Julia Margaret Cameron

Julia Margaret Cameron est une photographe anglaise. Elle est l’une des premières personnes à avoir utilisé la photographie comme mise en scène et non comme image purement documentaire. Elle a commencé à photographier à l’âge de 48 ans.

 

Illustration : Manon Bauzil @bauz1992

Julia Margaret Pattle est née le 11 juin 1815 à Calcutta, en Inde, qui est a l’époque colonisée par l’empire britannique. Son père est un fonctionnaire anglais et sa mère une aristocrate française.

Elle est éduquée entre la France et l’Angleterre avec ses six soeurs et son frère.

Malgré l’éducation rigide de leur classe sociale, les soeurs Pattle ont la réputation d’être extravagantes et aventureuses, un trait de personnalité que Julia gardera toute sa vie.

 

Après avoir terminé son éducation, Julia retourne en Inde en 1834. Elle y rencontre son mari Charles Hay Cameron, un juriste de vingt ans son aîné. Ensemble, ils s’installent à Calcutta.. C’est là qu’elle se lie d’amitié avec John Herschel, un pionnier de la photographie, qui aura une influence sur son amour pour cet art. Il a entre autre introduit les termes de « négatif » et « positif », a inventé le cyanotype et le chrysotype.

Lorsque Charles prend sa retraite en 1848, le couple et leurs six enfants déménagent en Angleterre et s’installent à Londres. La soeur de Julia, Sarah, y vit depuis des années et y organise des salons fréquentés par de nombreux artistes et écrivains, un cercle social auquel Julia se mêle. Elle fait ainsi connaissance avec des personnalités de l’époque, comme Dante Gabriel Rossetti ou John Ruskin. Julia peut laisser libre court à sa personnalité à la fois habitée par un certain anticonformisme et un désir de progrès social et par un attachement à la tradition, à la religion et à la famille.

Cette effervescence sociale prend fin en 1860, lorsque la famille déménage à Freshwater Bay. Même si elle a quelques ami-e-s à proximité, Julia se retrouve souvent seule, son mari et ses fils se rendant fréquemment en Inde pour s’occuper de la plantation de café familiale. Elle sombre alors dans une dépression.

 

C’est en 1863, à l’âge de 48 ans, que Julia commence à pratiquer la photographie. Cela part d’un cadeau fait par sa fille : un appareil photographique. Elle espère l’aider à remonter la pente, en lui écrivant ce mot avec le cadeau : « Tu aimeras peut-être, maman, tenter quelques photographies pendant ton séjour solitaire à Freshwater. »

 

Julia se lance alors avec passion dans cet art. Elle est aidée par ce que lui a appris John Herschel et par son ami photographe et peintre David Wilkie Wynfield, qui lui transmet sa technique pour avoir une faible profondeur de champ. Elle transforme son poulailler en un studio photo.

En janvier 1864, avec la technique du collodion, elle réalise sa première image : un portrait d’Annie Philpot, l’enfant d’habitants de Freshwater. C’est son « premier succès ». « J’étais transportée par la joie. J’ai couru dans toute la maison pour chercher des cadeaux pour cette enfant. J’avais le sentiment que c’était elle qui avait tout fait pour créer cette photographie. »

 

Annie

Par la suite, elle convainc certaines personnes de son entourage de poser pour elle, notamment des personnes célèbres de l’époque…

 

 

…mais aussi des parents et domestiques. Sa femme de chambre, Mary Hillier, est un de ses modèles préférés. Elle deviendra par la suite son assistante de photographie. On peut la voir sur les photographies ci-dessous :

 

 

Elle fait aussi souvent poser une certaine Mary Ryan, fille d’un mendiant qu’elle adoptera par la suite. Voici certaines photos où elle figure :

 

 

Un an après ses débuts photographiques, elle intègre la Photographic Society of London and Scotland.

Julia Margaret Cameron est résolument l’une des premières personnes à avoir détourné la photographie de son utilité purement documentaire pour faire des mises en scènes, de portraits oniriques et faire flirter l’image entre réalité et rêve.

« J’ai vu la beauté dans des lieux publics et je l’ai trouvée parmi les musiciens, dans les rues. Ma cuisinière était une mendiante et j’en ai fait une reine. Ma gouvernante vendait des lacets pour les chaussures à Charing Cross… Mon cocher volait des oeufs et était en prison. Maintenant, il est assis à une table dans le rôle de Cupidon. »

Parmi ses modèles féminins récurrents, on trouve notamment sa nièce Julia Jackson (qui deviendra la mère de Virginia Woolf), ainsi qu’Alice Liddell, qui est connue pour avoir inspiré le personnage d’Alice au Pays de Merveilles à Lewis Caroll.

 

Alice Liddell en Pomona

 

Son style est reconnaissable par ses effets de flou. « Qu’est-ce que la netteté ? » dit-elle « Qui peut dire quelle est la netteté juste et légitime ? ». La réputation de la photographe court dans son entourage, et elle ne manque pas de modèles, dont elle cherche à atteindre « la fenêtre de leur âme ». Malgré certaines critiques, elle maintient son style particulier. « Quand je mettais au point  et m’approchais de quelque chose qui, à mes yeux, était très beau, je m’arrêtais, au lieu de régler la lentille pour obtenir la netteté plus grande sur laquelle insistent tous les autres. »

 

 

Elle aime représenter des tableaux vivants, des scènes bibliques, de poèmes ou de pièces de théâtre. Elle prend aussi de belles photographies d’enfants.

 

 

« Mon inspiration, c’est d’ennoblir la Photographie en lui assurant le caractère et les usages du Grand Art, en combinant le réel et l’idéal, et en ne sacrifiant rien de la Vérité avec toute la dévotion possible à la Poésie et à la beauté. »

 

 

En 1875, elle déménage à nouveau dans les colonies britanniques pour s’installer à Ceylan (maintenant Sri Lanka). Elle continue à pratiquer la photographie, mais de manière moins prolifique. Peu d’images de cette période ont été conservées.

 

Jeune femme travailleuse sur une plantation à Ceylan

 

Elle meurt en 1879 et est inhumée à Ceylan, conformément à ses souhaits. Bien que son travail ait été relativement connu à son époque, il reste réservé à un petit cercle jusqu’en 1948, année où l’historien d’art spécialisé dans la photographie Helmut Gernsheim écrit un livre sur son travail. Dans les années 2000, des publications et rétrospectives lui ont été consacrées.

 

sources :

https://en.wikipedia.org/wiki/Julia_Margaret_Cameron

« femmes photographes – émancipation et performance (1850-1940) » de Federica Muzzarelli, éditions Hazan 2009

https://collections.vam.ac.uk/item/O81145/annie-photograph-cameron-julia-margaret/