L’oeuvre de la quinzaine | Joyce J. Scott

Née en 1948 à Baltimore (Etats-Unis), Joyce J. Scott est une artiste prolifique qui travaille des médiums aussi divers que la broderie, le perlage, la sculpture, la gravure, la performance ou encore le patchwork. Elle est surtout connue pour ses sculptures et ses bijoux. Elle porte un regard critique sur des problématiques de la société Américaine telles que le racisme, le sexisme et le classisme. Nous avons sélectionné certaines de ses oeuvres pour vous faire découvrir son travail.

 

 


 

 

Si vous voulez présenter une oeuvre de la quinzaine, n’hésitez pas !

 

#C’est la section art contemporain du site. On met la lumière sur le travail d’un.e artiste contemporain.e, que ce soit un corpus d’oeuvres ou un projet spécifique qui nous a marqué. Ici, on met en valeur le travail artistique des minorités de genre, personnes racisées, personnes queer.

Nous postons une oeuvre tous les quinze jours.

 

#Les règles : écrire un court texte, ou même simplement poster le texte de présentation de la galerie qui représente l’artiste ou de l’artiste lui-même (le traduire en français s’il est dans une autre langue). Envoyer les sources, qui seront postées avec le texte.

 

#C’est un format court qui peut être posté en entier sur facebook et instagram (2200 signes max).

 

#Une sélection d’images des oeuvres est envoyée (ou des liens pour les oeuvres sonores ou vidéo)

 

#À envoyer à prenezcecouteau@gmail.com

 

#Le collectif se chargera de relire le texte, de le mettre en page et de le poster sur le site.

Exposition FRONTIÈRE/S

 

 

Le week-end du 15 juin, le collectif Prenez Ce Couteau présente l’exposition FRONTIÈRE/S !

 

Pour cette troisième exposition, nous avons choisi le thème « FRONTIÈRE/S » et avons sélectionné 18 propositions en tentant de rassembler plusieurs points de vues sur cette notion : habiter la frontière, traverser la frontière, crossroads, harragas, exilé.e.s, frontières linguistiques, sexuelles, psychologiques, culturelles, métaphoriques ou physiques… le tout exprimé via différents arts : vidéo, peinture, performance, photographie, danse…

 

L’exposition aura lieu le week-end du 14 – 15 – 16 juin Au Landy Sauvage / ex-Clos Sauvage. Venez nombreuxses !

 

– LE PROGRAMME –

>>> vendredi 14 juin :

Vernissage à partir de 18h30, avec buffet végétarien à prix libre !

La performance de Sagia Bassaid et la danse de Karima El Amrani auront lieu au cours de la soirée (horaires à venir).

>>> samedi 15 juin :

L’expo est ouverte à partir de 14h. Possibilité de venir plus tôt sur rdv.

Projection de la vidéo de danse de Karima El Amrani à 18h

La pièce de Dana Fiaque sera jouée à 20h dans l’espace d’exposition.

>>> dimanche 16 juin :

L’expo est ouverte de 14h à 18h30 ou bien sur rendez-vous.

Projection de la vidéo de danse de Karima El Amrani à 15h

 

– ACCÈS –

Au Landy Sauvage / ex-Clos Sauvage

166 rue du Landy

Saint-Denis

Métro : ligne 13, Carrefour Pleyel (moins de 10mn à pied)

RER D : Stade de France – Saint-Denis (moins de 10mn à pied)

RER B : La Plaine – Stade de France (15mn à pied)

bus 139 et 173 arrêt Landy – Pleyel (2mn à pied)

bus 255 arrêt Landy – Ornano (2mn à pied)

 

L’espace est accessible aux personnes à mobilité réduite.

 

En espérant vous y voir,

 

Un beau mois de juin à vous !

L’artiste du mois | Tabita Rezaire

Tabita Rezaire est une artiste française d’origine guyanaise/danoise qui travaille en ce moment à Cayenne (Guyane). Elle se décrit comme une âme incarnée en agent de guérison. Dans ses œuvres (vidéos, performances, collages, installations etc.), elle s’intéresse à la décolonialité des technologies et appelle à la guérison collective.  

 

« The Internet is exploitative, exclusionary, classist, patriarchal, racist, homophobic, transphobic, fatphobic, coercive and manipulative. We need to decolonise and heal our technologies. Healing is resistance. » – (Internet exploite, est exclusif, classiste, patriarcal, raciste, homophobe, transphobe, grossophobe, coercitif et manipulateur. Nous devons décoloniser et soigner nos technologies. Guérir c’est résister.[1])

Tabita Rezaire

 

Entretien de Tabita Rezaire avec Marie-Julie Chalu

 

 

Je t’ai découvert lors du cycle Afrocyberféminismes[2] tenu à Paris à la Gaité Lyrique où tu as proposé une performance intitulée Lubricate Coil Engine – Decolonial Supplication (Lubrifier le moteur – une supplication décoloniale). J’y ai exploré ce que tu appelles le « digital healing activism » qu’on pourrait traduire en français par un activisme digital de la guérison, comment  es-tu arrivée à t’engager dans cet activisme ?

 

Dans cette offrande, je partage des histoires et technologies d’information et de communication. Comment être connecté ? À soi-même, aux autres, à la terre, à l’univers ?

Je pense que ce sont les questions qui m’animent dans mes profondeurs.

 

Je suis partie du diagnostic de notre déconnection collective. Pourquoi/comment en est-on arrivé à ce sentiment d’isolation générale, de peur de l’autre, de non respect de nos écosystèmes, ancêtres et descendances, d’exploitation et oppression institutionnalisées ? Et comment ces mécanismes d’aliénation se manifestent au niveau individuel, dans nos corps, dans nos cœurs ?

 

On porte tous en nous les traumatismes des histoires, des territoires, des lignées des temps passés, à quoi s’ajoutent nos propres expériences. Il y a encore pas si longtemps, j’étais une boule de feu, impulsive, colérique, proie aux addictions, j’en voulais à la terre entière. Quand tu comprends les rouages du monde contemporain, tu ne peux qu’avoir le seum. La colère est un puissant carburant mais si tu fais pas attention elle te ronge de l’intérieur. J’étais plus capable de discuter sans m’écrier au blantriarcat ceci et cela. J’étais épuisée, je ne faisais que pleurer.

À ce moment là, j’ai commencé le yoga Kemetic et ma pratique avec une sangoma (guérisseuse traditionnelle), j’ai compris l’importance de la guérison. Pas comme un refuge mais comme une nécessité d’action politique : c’est prendre la responsabilité de ses traumas pour ne pas les reprendre et les reproduire. Quand tu commences ce chemin, tu peux guider d’autres dans leur propres parcours de guérison. C’est devenu ma mission.

Puis comprendre les relations entre la science et la spiritualité, les technologies de guérison, de communication, la physique quantique, les lois cosmiques c’est juste trop deep.

 

Deep Down Tidal (2017), Tabita Rezaire

 

Tu procures du soin notamment par le biais du yoga, une pratique spirituelle décoloniale et anticoloniale qui a beaucoup été récupérée. Qu’est-ce que le yoga kemetic et kundalini que tu pratiques ?

 

Toute technologie peut être utilisée en faveur ou en défaveur de l’harmonie.

Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de ce qu’est le yoga. Le yoga – mot qui veut dire unir – est une technologie qui permet d’unir notre réalité matérielle et finie (notre corps-esprit-émotions-circonstances) avec notre identité infinie (notre âme qui nous lie à la source). Ce qui selon la philosophie yogique (et beaucoup d’autres pratiques spirituelles) est le but de l’expérience humaine. Pour cela il y a autant de chemins qu’il n’y a d’expériences de vie. Le yoga est simplement un ensemble de savoirs et de pratiques parmi d’autres qui permettent cette union. Il y a traditionnellement plusieurs écoles de yoga, certains yogas se reposent essentiellement sur la pratique de la méditation, de la dévotion, du son, de la répétition, de la visualisation, et d’autres sur la maitrise du corps… C’est ce dernier qui est pratiqué essentiellement en Occident mais en vrai le yoga n’est pas forcement lié à des postures physiques. On pourrait dire que les religions du livre sont des yoga de la dévotion (dévotion à Jésus, Allah, YHWH …).

 

Le Kundalini Yoga fait partie de ces 22 voies traditionnelles du Yoga de l’Inde précoloniale.

C’est le yoga de la conscience et c’est par l’éveil et la maitrise de l’énergie de la Kundalini – énergie créatrice en chacun de nous – que cette pratique amène à prendre conscience et faire l’expérience de son infinité.

 

Le Yoga Kemetic est l’héritier d’une autre lignée, il est ancré dans les sciences et cosmogonies de l’ancienne Egypte. C’est une technologie Africaine d’union du monde matériel et spirituel, qui repose sur le souffle, la géométrie du corps et le lien avec les ancêtres – appelés Neteru en Egypte ancienne. Dans les années 70, des égyptologues noirs, inspirés par les recherches de Cheikh Anta Diop, ont réinterprété certains travaux et y ont trouvé une pratique spirituelle qui s’apparente au yoga. À partir de ça, ils ont créé le Kemetic Yoga, avec l’idée d’avoir une pratique spirituelle plus en résonnance avec la communauté noire car à l’époque (aujourd’hui encore mais ça change) le yoga était majoritairement pratiqué par les blancs.

C’est ce coté politique du Kemetic Yoga et son lien avec la spiritualité Africaine qui m’a touché, c’est le premier yoga où j’ai senti wowwww, j’ai besoin de ça dans ma vie. Le Kundalini après m’a permis de plonger plus profondément dans la philosophie yogique traditionnelle.

Ces deux pratiques m’ont vraiment fait comprendre la nécessité de la pratique spirituelle dans le combat politique.

 

Une pratique décoloniale du soin ou de la thérapie nous replace en lien avec la lignée de nos ancêtres. Je pense notamment à comment on a pu perdre les rituels de soin des cheveux afro crépus. Tu appelles à un équilibre mind-body-spirit-technology (esprit-corps-âme-technologie), pourquoi y incorporer la technologie/les technologies ?

 

La technologie est fondamentale, mais ça dépend de ce que tu appelles technologie. Pour moi le corps, l’esprit et l’âme sont des technologies. Selon le dictionnaire de mon MacBook, une technologie c’est l’application de savoir scientifique à une fin pratique. Le litige dans cette définition ce sont les termes ‘savoir scientifique’. Selon la colonialité, seul ce qui découle de la rationalité de la modernité peut être qualifié de scientifique. Si l’on se détourne de l’autorité occidentale et qu’on autorise d’autres cultures des sciences à co-exister, tout à coup le champs de ce que peut être une technologie s’étend considérablement. Et là une plante, la surface de l’eau, la communication avec les ancêtres, des symboles, les mouvements, les coiffures peuvent devenir des technologies si leurs utilisations suivent un protocole précis pour permettre un résultat spécifique.

 

 

Il n’est pas anodin que tu mettes ton propre corps en scène dans ton travail. Cela participe à un processus de guérison pour toi ?

 

C’est sûr. C’est mon chemin et mes questionnements politiques, intellectuels, spirituels qui nourrissent mon travail. Dans mes vidéos de ces dernières années on voit clairement les évolutions, comment d’un discours politique enragé on passe à une dimension spirituelle. J’avais besoin de comprendre d’où venait mon malaise, ma colère, la honte de mon corps.  J’ai compris que c’était en partie les conséquences des systèmes d’oppression. Comprendre la colonialité politiquement, puis corporellement, émotionnellement, ses effets dans mes cellules, dans mes amours, dans mes pleurs, m’a forcé à chercher des remèdes. Je cherchais qui j’étais, les complexités, fardeaux et privilèges de mes lignées ancestrales, et pour ca j’ai eu besoin de m’exposer, de montrer/sublimer ma honte, mes peurs, mes peines, les accueillir, tisser des liens avec elles pour pouvoir les accepter puis les transformer. J’ai fini par trouver qui je suis derrière les circonstances de l’espace-temps – une partie unique de l’infini, avec sa mission singulière et sa contribution particulière dans la mission de l’univers. Un résidu sonore de la vibration primordiale qui a donné naissance au monde. Voilà je suis un chant qui s’harmonise petit à petit.

 

Premium Connect, 2017, Tabita Rezaire

 

Dans ton travail, les dichotomies « Nord » / « Sud », corps/esprit, nature/technologie, civilisé/sauvage héritées de la modernité occidentale sont éclatées. On apprend par exemple que les systèmes de divination Ifa de la tradition Yoruba seraient à l’origine du système binaire utile aux systèmes d’information comme Internet. Les sources de nos connections sont violentes mais présentées comme progressives, neutres et universelles. Dans quelle mesure, tu interroges la notion de « colonialité du pouvoir[3] » dans tes œuvres ?

 

La colonialité du pouvoir c’est l’héritage omniprésent du colonialisme qui a imprégné nos sociétés postcoloniales sur les plans sociaux, politiques, économiques et culturels. Notamment à travers les hiérarchies entre les personnes – les races, les genres, les ethnicités, les classes sociales, les sexualités, les morphologies, les capacités physiques et neurologiques -, entre les cultures et les systèmes de connaissances.

Comme je m’intéresse à la technologie, je me suis mise à chercher les relations entre nos technologies et l’histoire coloniale. Comment nos outils d’information et de communication sont-ils contaminés par la colonialité ? Nos technologies électroniques sont-elles des outils de résistance ou de nouvelles formes d’oppression ? Réaliser l’impact de l’histoire coloniale dans tous les champs de la vie : comment on apprend, mange, aime, donne, pense, travaille, fait l’amour, construit nos villes et nos familles, comprend le monde, est d’une grande violence.

Il y a eu une décolonisation des territoires (sur le plan légal) mais la décolonisation mentale, sociale, historique reste encore à faire.

 

Dans ma vidéo Premium Connect je partage une autre généalogie des sciences informatiques. Les recherches en éthnomathématiques attribuent la naissance des mathématiques binaires (qui sont le fondement des sciences informatiques) au système divinatoire Yoruba. Il y aurait eu une migration de savoirs –notamment du protocole binaire du système de divination Ifa- depuis l’Afrique de l’Ouest vers l’empire Moor puis l’Europe, et cette transmission aurait contribué au développement du code binaire nécessaire à tous nos circuits digitaux.

 

Il est crucial et urgent que nous fouillons nos mémoires, nos corps, nos histoires, nos technologies pour les défaire de la matrice (néo)coloniale.

 

Dans « Le Ventre des femmes », Françoise Vergès parle de comment la colonialité du pouvoir attaque les femmes racisées et spécialement les femmes noires concernant par exemple la santé reproductive. Dans ton travail également on retrouve ces réflexions, avec l’importance de soigner l’utérus, les sexualités, le plaisir féminin. En quoi cela s’articule avec le soin de nos technologies ?

 

L’utérus est une technologie. Une des plus anciennes, la première imprimante 3D !

C’est une matrice créatrice. Le pouvoir de la Création primordiale se retrouve dans nos utérus avec la responsabilité qui va avec. Comment créer? avec quelles intentions ? mais pas seulement la vie, c’est de là que l’on donne aussi naissance à nos rêves, nos manifestations, nos communautés, nos mondes ? Quand nos matrices utérines, nos bassins de création sont traumatisés, exploités, abusés, tout ce qui en sort, que ce soit la vie même ou nos rêves sont aussi brisés. Il faut guérir nos bassins créateurs pour guérir nos mondes.

 

Peu importe où on se trouve sur le spectre du genre, on a tous un centre énergétique à ce niveau-là qui régule notre pouvoir de création. C’est donc notre responsabilité à tous d’entamer ce processus de guérison. Après il est vrai que les femmes racisées ont historiquement et institutionnellement subis énormément de violences sexuelles et médicales. Ma vidéo Sugar Walls Teardom s’inspire de l’histoire de la gynécologie moderne qui crédite le docteur Marion Sims comme le père fondateur de la gynécologie alors que ses découvertes sont dues à des expériences chirurgicales qu’il faisait sur des femmes africaines esclavagisées dans sa plantation médicale pendant l’esclavage. Beaucoup n’ont pas survécu aux tortures du Dr. Sims. Ce sont elles qui devraient être reconnues et commémorées comme les mères de la gynécologie. On retrouve dans toute l’histoire de la médecine occidentale des expériences sur les femmes noires : le développement de la pilule, les stérilisations forcées ou les Hella Cells – les premières cellules immortelles volées dans le col de l’utérus de l’Afro-Américaine Henrietta Lacks.

 

 

Dans ta vidéo Hoetep Blessings, tu célèbres le pouvoir du c*nt, la féminité noire en reprenant le terme hoe. J’ai pensé à la vidéo How to be a bitch de Princess Nokia ou d’une latinx qui répond aux questions de Jesse Lee Peterson durant la Slutwalk, toutes les deux sont des femmes racisées qui se réapproprient les termes de bitch, slut. Est-ce que les personnes minorisées ne sont pas les pirates des codes et algorithmes racistes et sexistes ?  

 

Le pouvoir des mots.

Les mots sont une arme tant pour blesser que pour guérir.

Bitch, slut, hoe, pussy… pareil en français avec pute, salope, con, chatte … ces expressions utilisées comme insultes alors qu’elles sont liées au féminin sont des dispositifs de la colonialité pour conditionner le subconscient de la population et ancrer la honte du féminin dans le discours et l’inconscient collectif. C’est pareil avec la race, les Français ont peur de dire le mot noir, car inconsciemment ils pensent que c’est une insulte. Le langage influence les opinions et avec, les comportements.

 

Se réapproprier les mots, leurs mouvements, leurs sons, leurs sens, c’est s’émanciper du poids du langage, du poids du monde. Les personnes minorisées sont peut-être plus sensibles aux effets des mots, car elles savent que les mots prennent au cœur, et font mal. Alors les mots deviennent un outil de défense, de résistance. La poésie et la musique ont toujours été au centre des révolutions, des chants guerriers des millénaires passés aux incantations intemporelles.

 

Le son a un immense pouvoir créateur. Les fréquences sonores modifient nos ondes cérébrales et peuvent changer notre état de conscience et modifier la matière. C’est pourquoi beaucoup de spiritualités utilisent les technologies sonores ; l’industrie militaire aussi avec les armes acoustiques mais pour d’autres raisons.

 

Peux-tu nous parler de la NTU Tech Health Agency que tu as créé en Afrique du Sud ?

 

NTU c’est ma famille avec Bogosi Sekhukhuni et Nolan Dennis Oswald. On a commencé à travailler ensemble en 2015 avec l’idée de construire notre propre serveur et d’avoir un réseau de partage sécurisé sur le Deep Web. On a toujours notre serveur et depuis on s’investit dans ce qui relie la technologie et les philosophies Africaines. On travaille par exemple avec les plantes enthéogènes utilisées dans la spiritualité Sud-Africaine et le potentiel de l’énergie libre. NTU c’est une rencontre d’âmes, un espace de partage, d’inspiration, de soutien. La famille quoi.

 

Comment s’est passée ta première exposition solo Exotic Trade ?

 

Ca va bientôt faire 2 ans, beaucoup de choses ont changé. Ces œuvres m’ont transformées, ou plutôt c’est à travers elles que je me suis métamorphosée.

Créer c’est comme donner naissance. Faire naitre des œuvres demande d’aller au plus profond de soi, de se confronter au pire de soi pour y trouver le meilleur. On ne revient pas indemne de cette descente. On en ressort écorché, transformé, purgé. Voilà, peut-être que cette exposition, enfin ce que j’ai traversé pour la mettre au monde, aura été comme une préparation à la renaissance. Pour renaitre, il faut savoir mourir. Pour vivre, il faut apprendre à mourir. À chaque respiration. De l’autre côté des angoisses, du stress, des doutes de soi, des vulnérabilités, des colères, des attentes, des déceptions, des rêves, des peurs, se mettre à nu en partageant son travail, son cœur, son âme, est d’une grande beauté. Je suis pleine de gratitude.

C’est mon parcours de guérison que j’ai partagé.

Ces œuvres ont maintenant leurs propres vies, elles ont beaucoup voyagé et continuent leurs parcours de cœur en cœur autour du monde. Je n’ai pas arrêté ces dernières années alors maintenant après m’être vidée, j’essaie de me ressourcer, d’honorer mon cycle de création. Je suis en gestation pour pouvoir donner naissance aux prochaines visions. Ce n’est pas toujours facile de respecter son rythme de création dans ce milieu. Je réfléchis à d’autre façon de donner. J’apprends à recevoir. J’attends. J’écoute.

As-tu des actualités ?

 

Je prépare un nouveau film sur les vestiges de technologies célestes d’un point de vue scientifique, archéologique et métaphysique. Je finis le tournage le mois prochain au Sénégal et en Gambie.

J’essaie aussi de monter un centre d’études et de pratiques lunaires.

Sinon beaucoup d’expos, d’offrandes, de partage-travail prévus un peu partout dans le monde.

Mon intention pour 2019 c’est d’apprendre à valoriser l’équilibre, alors si je le manifeste ça sera ma plus belle actualité.

 

 

Retrouvez Tabita Rezaire sur son site et sur sa chaîne viméo !

 

 

[1] Les traductions sont de Marie-Julie Chalu.

[2] « Afrocyberféminismes est un projet de recherche qui questionne les enjeux contemporains posés par les technologies numériques au regard de l’Afrique et de ses diasporas en explorant la place du genre et de la race. » (source : afrocyberfeminismes.org). Le cycle s’est tenu de février à juillet 2018 à la Gaité Lyrique (Paris) et a été organisé par Oulimata Gueye et Marie Lechner.

[3] La colonialité du pouvoir reproduit les structures de pouvoir basées sur la race entre autres.

 

 

L’oeuvre de la semaine | Faces and Phases 2006-14, Zanele Muholi

 

Zanele Muholi est une photographe Sud-Africaine née en 1972. Son travail s’articule autour des problématiques LGBT, du féminisme et du racisme. Pour l’oeuvre de la semaine, nous avons choisi de nous focaliser sur « Faces and Phases », une série de portraits en noir et blanc étendue sur huit années (2006-2014), agrémentée de témoignages.

 

Ci-dessous, des extraits du texte d’introduction du livre.

« Ce qui était à la base un projet visuel est devenu la création d’une archive photographique sans précédent de ma communauté et de notre pays.[…]

Faces and Phases est pour moi à la fois extrêmement personnel et profondément politique : un acte de recherche, de résistance, transgressant les limites des oppressives structures de pouvoir raciales, sexuelles, de classe et de genre.

Personnellement, je n’ai pas d’arbre généalogique documenté, et malheureusement je n’ai aucune photographie de mes grand-parents maternels et paternels. Bien que cet effacement est délibéré et qu’il est une vérité pour de nombreuses familles Noires de part le monde, ce point commun n’annule pas mes sentiments de désir, d’incomplétude, et je crois que si je pouvais voir leurs visages, une partie de moi ne se sentirait pas si vide.[…]

Quand j’étais petite […] de nombreux pays Africains se battaient pour sortir du colonialisme Européen, et le nationalisme Noir était plus fort que jamais.[…]

Notre lutte actuelle, alors que nous commémorons les 20 ans de démocratie en Afrique du Sud, est contre les « viols correctifs » que les lesbiennes et les hommes trans Noir-es continuent de subir et contre les meurtres brutaux de nos amant-es et ami-es.[…] Bien souvent, avant même que l’organisation commence, le simple fait d’exister ou de vivre est le début ultime de la conscience politique, un acte de résistance et de transgression.[…]

Je veux montrer publiquement, sans honte, que nous sommes des individu-es téméraires, Noir-es, beaux/élégant-es et fièr-es. Ça me guérit de savoir que j’ouvre la voie à d’autres qui, en désirant faire leur coming out, peuvent regarder les photos, lire les biographies et comprendre qu’iels ne sont pas seul-es.»

 

L’artiste du mois | Charline Bataille

Tatoueuse, peintre, créatrice, Charline Bataille est une artiste à multiples facettes basée à Montréal. Son esthétique explosive est reconnaissable au premier coup d’oeil. Artiste engagée, elle représente des personnages à la fois mignons et féroces qui défient l’ordre établi.

 

charline

 

Qu’est-ce qui dans ton parcours t’a amenée à la création ? Quels ont été tes premiers coups de coeur artistiques, tes premières influences ?

Ma mère est sûrement la première influence que j’ai eue! Toutes les deux, on est obsédées par le visuel, la beauté, la cohérence! Quand j’étais jeune, je me rappelle, si elle ne trouvait pas ce qu’elle voulait, elle le faisait elle-même! Elle achetait des meubles de seconde main et les peignait à la main, elle a démarré sa compagnie de graphisme dans sa vingtaine, elle est vraiment quelqu’un qui attend pas que les choses lui soient données, elle créé ce qu’elle a besoin de voir dans le monde ! J’ai l’impression que c’est dans cet esprit que j’ai commencé à tatouer, je ne voyais pas de tattoos qui me plaisaient alors j’ai voulu le faire moi même. Autrement, mes dessins ont toujours été profondément autobiographiques.

 

charlinebatail

 

Tu crées sous différentes formes : tatouage, dessin, peinture, volume, et même peinture sur vêtements ! Est-ce que tu as une préférence parmi ces manières de créer (et si oui, pourquoi) ?

C’est sur que tatouer, c’est totalement fascinant. Ce médium la est complètement différent parce que chaque tattoo que je fais est comme une collaboration avec la cliente. J’apprends beaucoup et ça me pousse à explorer des imageries et des sentiments qui viennent de l’extérieur de moi, c’est vraiment enrichissant. Pis c’est sur c’est aussi vraiment cool comme médium! Les machines, la permanence, le fait que l’art bouge et voyage. Peindre, c’est plus personnel. Je le fais quand j’en ai besoin, c’est une thérapie. La sculpture c’est une exercice de patience. J’aime tous les médiums, je trouve que je suis chanceuse de pouvoir tout les utiliser, ça garde les choses piquantes!!

 

 

Considères-tu ta pratique artistique comme engagée politiquement ?

Ouais c’est sûr ! Je tatoue des gens queers en majorité et je passe beaucoup de temps à parler de corps et d’expériences de vie avec eux. Pour moi, c’est ma preuve que mon travail est queer. Je dessine des personnes laides, poilues, grosses, j’essaye de créer des images qui normalisent mes amis.

Je pense aussi que le fait que je partage beaucoup de mes sentiments et pensées sur Instagram sans vraiment m’en faire sur le fait que c’est pas “professionnel” c’est une façon d’adresser l’accessibilité ou le manque de dans les attentes du capitalisme. Une façon de créer un moule dans lequel être vulnérable n’est pas un obstacle au succès.

 

 

Quelle est ta place dans le monde de l’art, et plus spécifiquement le milieu du tatouage ? Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais voir changer ?

A place with nobody to stare at non binaries bodies, a place with no culturally appropriative images on the walls, a place with no intrusive forced HIV disclosure and shaming, a place with consent forms that ask for the person’s pronouns, a place that is wheelchair accessible, a place that hires and give managing positions to people of colour.
As white tattooers, we have to step down, we have to take less space. A place where you don’t need to be ‘professional’, meaning a place where it is known and celebrated that you, as a client or worker, are a person with feelings. A place that doesn’t except you to hide your feelings, put on a fake face, be courteous. A place where you can truly connect and be yourself. A place where you don’t need to build a tough skin to survive, a place where your own skin is always enough. A place that offers sliding scales.
A place that holds regular meetings to address racism and a place that acknowledge the origin of tattooing, a place that does NOT think that tattooing is a only hundreds years old.
A place that doesn’t glorify violent colonisation images, A place where Sailor Jerry isn’t a God. A place that does not exploit people. A place that gives a living wage to all.
A place where HIV and hepatitis C are NOT seen as disgusting or something to joke about.
A place where fat people are seen as beautiful and where tattoos on skins full of cellulites still make it on instagram, a place where, as soon as they come in, women dont feel intimidated, a place that takes sexual assaults seriously.

 

(Traduction par le collectif)

Un lieu où personne ne dévisage les corps non-binaires, un lieu sans images qui approprient des cultures, un lieu sans obligation intrusive de dévoiler son statut séropositif et sans honte, un lieu avec des formulaires de consentement qui demande les pronoms de la personne, un lieu qui est accessible en fauteuil roulant, un lieu qui engage et donne des positions de management au personnes racisées.
En tant que tatoueur-euses blanc-hes, nous devons passer la main, nous devons prendre moins d’espace. Un lieu où on n’a pas besoin d’être « professionnel-le », c’est-à-dire un lieu qui est connu et célébré pour soi, en tant que client-e ou travailleur-euse, en tant que personne ayant des sentiments. Un lieu qui qui ne nous demande pas de cacher nos sentiments, créer un masque, être courtois-e. Un lieu où nous pouvons réellement nous rejoindre et être nous-même. Un lieu où l’on n’a pas besoin d’avoir la peau dure pour survivre, un lieu où être dans sa propre peau est toujours assez. Un lieu qui propose un barème dégressif.
Un lieu qui tient des réunions régulières pour parler de racisme et un lieu qui reconnaît l’origine du tatouage, un lieu qui ne pense PAS que tatouer n’a qu’une centaine d’années.
Un lieu qui ne qui ne glorifie une imagerie colonisatrice violente, Un lieu où Sailor Jerry n’est pas un Dieu.
Un lieu qui donne un salaire décent à toustes.
Un lieu où le sida et l’hépatite C ne sont pas vues comme dégoûtants où comme des sujets de blagues.
Un lieu où les personnes grosses sont vues comme belles et où les tattoos sur des peaux pleines de cellulite sont postés sur instagram, un lieu où, dès qu’elles entrent, les femmes ne se sentent pas intimidées, un lieu qui prend les agressions sexuelles au sérieux.

 

charlinebataille

 

Quel est ton rapport aux réseaux sociaux ? Comment transforment-ils la manière de montrer ton art ? Penses-tu qu’ils modifient ta manière de créer ?

Bon, alors Instagram c’est une énorme parti de mon travail. C’est un outil de business que je prends au sérieux.
Ça change ma façon de travailler parce qu’il est inévitable, je suis influencée par ce qui “pogne”.. en même temps, c’est un outil qui m’a permit de connecter avec des tatoueurs à travers le monde. Je peux voyager partout. C’est vraiment magique !

 

 

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