Jeanne Hébuterne

Jeanne Hébuterne est une peintre du début du XXe siècle, connue pour sa relation avec Amedeo Modigliani. On se souvient d’elle surtout au travers de ce rôle de muse et de sa fin tragique, mais elle était elle-même une artiste, et a laissé derrière elle de nombreuses oeuvres malgré sa mort précoce. Nous vous présentons son travail dans cette biographie illustrée par Manon Bauzil.

 

I/ L’enfance dessinée : 

 

par bauz1992

Jeanne Hébuterne naît le 6 avril 1898 dans une famille bourgeoise catholique à Meaux.

Très jeune, elle montre un certain talent pour le dessin, et ambitionne d’être artiste. Elle aime dessiner son quotidien, sa famille, ses habitudes d’enfant. On y entrevoit le caractère colérique de son père, ainsi que son éducation religieuse et stricte.

 

Cet intérêt pour l’art, c’est de famille : son frère André Hébuterne est lui-même peintre paysagiste.

La jeune fille étudie la peinture et le dessin à l’Académie Colarossi, dans le quartier de Montparnasse. En raison de sa peau très blanche et de ses cheveux roux foncé, ses amis la surnomment « noix de coco ». Elle sert de modèle pour certains peintres, comme Léonard Foujita.

 

II/ La rencontre amoureuse et la peinture :

 

Elle a 17 ans lorsqu’elle rencontre Amedeo Modigliani, qui a 14 ans de plus qu’elle. Venu d’Italie en 1906, il est passionné de peinture, et a un penchant pour la drogue et l’alcool.

Les parents de Jeanne voient cette relation d’un très mauvais oeil. La toxicomanie, l’âge et la situation financière du peintre sont pour eux des éléments négatifs, mais la cerise sur le gâteau, c’est qu’il est juif : s’en est trop pour cette famille catholique traditionnelle de la France antisémite du début du XXe. Quelques mois après la rencontre, Jeanne coupe les ponts avec ses parents, et décide d’emménager avec son amant.

 

Autoportrait, 1916

Amedeo utilise Jeanne pour donner un nouveau souffle à son art. Elle devient sa modèle favorite, et sa jeunesse et sa santé le raccrochent à la vie. Il y a de toute évidence une dynamique de pouvoir entre eux deux : Jeanne est impressionnée par lui, encore mineure et isolée de ses parents. Il a un ascendant sur elle.

 

portrait de Modigliani à la pipe

Ensemble, ils pratiquent la peinture et le dessin. Elle le dessine, il la peint. Elle refuse à présent de poser pour qui que ce soit d’autre. Pourtant, elle ne se reconnaît pas dans ses peintures : il peint ses yeux bleus alors qu’ils sont verts, son visage longiligne alors qu’il est ovale. Il cherche en elle la figure parfaite.

Ils vivent dans un appartement-atelier qui appartient à un mécène de Modigliani. Jeanne sort peu, elle peint ce qu’elle voit par la fenêtre.

 

Elle fait des autoportraits, se représentant elle-même, hors du regard de son amant. Ensemble, ils partagent aussi certains modèles – amis, peignant leur version respectives des visages et des corps.

 

Portrait du peintre Soutine

C’est une sorte de huis-clos amoureux et créatif, mais l’argent vient à manquer. Modigliani est dépensier, et l’alcool lui prend beaucoup de ses revenus. Il sait qu’il fait du mal à Jeanne. « Jeannette, tu es trop jolie pour moi et trop fraîche, et tu pleures des larmes de lait. Tu devrais rentrer chez tes parents, tu n’est pas faite pour moi. », lui écrit-il.

 

III/ La famille en morceaux

 

En mars 1918, le couple quitte Paris qui vient d’être bombardée par l’Allemagne. Ils se rendent dans le Sud, à Nice, leur voyage financé par le mécène de Modigliani. Jeanne y apprend qu’elle est enceinte. Elle renoue alors avec sa mère, qui descend dans le Sud pour vivre avec eux, et être présente pour la grossesse de sa fille.

 

 

La vieille dame au collier ou Portrait d’Eudoxie Hébuterne , 1919

Pendant quelques instants, l’esquisse d’une vie de famille se dessine. Jeanne l’illustre et se réjouit.

 

Mais la cohabitation entre Eudoxie, la mère de Jeanne réticente à leur union, et le peintre colérique, capricieux et alcoolique se passe mal. Il part s’installer à l’hôtel pour fuir sa compagne et sa belle-mère.

Le 29 novembre 1918, Jeanne accouche d’une petite fille, prénommée également Jeanne. Bien qu’Amadeo ne reconnaisse pas l’enfant en raison de problèmes de papiers, le couple est heureux de cette naissance. Cependant, ils peinent encore à gagner de l’argent. Ils décident de retourner à Paris à l’été 1919, et se remettent à peindre ensemble.

 

Femme au chapeau cloche, 1919

Mais leur relation tumultueuse et leurs problèmes financiers les embourbent et affectent leur quotidien. Ils prennent alors la difficile décision de placer leur fille chez une nourrice. Jeanne sombre dans la dépression.

 

IV/ Sans issue

 

Quelques mois après la naissance de ce premier enfant, Jeanne est à nouveau enceinte. Elle se peint poignardée, alitée. Sa santé mentale se dégrade.

 

À l’automne, Modigliani participe à des exposition à Paris et à Londres. Il rencontre enfin le début du succès qu’il cherche depuis si longtemps. Il promet à Jeanne une nouvelle vie avec leurs deux enfants, où ils se marieraient et s’installeraient en Italie.

Mais le destin décide autrement. Le peintre apprend qu’il a une méningite pulmonaire, ses jours sont comptés. Jeanne le dessine allongé, malade. Elle le veille, reste à ses côtés tandis qu’il délire et souffre.

 

Le 24 janvier 1920, il décède.

Jeanne, enceinte de huit mois, est désespérée. Ses parents, qui refusent de s’occuper de la dépouille de celui qu’ils surnomment « le petit juif », acceptent d’accueillir leur fille chez eux. Son frère André tente de la réconforter. Mais le 26 janvier, dans la nuit, alors que tout le monde dort, Jeanne se jette par la fenêtre du 5e étage.

 

10 ans après leur mort, les parents de Jeanne acceptent enfin que Jeanne soit inhumée aux côtés de Modigliani.

 

C’est en 1992, à la mort d’André Hébuterne, que les oeuvres de Jeanne sont découverts dans la cave de son appartement. On découvre alors que celle qui n’était vue que comme une muse était elle-même une artiste.

 

sources :

https://www.arte.tv/fr/videos/079434-001-A/l-amour-a-l-oeuvre-jeanne-hebuterne-et-amedeo-modigliani/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_H%C3%A9buterne

Annie Pootoogook

Annie Pootoogook était une artiste avant-gardiste canadienne Inuk qui, au moyen de ses crayons de couleur et de ses stylos, a fait connaître sa vie quotidienne et celle de sa communauté au Cape Dorset, au Nunavut dans le nord du Canada.

 

pootoogook
Illustration : Manon Bauzil @bauz92

 

Née en 1969, Annie Pootoogook a grandi dans une famille d’artistes. Ses dessins sont d’ailleurs directement inspirés de sa mère Napachie Pootoogook, graphiste reconnue, et sa grand-mère Pitseolak Ashoona, artiste accomplie. Son père, Eegyvudluk Pootoogook, était quant à lui graveur et sculpteur.

Elle commence sa carrière à 28 ans dans la West Baffin Eskimo Co-operative (aujourd’hui Kinngait Studios), à Cape Dorset, qui commercialisait l’art inuit dans le but de sortir les communautés de la pauvreté. Elle était principalement connue pour ses dessins aux crayons de couleur et au stylo représentant des scènes intimes contemporaines de la vie des familles inuites.
Comme sa cousine Shuvinai Ashoona, elle a adopté une nouvelle forme d’expression qui diffère des représentations traditionnelles inuites dans les arts du Nord. Leurs œuvres s’inspirent de leur vécu dans un Nord moderne au détriment des thèmes récurrents de l’art inuit telles que les légendes et les mythes autochtones ou encore les animaux.

 

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Playing Super Nintendo, 2003-4

 

Son art a illustré trois sujets principaux.
Premièrement, les expériences quotidiennes de la vie des femmes autochtones vivant dans le Nord canadien. Deuxièmement, les difficultés rencontrées par les collectivités autochtones du Nord, et troisièmement, l’impact de la technologie sur la vie traditionnelle des Inuit.
Ses dessins, tantôt légers et humoristiques, tantôt plus sombres, abordent des thèmes comme la violence familiale et l’alcoolisme. Son art est à la fois graphique, émotionnel, de qualité journalistique et surtout réalisé avec beaucoup de détachement. Les personnages sont de face ou de profil, présentés de manière très simple.

 

 

Elle a reçu en 2006 le prestigieux prix Sobey pour encourager les jeunes artistes canadiens de moins de 40 ans. Ses œuvres ont été montrées lors d’expositions nationales comme à la galerie d’art commerciale Feheley Fine Arts et à la galerie d’art The Power Plant à Toronto, ou également lors d’expositions internationales en Allemagne et aux États-Unis.De plus, certaines de ses œuvres se trouvent au Musée des Beaux-Arts du Canada.

 

 

Annie Pootoogook a quitté en 2007 le Cape Dorset pour venir s’installer à Ottawa. Malheureusement, on raconte qu’elle a dû faire face à des problèmes de toxicomanie et à la pauvreté.Elle a été contrainte à vivre dans la rue.
Dans ces conditions difficiles, elle donna naissance à une petite fille qui sera adoptée par Veldon Coburn, Anishinaabe et spécialiste des questions autochtones à l’Université de McGill.

 

 

Elle décède tragiquement à 47 ans en 2016. Son corps est retrouvé dans le Canal Rideau à Ottawa. Le Groupe des crimes majeurs de la police d’Ottawa est toujours en train de mener l’enquête sur les causes de sa mort.
Plusieurs jours après le décès d’Annie Potoogook, le sergent Chris Hrnchiar a commenté qu’« il pourrait s’agir d’un suicide accidentel : elle était ivre, est tombée dans le canal et s’est noyée ». Il a rajouté qu’« une grande partie de la population autochtone du pays se satisfait d’être des alcooliques et des toxicomanes ». Ces commentaires ont été grandement condamnés comme étant racistes et une enquête interne sur la conduite du policier a été lancée.
Le décès d’Annie Pootoogook a eu beaucoup de visibilité médiatique, car elle était reconnue en tant qu’artiste renommée du Canada. Mais trop souvent, les décès ou disparitions de femmes autochtones ne sont pas relayés par les médias. En avril 2014, la Gendarmerie royale du Canada affirmait avoir identifié 1181 cas de femmes autochtones assassinées ou disparues depuis 1980. Ce phénomène a depuis longtemps été dénoncé par les associations de femmes autochtones et leurs allié-e-s. Memee Lavell-Harvard, présidente de l’Association des Femmes Autochtones de l’Ontario et doctorante en Éducation, et Jennifer Brant, Mohawk et enseignante à la faculté d’Éducation à l’Université de Brock, soutiennent que la violence envers les femmes autochtones est un problème sociologique qui prend racine dans l’histoire de la nation canadienne au croisement du colonialisme, du racisme et du sexisme.

 

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Untitled (Kenojuak and Annie with Governor General Michaëlle Jean), 2010

 

Ce qu’Annie Pootoogook a accompli lors de sa vie la place parmi les plus grands artistes contemporains du nord du Canada.
En février 2018, une exposition intitulée « Annie Pootoogook, Une impression indélébile », à l’affiche à la Collection McMichael d’art canadien, à Kleinburg, en Ontario, a mis à l’honneur les œuvres de l’artiste dans le respect des désirs de sa communauté d’origine. En effet, Nancy Campbell, la commissaire de l’exposition affirme qu’« Ils souhaitaient qu’on se souvienne d’elle pas seulement pour ses images saisissantes montrant la part sombre de la vie de la communauté, mais aussi pour celles présentant les réalités beaucoup plus positives de Cape Dorset : le sens de l’entraide, le camping, la famille, le quotidien » (2018).

 

Une biographie écrite par Lisa Van Campenhout

 

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Pootoogook

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/annie-pootoogook/

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1063292/lenquete-sur-la-mort-suspecte-dannie-pootoogook-a-ottawa-serait-inconcluante

  1. M. Lavell-Harvard et J.Brant (édit.), Forever loved : Exposing the hidden crisis of missing and murdered indigenous women and girls in Canada (p. 1-13). Bradford: Demeter Press.

Gendarmerie royale du Canada. (2014). Les femmes autochtones disparues ou assassinées : Un aperçu opérationnel national. Canada. [Document PDF]. Récupéré de http://www.rcmp-grc.gc.ca/pubs/mmaw-faapd-fra.pdf

https://www.beaux-arts.ca/magazine/artistes/en-souvenir-dannie-pootoogook#