Zaida Ben-Yusuf

Zaida Ben-Yusuf est une portraitiste qui a marqué l’Histoire de la photographie. Mondaine et aventureuse, elle est connue pour ses portraits d’intellectuels, artistes, politiciens Américains fin XIXe / début XXe. Une biographie illustrée par Manon Bauzil.

 

illustration de Manon Bauzil @bauz1992

Esther Zeghdda Ben Youseph Nathan, dite Zaida Ben-Yusuf, est née le 21 novembre 1869 à Londres. Son père, Mustapha, est d’origine Algérienne et exerce la profession de conférencier pour la Muslim Mission Society. Sa mère, Anna est une gouvernante d’origine Allemande. Ils ont ensemble quatre filles dont Zaida est l’aînée. Ils divorcent au début des années 1880.

Après s’être installée avec ses filles à Ramsgate pendant quelques temps, Anna décide d’émigrer aux Etats-Unis à la fin des années 80 en laissant la garde à Mustapha. Ce dernier reste à Londres et se remarie.

Anna ouvre une boutique de chapeaux à Boston. En 1895, quelques années après, Zaida la rejoint, émigrant aux Etats-Unis. Elle s’installe à New York et travaille également dans la chappelerie féminine, dans une boutique sur la Cinquième Avenue.

 

Autoportrait de Zaida Ben-Yusuf – publié dans Metropolitan Magazine en 1901

Elle commence à pratique la photographie comme un passe-temps, mais petit à petit, cet art prend de la place dans sa vie.
En 1896, quelques unes de ses photos sont publiées dans le magazine Cosmopolitan.

Peu après, elle expose à Londres au Quatrième Salon de la Photographie du Linked Ring, où elle rencontre le cofondateur de l’événement, George Davison. Ce dernier, qui est aussi l’auteur d’une rubrique mensuelle pour la revue « American Amateur Photographer », l’encourage à en faire sa carrière.

 

Elle ouvre alors au printemps 1987 un studio de portraitiste sur la 124e avenue à New York. Cela attire l’attention d’Alfred Stieglitz, un photographe, galeriste et marchand d’art réputé. Il publie certains de ses portraits dans sa revue «  Camera Notes » à deux reprises, en avril et en juillet.

En 1898, elle participe à plusieurs expositions : une exposition à Vienne sponsorisée par le Vienna Camera Club, le Salon Photographique de Philadelphie, ainsi que trois expositions à New York, dont la Foire Annuelle de la National Academy of Design. Pour cette dernière, elle prend également en charge la décoration du lieu. Son portrait de l’actrice Virginia Earle lui fait gagner la troisième place de la classe de « Portraits et Groupes ». Elle participe également à nouveau au Salon Photographique du Linked Ring à Londres.

 

Article dans « The Illustrated American », nov. 1898

En 1899, Zaida photographie le gouverneur de New York, Theodore Roosevelt. Dans la revue d’octobre de Photographic Times, Sadakichi Hartmann écrit un long article sur elle, la qualifiant de « puriste » et ne tarissant pas d’éloges : « Je doute qu’il y ait dans tous les Etats-Unis une représentante plus intéressante de la photographie de portrait ».

 

Portrait de Theodore Roosevelt

En 1900, Zaida participe à une exposition de femmes photographes Américaines à l’Exposition Universelle de Paris. L’exposition voyage à Saint-Petersbourg, Moscou et Washington DC.

Dans le numéro de septembre de Metropolitan Magazine, elle publie l’article « The New Photography – What It Has Done and Is Doing for Modern Portraiture » (« Ce que la nouvelle photographie a fait dans le passé et fait actuellement pour l’art moderne du portrait). Elle y parle de son engagement pour un « juste milieu » entre le radicalisme de certain.e.s photographe de beaux arts et la platitude de bon nombre de photographes commerciaux.

 

« L’odeur des Grenades », 1899

En novembre, elle publie dans le Saturday Evening Post six articles illustrés sur le sujet de la pratique de la photographie pour les amateurs.

En 1903, Zaida se rend au Japon par bateau. Elle voyage à Kobe, Nagasaki, Hong Kong, Kyoto et Tokyo. Là-bas, elle prend des photos, qu’elle publie à son retour dans le Saturday Evening Post dans quatre articles illustrés, « Le Japon à travers mon appareil photographique ». Ses images du Japon sont publiées dans plusieurs magazines dans les années qui suivent.

 

En septembre 1904, elle prend un poste de professeur de chapellerie dans le département des Arts Domestiques au Pratt Institute de Brooklyn. Elle quitte cette position en 1908.

Aux environs de 1912, Zaida Ben-Yusuf arrête la photographie. Elle vit alors à Paris.

 

À l’annonce de la Première Guerre Mondiale, elle fuit la France et retourne à New York. En 1919, elle fait une demande de naturalisation dans laquelle elle se décrit comme photographe, et prétend avoir dix ans de moins.

Elle s’oriente vers la mode, travaillant à New York dans le Reed Fashion Service, et donnant des conseils à des magasins sur leurs rayons de vêtements. Elle exerce le métier de styliste en chef à l’Association de Vente de Chapellerie.

En 1930, à l’âge de 60 ans, elle se marie avec un designer textile nommé Frederick J. Norris dont on sait peu de choses.

Malheureusement, trois ans plus tard, elle s’éteint dans un hôpital de Brooklyn des suites du maladie.

 

L’Histoire a effacé sa contribution à l’art de la photographie jusqu’à récemment. En 2008, à la Galerie Nationale de Portraits du Smithsonian Institute à Washington DC.

 

sources :

https://en.wikipedia.org/wiki/Zaida_Ben-Yusuf

https://clothbase.com/designers/Zaida-Ben-Yusuf

 


Si vous voulez écrire une biographie, n’hésitez pas !

 

# Prenez Ce Couteau cherche des biographies d’artistes minorisé.e.s du point de vue du genre. Cette partie ne concerne pas l’art contemporain.

 

# Les règles : documenter ce qu’on peut trouver de la vie et du parcours de l’artiste, de son enfance à sa mort. Le but est de faire connaître des artistes dont la mémoire a été réduite ou effacée, et de proposer une ressource centralisée pour avoir accès à une introduction aux travaux de ces artistes. Il n’y a pas de limite du nombre de mots/signes. Les sources doivent être fournies et seront notées en bas de texte.

 

# Avant d’écrire votre biographie, envoyez-nous un mail à prenezcecouteau@gmail.com pour nous dire sur qui vous comptez écrire. Cela permettra d’éviter les doublons, au cas où cette biographie a déjà été écrite ou est en cours d’écriture !

 

# Le collectif se chargera de relire le texte, de le mettre en page et de le poster sur le site

 

L’oeuvre de la semaine | « Héritage », Marie Hudelot

Née en 1981 à Toulon, Marie Hudelot étudie le cinéma à Montpellier puis suit une formation en photographie et multimédia à Paris. Son travail explore notamment les rapports de filiation, l’identité culturelle et donc, plus largement, l’identité individuelle.
« Héritage » est une série de photographies nous montrant des personnages au visage masqué, portant des attributs culturels symboliques. Ceux-ci sont inspirés de l’héritage familial de la photographe, entre orient et occident / entre France et Algérie. Ainsi, ces objets, éléments naturels, vêtements et ornements prennent le pas sur les personnages en les recouvrant totalement.
La tension entre ces êtres à la fois emblèmes de leur culture et noyés sous celle-ci nous interroge sur la nature de l’identité au prisme de l’héritage familial.

 

 

Plus de photos sur le site de la photographe.

L’artiste du mois : Zoulikha Tahar aka Toute Fine

Vous connaissez sûrement la slameuse, vidéaste et photographe oranaise Zoulikha Tahar sous le nom de « Toute Fine ». Cela fait presque deux ans que nous la suivons. À 25 ans, elle est doctorante en mécanique des matériaux et elle utilise les réseaux sociaux pour  « transmettre [s]es émotions et passions sans prétention. » Elle est la co-réalisatrice, avec Sam MB,  d’un court-métrage sur le harcèlement de rue. Toutes deux font parti d’Awal, un collectif de slammeur.se.s qui a vu le jour en 2016 suite à un atelier Slam organisé par Toute Fine. Récemment, elle a publié Presque deux son premier recueil qui a été mis-en-scène sous forme de représentation à la Nouvelle Seine le 26 novembre dernier. Le journal France24 la désigne comme étant parmi les observatrices africaines qui « par leur engagement pour la société, la culture ou l’environnement, marquent de leur empreinte le continent. » Toute Fine est une slameuse engagée qui raconte l’Algérie, Oran, la rue, les femmes en plusieurs langues. 

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=cdXgsamCblA&w=560&h=315]

Ce qui l’a amenée vers l’écriture c’est d’abord l’influence de sa mère et la lecture. « Je lisais tous ce qui tombait entre mes mains, nous dit-elle, ma mère m’a toujours encouragée et dirigée vers la lecture et l’écriture surtout. » Elle a commencé à tenir un journal intime à huit ans pour faire comme les personnages de séries. Elle découvre Baudelaire, William Black et René Char à 12 ans lorsqu’avec sa soeur elles ont eu leur premier ordinateur avec Encarta (une encyclopédie en ligne). Cette rencontre avec Baudelaire a été décisive selon Toute Fine : « Le premier poème que j’ai lu c’était  »Le Lac » un poème magnifique sur le temps, puis  »L’invitation au voyage » de Baudelaire (…), il est définitivement mon poète préféré, c’est même lui qui m’a initiée au slam, j’étais obsédée par lui, j’avais les Fleurs du Mal en papier et en audio aussi, une voix d’homme sulfureuse clamée avec douceur, la poésie des damnés dans mes oreilles, l’extase et c’est encore de l’envie de faire pareil qu’est née, des années après, Toute Fine la slammeuse. » Mais il y a aussi des influences du net comme Solange te Parle qui l’inspire « pour la dévotion qu’elle a à son personnage » ainsi que la chaîne YouTube Nowness.  D’après elle, « Toutes ces rencontres artistiques là ont fait la Toute Fine d’aujourd’hui qui jongle entre, la prose, la poésie, le slam et l’univers de la conception vidéo et ses multiples facettes. » Parce que son point de vue est précieux et pour ses mots aiguisés nous voulions la mettre à l’honneur ce mois-ci dans la catégorie artiste du mois. 

Toute Fine à l'Institut du Monde Arabe

L’Algérie est un pays où plusieurs langues co-existent et parfois se concurrencent. Toi, tu sembles faire le choix d’explorer un peu toutes ces langues: la fosha (arabe classique), le français mais aussi, et peut-être surtout, la darija/derja.  Comment expliques-tu ton choix de la langue lorsque tu écris un texte ? Quel est ton rapport aux langues que tu pratiques ?
Alors j’écris essentiellement en français, c’est avec cette langue que mes émotions s’expriment en premier, je parle d’ailleurs du rapport que j’ai avec les langues citées dans mon recueil. Il y a deux ans j’étais vraiment incapable d’écrire en Arabe ou en Derja puis je me suis exercée, je me forçais les premiers temps, c’était surtout pour avoir un plus large public pour toucher plus de gens, et puis pour m’approprier les langues qui font mon identité.

 

Proposer des créations en darija c’est politique ? Dirais-tu qu’il y a une revalorisation de la darija parmi les jeunes artistes et écrivain.e.s algérien.ne.s ?

Oui, quand je veux parler de l’Algérie profonde, je le fais en Derja, quand je veux parler de société et/ou de politique je le fais en la langue la plus apte à toucher l’algérien.ne qu’il ou elle ait fait des études ou pas. La Derja est pour moi la langue qui rassemble toute l’Algérie et je crois vraiment qu’il y a un intérêt grandissant pour cette langue qui est bien plus qu’un simple dialecte et qui porte en elle beaucoup de légèreté, de force et de beauté.

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Indépendamment du médium (la langue), le contenu de tes créations est politisé. Tu alternes entre les langues autant qu’entre les sujets de société. Tu racontes Oran, les femmes dans l’espace public, le féminisme, le “voile” (ou plutôt les voiles), mais aussi la jeunesse algérienne, le racisme. Quelle a été la réception de cette parole “indisciplinée” que tu portes en Algérie et en France ?
J‘ai écrit un spectacle qui tourne autour du recueil et qui parle viol et harcèlement, voile, rapport au corps, Algérie, rapport aux proches, Amour et un tas de choses encore, le spectacle tourne autour du recueil et traite dans l’ensemble de ce qui nous lie, nous en tant qu’être humain.e nous avons toutes et tous connu les mêmes peines, nous sommes passés plus ou moins par les mêmes épreuves et le recueil comme le spectacle autour met le point sur nos ressemblances pour dire qu’il n’y a pas de race ni de genre et que nous sommes toutes et tous pareil et cette parole indisciplinée a toujours su toucher parce que qu’on soit Algérien.ne.s ou Françai.se.s notre émotivité est la même.

 

(c)

Tu as commencé Toute fine avec les réseaux sociaux, dirais-tu qu’ils transforment ta manière de créer et de montrer ton art ?
Ils ne transforment pas mon art mais permettent sa libération, les réseaux sociaux libèrent mon expression et me permettent de la partager avec les gens, je pense que c’est un outil incontestable et un appui majeur pour la jeune création.

 

Récemment tu as publié ton premier recueil “Presque deux”, c’est à la fois l’aboutissement de deux ans d’existence dans les réseaux sociaux et un nouveau commencement. “Presque deux” c’est aussi la dualité entre Zoulikha et Toute fine l’une se prend les coups et l’autre les exprime et toutes les deux veulent que ce recueil soit la voix de toutes celles et de tous ceux qui en ont besoin.” Peux tu nous raconter ton recueil, en explorant cette dualité là, c’est à dire  du point de vue de Zoulikha et de Toute fine ?
Je trouve déjà la question très pertinente, je ne saurais expliquer cette dualité, il ne s’agit vraiment pas d’un dédoublement de personnalité malsain, mais comme je l’ai déjà dit et vous l’avez repris, « l’une se prend les coups et l’autre les exprime », je crois qu’il est nécessaire de prendre du recul vis-à-vis des choses qui nous pèsent, d’avoir un regard extérieur sur soi-même pour enfin pouvoir exprimer les faits avec plus d’objectivité. C’est ce que j’ai appris à faire avec Toute Fine, et ce que je vais faire là en créant un troisième personnage qui va pour l’occasion vous parler de la vision de Zoulikha puis de Toute Fine. Pour Zoulikha, Presque Deux c’est une libération, une douche froide vivifiante, c’est aussi la consécration de ce qui était au début une simple page Facebook comme tant d’autres. Pour Toute Fine par contre, Presque deux est un outil de sensibilisation, un câlin affectueux, une tape légère sur le dos qui veut dire « t’inquiète pas ça ira », un sourire timide qui lui veut dire « je suis passé par là » ce recueil c’est une âme à coeur ouvert, et Zoulikha tout autant que Toute Fine veut qu’il soit lu avec passion et intérêt et qu’il titille l’intimité des lecteur(ice)s.

 

Des écrivaines, poétesses, artistes qui t’inspirent ?
Baudelaire en tête de liste comme je l’ai dit en haut, Mahmoud Darwish qui pour moi représente toute la force de la poésie, Solange aussi pour la dévotion qu’elle a à son personnage et comment elle tient face aux critiques, Fauve également pour la sincérité de leurs textes et leur démarche qui va vers l’autre, Gainsbourg pour la subtilité de ses textes et son tranchant, il y a en lui un paradoxe fort que je trouve très intéressant et que j’aime beaucoup et puis encore beaucoup d’autres artistes qui m’inspirent, chaque artiste impliqué m’inspire et me donne de la force pour faire pareil parce que tout commence par le désir de faire pareil.

 

Retrouvez Toute Fine sur son site internet, sur sa page facebook ainsi que sur Youtube et Soundcloud.