célébrité posthume est finalement la meilleure chose qui aurait pu lui arriver car de par son caractère réservé et mystérieux , elle n’aurait jamais supporté la célébrité.

une biographie écrite par Eva Merlier

 

Francesca Woodman

Francesca Woodman est une photographe américaine particulièrement connue pour ses autoportraits et ses images de femmes en noir et blanc. Morte à l’âge de 22 ans d’un suicide, son oeuvre fulgurante a marqué l’Histoire de l’art et continue d’inspirer et de captiver.

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illustration : Manon Bauzil // retrouvez-la sur instagram : @bauz1992

Francesca Woodman est née le 3 avril 1958. Ses parents, George Woodman et Betty Woodman (née Elizabeth Abrahams), sont tous deux artistes. Georges vient d’une famille protestante qui s’oppose à cette union parce que Betty est juive. Mais le couple, très amoureux, se marie quand même. Ambitieux, obnubilés et passionnés par leur travail, ils élèvent leur deux enfants, Francesca et Charles, dans un environnement où l’art – et plus particulièrement leur art – est omniprésent.

Ils se rendent souvent en Italie. En 1969, ils achètent une maison à Florence et s’y installent deux ans, inscrivant leurs enfants à l’école là-bas. Ils les emmènent souvent au musée. « Quand nous allions au musée avec nos enfants, nous leur donnions des petits carnets et nous les envoyions faire ce qu’iels voulaient, en leur donnant un point de rendez-vous une heure plus tard. Comme ça, Betty et moi pouvions regarder de l’art sans être dérangés par leurs cris. » dit George. « Francesca a commencé à beaucoup dessiner, en copiant les femmes des tableaux qui avaient de belles robes. Elle a produit beaucoup de dessins, très élaborés et détaillés. »

L’art et le travail des parents a une place très importante dans l’enfance de Charles et Francesca. « Il y a eu de nombreuses fois où les enfants nous ont dit “qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ?“ et les réponses étaient “ah, il faut que j’allume mon four“ [Betty faisait de la céramique, ndlr] ou “il faut que je finisse ma peinture“. (…) Nos enfants ont appris que l’art est considéré comme hautement prioritaire. Ça doit être fait. On ne traîne pas, on n’a pas de loisirs le dimanche ou quoi. Il faut faire de l’art. »

Cette pression qui règne à la maison est peut-être un peu trop forte pour les enfants. À 7 ou 8 ans, quand une personne lui demande si elle sera peintre comme sa maman, Francesca répond : « Vous ne pensez pas qu’un-e peintre par famille, c’est bien assez ? »

Cependant, cette enfance a indubitablement forgé la personnalité de Francesca, et lui a donné des outils pour développer une certaine discipline de travail et un bagage esthétique et culturel qui se retranscrira plus tard dans ses photographies.

À l’adolescence, des tensions familiales naissent entre son frère Charles et ses parents, ce qui pousse Francesca à vouloir se scolariser dans un internat pour ne revenir que l’été chez ses parents. Durant cette période, elle commence à s’intéresser à la photographie et en fait part à son père, qui l’encourage en lui expliquant quelques rudiments techniques et en lui donnant un Yashica TLR dont il ne se sert plus. Elle utilisera cet appareil pour la plus grande partie de son oeuvre.

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Self Portrait at Thirteen (Autoportrait à 13 ans), 1972

Dès le début de sa pratique et pendant toute sa scolarité, Francesca est encouragée par ses professeur-es d’arts plastiques, qui décèlent son talent. Les photographies de Francesca sont vivantes, et incroyablement innovatrices pour son époque. La plupart d’entre elles sont des autoportraits. Elle consacre énormément d’énergie et de temps à son art.

En septembre 1975, elle intègre l’Ecole de Design de Rhode Island (RISD). Comme dit une de ses camarades, « Dans le département de photographie, elle avait la réputation de faire des oeuvre incroyables. (…) Ses concepts étaient bien au-dessus des autre élèves. En fait, nous pensions tous-tes que Francesca possédait un niveau de sérieux et des capacités artistiques que nous n’avions pas encore menés à maturation ».

En 1977, elle obtient une bourse pour passer un an à Rome. Là-bas, elle continue à prendre des photos, ambitieuse et passionnée. Bilingue italien, elle se lie d’amitié avec d’autres jeunes artistes. Elle est pleine de projets. Elle connaît des relations avec des hommes, qu’elle vit avec beaucoup d’intensité.

De retour aux Etats-Unis, elle obtient son diplôme en 1978, et s’installe l’année suivante à New York dans l’optique d’y faire une carrière de photographe.

Mais la vie à New York se révèle difficile. Non seulement la photographie n’est pas tendance dans le monde de l’art, mais en plus le travail de Francesca est incompris. En 1980, ses parents s’installent aussi à New York pour des raisons professionnelles.

Francesca tente de gagner sa vie par divers moyens, notamment en tentant de percer dans la photographie de mode, univers dans lequel elle pense pouvoir évoluer. Elle envoie des portfolios, passe des coups de fils, mais n’obtient pas de réponse, de résultat concret.

En septembre 1980, une rupture amoureuse s’ajoute à cette situation professionnelle qui semble sans lendemain. Francesca est en détresse, elle semble perdre pied. Ses parents l’encouragent à aller consulter un psychiatre, mais cela ne semble avoir aucun effet. À l’automne, elle fait une tentative de suicide. Dans une lettre à son amie de l’université, Sloan, elle écrit « Je préférerais mourir jeune en laissant derrière moi plusieurs réussites, mon travail, mon amitié avec toi et d’autres artefacts intacts, au lieu de mettre le désordre dans toutes ces choses délicates ».
Ses parents la trouvent et elle est amenée à l’hôpital. En rentrant chez elle, au téléphone, elle se confie à Sloan. « Il était clair qu’elle était malheureuse et que ça faisait un temps que ça durait. J’étais inquiète pour elle, et elle m’a dit qu’elle ne prenait plus de photos. Et ça, c’était alarmant. C’était alarmant qu’une personne qui avait passé tellement de temps à faire des photos n’en fasse plus. Je pense que c’est ce qui m’a le plus inquiétée. »

Ses parents la prennent chez eux et vivent dans la peur qu’elle fasse une nouvelle tentative de suicide. Il y a sans cesse quelqu’un pour la surveiller.

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1980

Suite à des consultations avec son psychiatre, elle prend des antidépresseurs. Elle décide de quitter l’appartement de ses parents pour retourner dans le sien et ne plus être sans cesse surveillée, ce que ces derniers acceptent, car elle semble aller mieux. Cet hiver-là, elle travaille sur un livre, Some Disordered Interior Geometries. Des autoportraits en noir et blanc sont collées sur une reproduction d’un vieux livre de géométrie italien, annoté par Francesca.

Il est publié en janvier 1981. Mais malgré cet accomplissement, tout lui semble aller mal. Le 19 janvier, elle apprend qu’elle n’a pas obtenu la bourse du National Endowment for the Arts, sur laquelle elle avait fondé des espoirs, et elle se fait voler son vélo. Son état psychologique est au plus bas et elle tente de joindre des proches par téléphone, en vain. Ce soir-là, à l’âge de 22 ans, elle se jette du haut d’un immeuble.

Malgré sa courte vie, Francesca Woodman a marqué l’univers de la photographie, et continue à influencer de nombreux-ses artistes aujourd’hui.

 

sources :

http://www.nybooks.com/daily/2011/01/24/long-exposure-francesca-woodman/
https://www.youtube.com/watch?v=5zqNUdtCwkU
https://en.wikipedia.org/wiki/Francesca_Woodman