FRONTIÈRE/S : les artistes

 

 

Anna Ciammitti

 Anna Ciammitti, animatrice et dessinatrice, expérimente différentes techniques du récit visuel.
Elle collabore à la création de séries animées, longs-métrages, courts-métrages et publicités en stop motion et 2D. Elle publie également des bandes dessinées et des illustrations pour livres et fanzine.

 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, elle a fait un choix de cinq images faisant partie de son projet artistique « Limen | Limes », qui signifie seuil et limite. Ce projet étudie le concept de frontière, comprise comme géographique et mentale. Ce sont des photographies de petites parties du monde qui, avec l’ajout de figures peintes, se transforment en grandes zones frontalières: traverser, vivre puis traverser.

 

 

Ayden Mariadas

🌔 Je m’appelle Ayden Mariadas, je suis un artiste, trans, non binaire, d’origine indienne. Après des études universitaires, l’organisation de festival de films documentaires, à courir derrière la volonté d’exprimer les histoires coloniales qui marquent ma famille depuis des générations, et maintenant dans une démarche féministe, j’écris des textes de prose, la plupart du temps autobiographiques et je fais des selfies. J’enregistre la voix de mes proches, qui me racontent leurs histoires, encore et encore, et que je découvre chaque fois, un peu plus.

🌔 Le texte que j’ai écrit, parle des frontières, comme je les vois, frontières entre les cultures de mes parents, dont j’ai pensé faire un film documentaire à une époque et que je traduis un peu dans ce texte. J’y parle un peu de mon experience de travail salarié, de comment je vis mon genre, comment je le construis, de mon experience de vie, de transition.

 

 

Céline Drouin & Camille Back

🌗 Artiste visuelle transdisciplinaire formée à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris—Cergy, Celine Drouin Laroche élabore ses projets à partir de rencontres et de discussions sur les identités, les imaginaires, les savoirs et les lieux habités. Les récits qui en résultent sont innervés par des questionnements politiques liés aux mouvements de (dé)colonisation, aux constitutions de communautés et aux pensées féministes queers. Troublant la frontière entre fiction et documentaire, ses installations, vidéos, performances et séries photographiques sont animées par les notions de narration de soi et du monde.

Camille Back est doctorante. Féministe lesbienne et queer blanche issue de l’immigration italienne, elle cherche à questionner et à redéfinir les théories queers en proposant une analyse critique des théories queers blanches et de certains de leurs paradigmes et en mettant en évidence le rôle formateur d’Anzaldúa dont la contribution à l’élaboration de ces théories (tout comme celle de nombreux autres queers of color) a été effacée des généalogies courantes.

🌗 Pour l’exposition FRONTIERE/S, nous proposerons une vidéo expérimentale : Something to do with the dark. A tribute to Gloria E. Anzaldúa. Travail plastique et sensoriel autour de la figure de la féministe lesbienne chicana Gloria Anzaldúa, de son parcours, de son processus créatif, des concepts et des images poétiques qu’elle développe, Something to do with the dark mêle différents régimes d’image et de narration. Il s’agit alors de dépasser le statut documentaire des images, par le montage et la bande son expérimentale, pour basculer dans la fiction et dans une expérience visant à altérer nos perspectives et nos perceptions, au même titre que les autohistorias-teorías d’Anzaldúa.

 

 

Collectif Sans Nom

💥 Impulsé par Dana Fiaque, Daniel Cocercoa et Sanaa El Morsali, puis suivi par Juliette Veniger et Ian Kiddou, le Collectif Sans Nom c’est formé autour de Toutitou History X, écrit par Dana Fiaque.
Le Collectif se compose de jeunes comédiens en cours de professionnalisation. L’envie de jouer et d’être maître de leur propre projet, tout en parlant du passage à l’âge adulte sont les motivations premières du collectif.

💥 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, le Collectif Sans Nom présente Toutou History X, dont voici le synopsis :
Steph, un.e jeune ado de 18 ans viens de recevoir sa lettre d’admission pour l’université, très très loin. Toutitou, sa peluche, son compagnon de toujours, ne l’entends pas de cette oreille. Avec l’aide d’autre jouets abandonnés de la Malle- sous-le-lit, Toutitou compte bien reconquérir Steph, déjà en pleine émancipation.

 

 

Elena Moaty

💫 Elena Moaty est peintre et dessinatrice. Elle a étudié aux beaux arts de Paris. Elle fait partie du collectif Prenez Ce Couteau.

💫 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, elle présente une peinture grand format faite après son premier voyage à Oran, d’où est originaire son père. La peinture se lit comme un poème, où il est question de migration, de diaspora, d’identité juive et de normes de genre. Elle préfère ne pas en dire plus et laisser à chacun-e la possibilité de voyager dans cette peinture.

 

 

 

 

Hajer

🌟 Hajer, historienne et politiste de formation, mais surtout passionnée de musiques arabes, s’attache à mettre en valeur ce patrimoine culturel à travers les podcasts contés Vintage Arab notamment auprès des descendant.e.s de l’immigration francophone. A travers cette démarche, elle souhaite promouvoir une vision historique et affective de ces musiques, tournés vers celles et ceux qui vivent ces musiques quotidiennement.

🌟 Pour l’exposition FRONTIERES, elle proposera un voyage musical à travers des extraits musicaux pour explorer l’histoire et la langue. Ce projet se propose d’explorer l’abolition de la frontière à travers des expérimentations audio qui conteront aux spectateurs ce que peut signifier les notions d’espace et d’exil dans le patrimoine
musical, patrimoine qui propose un dialogue , parfois un socle commun qui se joue de la notion de frontière. Pour penser, vivre et défaire les frontières.

 

 

Karima El Amrani

🌊 Karima El Amrani est danseuse contemporaine. Après des études supérieures en danse, elle s’installe à Londres en 2011 où elle travaille pour Hofesh Shechter. Depuis 2013, elle collabore avec Christoph Winkler à Berlin, Clod Ensemble à Londres et la Compagnie 7273 à Genève.
Parallèlement, elle se certifie dans l’enseignement du yoga ashtanga et rejoint les projets chorégraphiques de David Drouard, Damien Jalet et récemment Thomas Lebrun au Centre Chorégraphique National de Tours. Elle a étudié au sein du département danse de l’Université Paris 8 dans l’optique de commencer un cycle de recherche accompagnant son travail chorégraphique.

🌊 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, elle présente « Album de chorégraphies » avec la compagnie smitten. La compagnie smitten a été créée en 2018 et s’articule dans la continuité d’un parcours d’interprète, comme un laboratoire de recherche extensible et poreux accueillant en son sein de multiples problématiques et désirs mouvementés. Album de chorégraphies en est la première création.

 

 

Lily Hook

🌛 Lily Hook est artiste plasticienne et chercheuse indépendante genderqueer libano-canadienne. Elle a étudié le cinéma, les arts plastiques et les gender studies en France et a soutenu en 2014 un mémoire de recherche en art contemporain et nouveaux médias à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis. Sa pratique artistique mêle les questionnements autour de l’inscription de la fiction sur les corps (présents ou absents), les objets et les reliques, la fluidité des genres et des sexualités, l’autofiction, les mythologies familiales et l’expérience de la diaspora. Toujours en dialogue, ses travaux et ses recherches se nourrissent de pensées décoloniales, de politiques queer et de spiritualité.

🌛 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, Lily Hook propose une vidéo. « conversation ; i wish you’d hear my story est une tentative de retracer mon ascendance et mon héritage culturel à travers des outils numériques tels que des applications de reconnaissance faciale et l’option micro de google translate. l’ambiguité raciale qui va de paire avec les personnes à passe-blancs et les privilèges de circulation qui en découlent se retrouvent alors que la video adresse à la fois les marqueurs raciaux et ma présentation de genre. la vulnérabilité de mon identité est questionnée à travers cette expérimentation et ces applications qui ne peuvent ni comprendre mon arabe fragmenté, ni reconnaître mon visage. »

 

 

Liza Bouslimani

🍒 Liza Bouslimani, artiste pluridisciplinaire (photographie, peinture, écriture, vidéo) , après avoir achevé des études de philosophie sur une réflexion autour de l’exil et l’écriture, je continue d’interroger et d’approfondir ce thème à travers des supports artistiques. Identités, banlieues, entre- deux, déracinement…sont des thèmes qui rythment mes travaux. Pour moi l’art est une occasion de créer un lien avec l’autre pour se réapproprier et comprendre ensemble notre identité et ce qui la compose.

🍒 Pour l’exposition Frontière/s, j’expose un reportage photo intitulé « qui sont-ils ? » mené avec des primos-arrivants lors de leur parcours au sein d’une formation professionnelle. Leurs portraits accompagnés de leurs témoignages, sont là pour remettre au centre des parties d’eux que le pays d’accueil a tendance à ignorer ou invisibiliser.

 

 

Mona Rami

🌕 Mona Rami, artiste pluridisciplinaire, danseuse, peintre, photographe, poète… de formation universitaire : lettres, arts et sociologie, c est en même temps sur les terrains des luttes politiques feministes decoloniales antiracistes anticapitalistes et ecologistes, des solidarités internets et irl, que je me forme et m’engage. L art est pour moi un outil de survie, soin, revolte et reenchantement.

🌕 Lors de l exposition « Frontiere/s »Je présenterais une serie photographique intitulée « Mosaïques ». J’y aborde les thematiques du metissage, du deracinement, du racisme, du sexisme, des traumatismes, qui touchent à la fois les espaces intimes et les corps sociaux… entre documentaire et metaphores, c est une oeuvre de révolte et de resilience… comment à partir des fragments l on fait sens, fait face, trouve des moyens de résister, transformer et habiter le monde… rendre le monde habitable pour tou-tes…

 

 

Nadja Makhlouf

🌞 Je m’appelle nadja makhlouf, je suis photographe et documentariste franco-algérienne. Mon travail interroge les différents aspects de la mémoire, de l’histoire, de la société et notamment du statut des femmes en Algérie.

🌞 En 2011, je décide de faire une trilogie de portraits de femmes à travers les 3 régions : la kabylie, la capitale et le désert. Ce projet, je l’ai intitulé « Algérie, algériennes »
Le premier volet que j’ai intitulé « allah ghaleb », parle du quotidien des femmes kabyles . J’en ai fait un moyen métrage et il est accompagné de portrait de photos.
Le second volet, parle cette fois des femmes qui ont combattu pendant la guerre d’Algérie. C’est ce travail que je présente dans le cadre de l’exposition collectif « frontières » et que j’ai intitulé « Front – Thiers ».
Ici pas de frontières entres les soeurs et les frères de combat. Il n’y a pas de frontière quand il s’agit de se battrer pour un idéal. Elles sont le front, elles font front. Ce diptyque photographique, accompagné du témoignage de chacune des femmes, est un regard sur l’histoire autant qu’une réfléxion sur le présent: Quelles sont les frontières personnelles que nous sommes prêts à traverser pour un idéal, jusqu’où sommes nous prêts à aller? Cette installation photographique nous pousse à réfléchir sur la valeur de nos propres engagements.

 

 

Sagia Bassaid

🌒 sagia bassaïd – iaznam zianam – poète plasticienne
no man’s langue : interface poétique et poétique de la désaliénation
une espèce d’espace poétique entre deux frontières. Une poésie qui s’approprie pour se désaliéner notamment en contexte post-dé-colonial.
au lieu du choix : non choix non dans le sens de l’empêchement mais dans le sens de la non-injonction qu’elle soit sociale ou personnelle,sexuelle, artistique aux choix multiples.
Ce refus de l’injonction qui place la no man’s langue en position de funambule, en position de flux, langue fluide, bâtarde qui échappe à toute occupation permanente : pas une langue mais des langues, anti-monolinguisme. La poésie visuelle et performative que je développe s’articule autour du mouvement, de la fracture, du fragment, d’une frontiérisation : frontière entre l’intelligible et le sensible d’où la volonté de travailler principalement la poésie de manière plastique et organique : langue-matière langue-organe langue-corps. Concrètement, je travaille à partir de la hasra (le tissage) entre matière verbale réelle et matière artificielles (enregistrements, voix, textes tissés autour des matériaux bruts prélevés)

🌒 Pour l’exposition frontière/s, le travail proposé est une série de poèmes visuels ainsi qu’une performance hograhorage : visuel et performatif où les langues sont mises à l’épreuve de leur frontière, comme son nom l’indique hograhorage est un poème-frontière : éprouver la frontière contenue dans la langue post-coloniale et en faire advenir le poétique.

 

 

Salma M

🦋 Salma écrit des bouts de phrases et croise des humeurs, comme des collages pour évacuer des doutes, prolonger des sensations, exhumer des frustrations. C’est souvent des expositions, des conférences, des lectures ou des sons éléctroniques vertigineux qui l’embarquent sur un agencement particulier. Elle expose son travail pour la première fois.

🦋 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, elle présente Porcelaine. Ce poème a été inspiré par l’installation de Candice Lin, A Hard White Body (Un corps blanc exquis), exposée à Bétonsalon en 2017. Autour du lit en porcelaine blanc que lui inspire La chambre de Giovanni de James Baldwin, Candice Lin orchestre la contamination entre flux organiques et inorganiques. Dans Porcelaine, c’est l’impossibilité de la contamination qui émerge. L’étreinte en ce qu’elle a d’absolu est impossible – un sujet désirant erre autour d’un lit éphèmère, veut se diluer dans des échanges de fluides, d’images, de mots, sans retrouver la solidité d’une communion effective avec le sujet désiré.

 

 

Selma Delajoa

⭐️ Selma Delajoa est une artiste utilisant des médiums mixtes, qui vit et travaille à Pantin. Les questions qui jalonnent son travail prennent pour références sa propre histoire, des problématiques de réappropriation du corps et de la parole de ceux qui ont été laissé pour compte et/ou à qui on n’a pas transmis le bon héritage social ainsi que des univers de science fiction. Elle travaille le dessin comme une persistance de l’erreur, teinté d’étrangeté, d’onirisme et crée des alter-egos aussi inquiétants que fragiles.

⭐️ Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, elle présentera deux dessins retraçant des terrains corporels où la frontière oscille entre objectivation et intériorité. Ces dessins ont pour projet de faire émaner une certaine familiarité qui nous propose un refuge à travers la captation de ce qui demeure. Ils retranscrivent les ressentis et les souvenirs, vestiges émanant de corps-cartographiés, corps-paysages et qui ouvrent la possibilité d’un ailleurs.

 

 

Sem Nagas

🌻 Selon les catégories en vigueur, sem nagas est une femelle maghrébine qui navigue entre l’art, l’occulte et la politique. Elle écrit de la fiction et partage ses opinions dans une perspective queer, décoloniale et anarchiste. Vous pouvez lire ses textes dans ses fanzines et sur son blog:sorryiamnotsorryblog.wordpress.com.
Artiste visuelle, elle dessine des personnages hybrides et fait des collages papiers ou numériques. Une autre forme d’expression qu’elle prend plaisir à développer est la création d’objets en tissu, brodés et perlés qui représentent des vulves, des yeux ou des coeurs.
Pour l’expo « Frontières », elle présente une série de collages numériques nommée « Corps Nocturnes »
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🌻 Les corps nocturnes sont dans un espace imaginaire qui ne leur confère pas les mêmes droits qu’aux autres. Ils n’ont pas la même valeur que les corps diurnes, ceux qu’on voit, ceux qui brillent, ceux qui comptent.
Dans ces collages, on retrouve d’anciens portraits de femmes algériennes, sans nom, qui ont été photographiées par des représentants du régime colonial français. Les femmes sont dévoilées et dénudées pour être exposées à l’oeil masculin blanc. Les corps colonisés ne s’appartiennent pas, ils sont exploités et servent d’exutoire.
Le travail des collages veut redonner à ces corps une force symbolique, un pouvoir cosmique et totémique, pour se reconnecter au ciel et à la terre afin de retrouver l’équilibre et guérir.
Les collages évoquent le rétrofuturisme et s’inspirent du courant afro-futuriste appliqué au contexte de l’Algérie (arabo-futurisme). Les photos prises à l’époque coloniale témoignent d’un passé qui est en grande partie inaccessible pour les déracinées et descendants postcoloniaux qui sont déconnectées de la terre, des ancêtres et de leur propre histoire.
Les assemblages expriment la tension entre un passé oriental fantasmé et un futur occidental incertain. De cette tension émergent plusieurs forment d’hybridité comme des stratégies de survie monstrueuses, des mutations obligées.

 

 

Tony Tan

🌙 Tony est un artiste originaire de Pantin qui dessine et fait des collages. Duper mais ancré quelque part entre le 93, la ZAD, l’amour de ses asianités, son clan, des vieilles théories anar et La Kabane le chalet (💖 sur vous)

🌙 Pour l’exposition FRONTIÈRE/S, il présentera sa CARTOGRAPHIE DU LOVE. Une cartographie qui croise les tendresses qu’il ressent pour tout un groupe de personnes, à travers les paroles, les images et les histoires de son clan, de sa communauté d’expérience.s. Pour capter qu’aux frontières créées par nos marginalités, il y a des connexions physiques et spirituelles inattendues qui apparaissent. Et peut-être qu’on peut y trouver (et se partager) des réponses. Et de la force.

Exposition FRONTIÈRE/S

 

 

Le week-end du 15 juin, le collectif Prenez Ce Couteau présente l’exposition FRONTIÈRE/S !

 

Pour cette troisième exposition, nous avons choisi le thème « FRONTIÈRE/S » et avons sélectionné 18 propositions en tentant de rassembler plusieurs points de vues sur cette notion : habiter la frontière, traverser la frontière, crossroads, harragas, exilé.e.s, frontières linguistiques, sexuelles, psychologiques, culturelles, métaphoriques ou physiques… le tout exprimé via différents arts : vidéo, peinture, performance, photographie, danse…

 

L’exposition aura lieu le week-end du 14 – 15 – 16 juin Au Landy Sauvage / ex-Clos Sauvage. Venez nombreuxses !

 

– LE PROGRAMME –

>>> vendredi 14 juin :

Vernissage à partir de 18h30, avec buffet végétarien à prix libre !

La performance de Sagia Bassaid et la danse de Karima El Amrani auront lieu au cours de la soirée (horaires à venir).

>>> samedi 15 juin :

L’expo est ouverte à partir de 14h. Possibilité de venir plus tôt sur rdv.

Projection de la vidéo de danse de Karima El Amrani à 18h

La pièce de Dana Fiaque sera jouée à 20h dans l’espace d’exposition.

>>> dimanche 16 juin :

L’expo est ouverte de 14h à 18h30 ou bien sur rendez-vous.

Projection de la vidéo de danse de Karima El Amrani à 15h

 

– ACCÈS –

Au Landy Sauvage / ex-Clos Sauvage

166 rue du Landy

Saint-Denis

Métro : ligne 13, Carrefour Pleyel (moins de 10mn à pied)

RER D : Stade de France – Saint-Denis (moins de 10mn à pied)

RER B : La Plaine – Stade de France (15mn à pied)

bus 139 et 173 arrêt Landy – Pleyel (2mn à pied)

bus 255 arrêt Landy – Ornano (2mn à pied)

 

L’espace est accessible aux personnes à mobilité réduite.

 

En espérant vous y voir,

 

Un beau mois de juin à vous !

Ana Mendieta

Ana Mendieta est une artiste cubaine américaine. Ses performances crues et poétiques mêlent le corps à la nature.

 

Illustration : Manon Bauzil @bauz1992

Ana Mendieta est née le 18 novembre 1948 à La Havane à Cuba dans une famille unie de la classe moyenne impliquée dans des mouvements politiques.

En 1961 a lieu la révolution cubaine. Craignant le régime de Fidel Castro, ses parents envoient Ana et sa soeur Raquelin, âgées respectivement de 12 et 14 ans, aux Etats-Unis par le biais de l’Opération Peter Pan. Cette opération, créée par une alliance entre l’Eglise Catholique et la CIA, s’est déroulée entre 1960 et 1962. Elle a permis à des enfants dont les parents étaient contre le régime de Fidel Castro d’émigrer aux Etats-Unis. En tout, plus de 14000 enfants ont été placés dans 35 Etats.

Grâce à une procuration signée par leurs parents, les soeurs Mendieta ne sont pas été séparées.

Cette expérience de l’exil marque profondément Ana Mendieta. Elle vit mal la séparation avec ses parents, et de plus, loin de sa vie relativement aisée à Cuba au sein d’une famille bien insérée socialement, elle subit des discriminations aux Etats-Unis, recevant non seulement des insultes racistes, mais également des insultes qui l’hypersexualisent. Elle devient alors extrêmement consciente du croisement entre sexisme et racisme et de la manière dont cela définit sa vie.

Ana et Raquelin passent leurs deux premières années aux Etats-Unis à déménager, passant par un orphelinat, des foyers et des maisons d’accueil.

Cette période n’est pas plaisante pour les deux soeurs. Ana se sent déracinée, sans repères. Mais au lycée, elle se passionne de plus en plus pour l’art, et cela devient une force positive dans sa vie. Elle est une bonne élève, et après l’obtention de son diplôme, elle décide d’étudier l’art à l’Université de l’Iowa.

En 1966, sa mère et son petit frère émigrent également aux Etats-Unis, retrouvant Ana et Raquelin. Leur père ne les rejoindra qu’en 1979 après avoir passé 18 ans en prison pour son implication dans le Débarquement de la baie des Cochons.

À l’Université, Ana commence par s’intéresser à la peinture. Ses oeuvres sont colorées et présentent toujours un personnage centré dans la toile. Mais elle se sent rapidement limitée par la bidimensionnalité et l’immobilité de ce médium, et se dirige petit à petit vers la performance et expérimente beaucoup avec son propre corps. « Le moment décisif a été en 1972, quand j’ai réalisé que mes peintures n’étaient pas assez réelles par rapport à ce que je veux que l’image véhicule, et quand je dis réel je veux dire que je voulais que mes images aient du pouvoir, qu’elles soient magiques. »

En 1972, avec « facial cosmetic variations », elle s’amuse à manipuler son apparence.

 

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C’est aussi en 1972 qu’elle produit la vidéo « Untitled (Death of a Chicken) », introduisant des éléments qu’on retrouvera souvent dans ses futures oeuvres : le sang, le lait, l’eau, la nudité. Elle tient un poulet qui se vide de son sang, le répandant sur son corps nu.

 

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En mars 1973, une étudiante est violée et tuée sur le campus. Profondément choquée, Ana décide de créer une performance. Elle dit à ses camarades de classe de venir chez elle un soir. Elle a laissé la porte entrouverte et elle les attend dans l’obscurité, dans la position dans laquelle la victime a été retrouvée (selon les descriptions dans les journaux de l’époque), immobile et ensanglantée. « Ils se sont assis et ont commencé à en parler. Je n’ai pas bougé. Je suis restée dans cette position pendant à peu près une heure. Ça les a vraiment secoués. » En 1980, à nouveau interrogée sur cette performance, elle commente « je pense que mon travail a toujours été comme ça – une réponse personnelle à une situation… Je ne me voit pas aborder un tel problème de manière théorique ».

Elle met à nouveau en image les suites d’un viol en se prenant en photo dans la nature, nue, ensanglantée et allongée sur le ventre.

Nous avons choisi de ne pas diffuser ces images dans l’article car elles sont choquantes pour les victimes de viol, mais vous pouvez les voir en cliquant ici et ici.

Dans la vidéo « Untitled (People Looking at Blood, Moffitt) » elle filme des passants qui marchent près d’une grosse flaque de sang qu’elle a répandu sur le trottoir en bas de son immeuble, guettant leur réaction.

 

 

Dans la vidéo « Sweating Blood », elle filme sa tête en gros plan tandis que lentement, un assistant verse du sang sur elle à l’aide d’une seringue, maculant petit à petit ses cheveux et son visage.

 

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Le sang a une très grande importance dans le travail d’Ana Mendieta. Elle dit le considérer comme sacré, et qu’il est pour elle une force positive. Les travaux cités ci-dessus, que l’on peut considérer comme violents ou choquants, ne sont pas justifiés ou défendus à tout prix par l’artiste. Elle dit elle même qu’elle ne sait pas si cette manière de faire était une bonne ou une mauvaise réponse à ces actes de violence et ces crimes, mais que c’était ce qu’elle avait envie de faire, ce qu’elle ressentait en elle. Son oeuvre se compose beaucoup par une sorte d’instinct, de force qui n’est pas nécessairement rationnelle ou sujet à être décortiquée froidement.

C’est cette même année, en 1973, qu’elle commence ses « siluetas ». Les siluetas explorent la relation entre le corps et la nature, la vie et la mort, l’absence et la présence.

Dans une de ses premières siluetas, « Untitled (Image from Yagul) », Ana est allongée sur le sol d’une manière rigide qui fait penser à un cadavre, au milieu des pierres, dans un ancien tombeau peu profond. Son corps est recouvert de fleurs blanches, comme une nouvelle vie qui naît de la mort. Cette photographie est prise lors d’un voyage à Mexico.

 

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Voici diverses siluetas, parfois il y a un corps, parfois l’empreinte d’un corps, qui ne fait qu’un avec la nature.

 

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Avec la vidéo « Untitled (Burial Pyramid) », on retrouve cette notion du corps qui ne fait qu’un avec la terre. Dans cette vidéo, l’artiste est recouverte de pierre, allongée nue dans la terre. Petit à petit, sa respiration se fait de plus en plus forte, bousculant les pierres et les faisant tomber, puis elle se calme à nouveau, et le corps redevient similaire à celui d’une personne qui dort ou à un cadavre, se mêlant à l’immobilité des pierres.

 

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Le rapport au temps qui passe est aussi exprimé par l’éphémérité des siluetas dans certaines vidéos ou photographies, comme celle ci :

 

 

L’océan remplit la silhouette fleurie et la fait disparaître, comme un corps qui se mêle à la nature, disparaît sans la perturber.

Durant ce travail sur les siluetas, qui durera plusieurs années, Ana Mendieta explore les quatre éléments, eau terre air et feu. Elle se penche aussi sur ses origines latines-américaines en se rendant fréquemment à Mexico (où sont filmées et photographiées beaucoup de siluetas), et en s’intéressant de plus en plus aux rituels afrodescendants de l’Amérique Latine, avec les « Fetish Series » par exemple. Elle se réfère aussi souvent aux Santerias.

 

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Ayant déménagé à New York après son diplôme, elle intègre la A.I.R. Gallery (Artists In Residence Inc.), qui est la première galerie destinée aux femmes aux Etats-Unis. Cela lui permet de rencontrer d’autres femmes artistes, cependant après deux ans d’implication et d’engagement, elle conclut que « le féminisme américain tel qu’il est en ce moment est essentiellement un mouvement blanc de classe moyenne ».

C’est à la A.I.R. Gallery qu’elle rencontre son futur mari, Carl Andre, qui fait partie d’une table ronde ayant pour sujet « Comment l’art des femmes a-t-il affecté les comportements sociaux des hommes artistes ? ».

Dans « Untitled (Black Venus) », créé en Iowa, elle se réfère à une légende Cubaine sur une femme autochtone qui a résisté à la colonisation. L’intérieur de la silueta, composé de poudre à canon, est par la suite embrasé.

 

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En 1981, Ana retourne à Cuba pour la première fois depuis son départ. Elle renoue avec des membres de sa famille et se plonge dans les paysages qui ont tant marqué son enfance. Elle se rend dans les grottes de Jaruco, et y fait une série de sculptures sur les murs de ces grottes, à qui elle donne le nom de déesses cubaines.

 

De retour aux Etats-Unis, elle crée la silueta « Ochun ». On assiste ici à une nouveauté. D’habitude, la silueta est une ligne continue fermée, mais dans cette vidéo tournée sur la plage à Miami, elle est ouverte face à la mer qui sépare Cuba des Etats-Unis, laissant passer l’eau des pieds à la tête, comme un chemin entre les deux terres.

 

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En 1983, Ana Mendieta reçoit le Prix de Rome de l’Académie Américaine in Rome, ce qui lui permet d’y faire une résidence.

Elle se met ensuite à travailler sur la figure du totem, sculptant des silhouettes dans des morceaux de bois verticaux.

 

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Sa vie se termine brusquement en 1985 à l’âge de 36 ans. Suite à une dispute avec son mari Carl Andre, elle fait une chute du 34e étage de son immeuble new-yorkais le 8 septembre 1985. Le seul témoin auditif est un gardien d’immeuble qui a entendu une femme crier « non, non, non ! » Au téléphone avec 911, Carl Andre dit « Ma femme est une artiste, et je suis un artiste, et nous avons eu une dispute à propos du fait que je sois plus, euh, exposé au public qu’elle. Et elle est allée dans la chambre, et je l’ai suivie et elle est passée par la fenêtre. » (Ces propos sont rapportés par le New York Times en février 88.) Il est accusé du meurtre et jugé, mais acquitté en 1988 en raison d’un manquement de preuves. Son avocat décrit la mort d’Ana Mendieta comme « un accident ou un suicide » et lors de la défense il suggère même que cela pourrait être en rapport avec la magie noire et le chamanisme qu’elle pratiquait. À l’époque de sa mort, la carrière d’Ana Mendieta était florissante, elle ne montrait pas de signes extérieurs de dépression ou d’état suicidaire, et son mari était réputé pour être une personne violente. Son entourage ne croit pas à l’accident ou au suicide.

L’oeuvre riche et puissante d’Ana Mendieta a été reconnue à sa juste valeur surtout après sa mort. Si vous avez la possibilité de vous rendre à Paris, vous pouvez voir l’exposition « Ana Mendieta – Le temps et l’histoire me recouvrent » jusqu’au 27 janvier 2019 au musée du Jeu de Paume.

Sources :

https://en.wikipedia.org/wiki/Ana_Mendieta

https://blogs.uoregon.edu/anamendieta/2015/02/20/siluetas-series-1973-78/

https://www.tate.org.uk/art/artworks/mendieta-blood-feathers-t12916

 

L’oeuvre de la quinzaine | Carole Schneemann, Eye Body : corps, sexualité et genre

En 1963, l’artiste féministe et américaine Carole Schneemann présentera une œuvre significative dans sa carrière, nommée Eye Body : 36 Transformative Actions 1963. Elle est constituée de 36 photos de l’artiste dans des environnements qu’elle a créés. En effet, dans son studio, au moyen de peinture, de colle, de fourrure, de verre, de plastique ou encore de craie, elle couvre son corps nu, pour s’intégrer dans sa création artistique. Son corps est un matériau qui fait partie intégrante de son travail. Comme elle l’explique, elle est alors artiste, fabricante de l’image et image elle-même.

 

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Photographies par l’artiste islandais Erró, 35 mm film en noir et blanc.

 

Lorsqu’elle reçut des critiques l’accusant de narcissisme et d’exhibitionnisme, elle leur a répondu qu’au contraire cette œuvre lui permet de se réapproprier sa sexualité en tant que femme. Elle est maîtresse de son corps et de son art. L’historienne de l’art, Kristine Stiles a commenté son travail :
« Sa première performance a été réalisée en privé dans le but de produire des photographies prises par son ami, l’artiste islandais Erró. Les photographies sont toujours généralement acceptées parmi les premières images visuelles constituant le lexique d’un vocabulaire avant-gardiste explicitement féministe. […] Schneemann voulait “faire une série de transformations physiques” de son corps dans ses “constructions et son environnement mural”, afin de transformer son corps en “territoire visuel” (cet extrait est traduit de l’anglais).
Ce travail est un acte de rébellion envers le milieu de l’art des années soixante, sexiste et misogyne, où les femmes sont considérées exclusivement comme muse ou modèle, plutôt que comme artiste. En effet selon elle, “durant des années on a regardé mes travaux les plus audacieux comme si c’était quelqu’un d’autre à l’intérieur de moi qui les avait créés, ils étaient considérés comme ‘masculins’ parce qu’ils étaient vus comme agressifs et osés”.

 

Sources :
Carolee Schneemann, 2018, site web de l’artiste, http://www.caroleeschneemann.com/
The Art History, 2018. Carole Schneemann, https://www.theartstory.org/artist-schneemann-carolee.htm
Kristine Stiles, “Uncorrupted Joy: International Art Actions”, in: Out of Actions: between performance and the object, 1979-1979, MoCA Los Angeles, New York/London, 1998, pp.296f.

 

Aloïse Corbaz

Aloïse Corbaz est une artiste Suisse autodidacte. Diagnostiquée schizophrène à l’âge de 32 ans, elle a commencé à peindre et dessiner lors de son internement dans un hôpital psychiatrique. Nous avons choisi d’écrire sa biographie pour la journée mondiale des maladies mentales, le 10 octobre.

 

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Illustration : Manon Bauzil @bauz92

 

Aloïse Corbaz est née en Suisse, à Lausanne, le 28 juin 1886. Elle est la septième d’une fratrie de huit enfants. Son père est employé des postes, et sa mère, d’origine paysanne, décède alors qu’Aloïse entre tout juste dans l’adolescence. Sa soeur aînée Marguerite endosse alors le rôle maternel avec autorité. Toute jeune, Aloïse a pour ambition de devenir cantatrice, et elle suit des cours de chant qui révèlent une belle voix. Elle s’inscrit à l’école professionnelle de couture de Lausanne, et obtient son baccalauréat à l’âge de 18 ans.

Elle entretient alors une relation passionnée avec le frère de son voisin, un prêtre défroqué étudiant de la faculté de Théologie libre de Lausanne. Cette relation est jugée scandaleuse, et Marguerite la pousse à rompre. L’étudiant est expulsé de la faculté, leur correspondance est détruite.

Aloïse est envoyée par sa soeur en Allemagne, où elle exerce l’activité de préceptrice. Elle passe par Leipzig, Berlin, puis enfin Potsdam. C’est dans cette ville qu’elle fait la rencontre du chapelain de l’empereur Guillaume II, qui l’engage comme gouvernante de ses filles. Elle travaille au château de Sans-Souci et fréquente la cour, dont les fastueuses activités l’impressionnent.

En 1913, lors d’une défilé, elle aperçoit Guillaume II. Elle se construit alors un fantasme autour de cet homme inatteignable et en devient follement amoureuse, et chante parfois pour lui dans sa chapelle privée le dimanche.

Son état de santé commence à se détériorer. Peu avant la déclaration de la Première Guerre Mondiale, elle retourne en Suisse. Elle développe alors de forts sentiments pacifistes, anti-militaristes, et s’éprend du pasteur Gabriel Chamorel, un fervent défenseur de la paix. Son comportement est jugé de plus en plus délirant, et en 1918, sa famille décide de la faire interner à l’hôpital de Cery.

Aloïse commence alors à écrire et dessiner sur les supports de petit format en papier qu’elle trouve ici et là. Elle supporte mal l’enfermement, comme en témoigne une lettre envoyée à son père. Diagnostiquée schizophrène, elle a des accès de violence qui alternent avec une agitation érotique et un besoin d’isolement. Elle ne parle plus, s’enfermant dans un mutisme qui durera dix ans. Au bout d’un an d’internement, elle ne montre aucun signe d’amélioration.

 

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fait entre 1917 et 1924 // Inscriptions
En haut à gauche: «Le sacre de / Marie-Louise et Napoléon / par Pie VII»; en haut à droite: «lulu / Materdolorosa». Au verso, le long du bord latéral gauche: «Libération de l’humanité par / Lulu libre de sortir / […]»; sur le reste de la surface, de haut en bas: «Un astre s’est-il levé en elle / en joyaux de la tiare universelle / un seigneur resplendissant / de lumière qui a étendu / le ciel comme un / tapis de palais de la Paix / à la Haie comme le nom l’indique».

En 1920, elle est transférée à un nouvel établissement : l’asile de la Rosière, à Gimel.

Sa pratique du dessin, d’abord faite en cachette à l’aide de matériaux et de supports improvisés, l’aide à aller mieux. Ses sujets de prédilection sont le couple amoureux, l’opéra et ses souvenirs de la cour impériale allemande.

 

 

Le psychiatre Hans Steck repère ses oeuvres et l’encourage, lui fournissant du matériel. Il demande à ce que ses dessins soient gardés avec soin, ce qui était rare à l’époque (les dessins de « fous » étant la plupart du temps jetés).

À partir des années 1930, l’état psychologique d’Aloïse se stabilise. Elle a trouvé une routine qui lui convient : le matin, elle repasse le linge des patients, une activité ritualisée qu’elle affectionne, et l’après-midi, elle s’adonne à la peinture et au dessin. Petit à petit, elle reprend la parole, s’exprimant de manière cryptique.

 

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Tsarine – entre 1924 et 1941

 

Aloïse aime utiliser ses matériaux jusqu’au bout et improviser des supports insolites. Elle crée sur des supports de matière et de dimensions variées, comme des papiers d’emballage ou des journaux qu’elle coud parfois entre pour obtenir un plus grand format. Souvent, elle remplit entièrement la feuille, recto verso. Elle utilise parfois des fleurs du jardin de l’hôpital pour obtenir un jus coloré, et utilise ses crayons jusqu’à la fin, allant jusqu’à piler les mines pour en faire une pâte à l’aide de sa salive, dessinant avec ses doigts.

 

 

En 1941, une étudiante en médecine de 25 ans, Jacqueline Forel, découvre l’oeuvre d’Aloïse en prenant des cours avec le professeur Steck, qui montre souvent des oeuvres de patient-es à ses élèves. Elle décide de la rencontrer. Au début, il est difficile d’établir un contact, mais petit à petit, les deux femmes deviennent amies. Aloïse la surnomme « l’ange Forel ». Jacqueline fait une thèse de médecine sur son oeuvre « Aloïse ou la peinture magique d’une schizophrène ». Son rapport privilégié avec l’artiste lui permet d’obtenir des clefs d’interprétation de ses peintures que personne n’avait obtenues. Elle peint ce qu’elle appelle « le monde naturel ancien d’autrefois », c’est-à-dire le monde qu’elle a connu avant son hospitalisation. Ce monde est virevoltant, coloré, romancé. Comme nous en informe le dossier de presse de l’exposition « Aloïse Corbaz, en constellation », qui a eu lieu au Musée d’Art Moderne de Lille Métropole en 2015, « Aloïse donne aux couleurs une forte charge symbolique. Le rouge qui domine dans les compositions représente l’amour et la puissance. Les personnages symbolisant le pouvoir sont vêtus de rouge et les couples entourés de fleurs écarlates. À l’opposé, les bruns, violets ou verts foncés sont des couleurs sans vie. Le jaune est signe de perfection et le vert caractérise la vie spirituelle. Les personnages aux yeux verts représentent des personnages mythiques, tandis que ceux qui ont les yeux bleus symbolisent le monde du théâtre. »

 

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Couchés dans la toge à Napoléon, 5e période : 1960-1963

 

En 1946, Jacqueline apprend que Jean Dubuffet, célèbre artiste français, s’intéresse de près à l’art des malades mentaux. Elle décide alors de le rencontrer pour lui montrer des dessins d’Aloïse. Jean Dubuffet est immédiatement séduit par son oeuvre. Il en ajoute à sa collection, et rend plusieurs fois visite à Aloïse, avec qui il noue une amitié. Elle commence alors à obtenir une certaine reconnaissance dans les milieux artistiques. En 1948, Jean Dubuffet présente son travail au Foyer de l’Art Brut. André Breton achète certaines oeuvres.

 

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Sans Titre, 1948

 

En 1951, elle peint son oeuvre maîtresse, Le Cloisonné de Théâtre, et la remet à Jacqueline. Cette oeuvre de 10 mètres de long décrit une histoire proche de la vie de l’artiste, divisée en plusieurs actes comme une pièce de théâtre. On y découvre sa vie amoureuse et sentimentale. L’oeuvre est truffée de références à des personnalités qu’elle admire, comme Napoléon ou l’impératrice Sissi. On y trouve également des clins d’oeil à Van Gogh ou Beethoven.

 

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Le Cloisonné de Théâtre (source de l’image)

 

 

À la fin des années 50 et au début des années 60, ses oeuvres sont montrées dans plusieurs expositions, notamment à Paris. Elle est invitée par le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne à participer à l’exposition « Femmes suisses peintres et sculpteurs » en 1963.

 

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Abbé Bovet, entre 1960 et 1963

 

Mais cette notoriété se révèle être un doux poison pour Aloïse. Repérée par les pouvoirs publics, elle est placée sous le contrôle d’une ergothérapeute pour améliorer son oeuvre et la rendre plus lucrative. Dépossédée de son cocon créatif, elle ne dessins plus qu’au stylo-feutre. Jacqueline remarque que ses dessins ont perdu leur vivacité.

Peu de temps après, le 5 avril 1964, Aloïse Corbaz s’éteint.

 

Sources :

http://www.musee-lam.fr/wp-content/uploads/2015/02/LaM-Aloise-Corbaz-en-constellation-Dossier-de-Presse.pdf

http://www.musee-lam.fr/wp-content/uploads/2010/12/Aloise-Corbaz.pdf

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alo%C3%AFse_Corbaz

 

L’oeuvre de la semaine | WEEDS, Mona Caron

Mona Caron est une artiste murale basée à San Francisco.

Cette semaine, nous avons choisir de montrer le projet « WEEDS » (mauvaises herbes), qui s’étend sur plusieurs villes.

 

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Chamerion angustifolium, Portland, Etats-Unis

 

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Phyteuma betonicifolium à Casa Merogusto, Malvaglia, Suisse

 

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inspirée d’une achyranthes aspera, Sao Paulo, Brésil

 

« Elles sont peut-être petites, mais elles traversent le béton. Elles sont partout, et pourtant on ne les voit pas. Et plus on leur marche dessus, plus elles poussent.

C’est une série de peintures sur les mauvaises herbes en milieu urbain, créée en hommage à la résilience de tous ces êtres à qui personne n’a laissé une place, qui n’étaient pas supposé-es être là, et qui pourtant reviennent sans cesse, continuant à avancer et à s’élever.

Je cherche des mauvaises herbes dans les rues des villes à côté d’un mur que je m’apprête à peindre. Quand j’en trouve une particulièrement héroïque qui grandit sur le bitume, je la peins en énorme, à une échelle inversement proportionnelle à l’attention et à la considération qu’elle reçoit.

Je peins toutes sortes de végétations urbaines : à la fois des espèce invasives et des espèces endémiques. Les deux sont éradiquées quand on les surprend en train d’empiéter sur nos clôtures. Et pourtant elles reviennent, toujours au premier rang, creusant un chemin pour que le reste de la nature suive.

Les mauvaises herbes percent à travers le ciment le plus dur, les obstacles paraissant les plus invincibles, reconnectant la terre avec le ciel, comme la vie à ses rêves.

Ça se passe partout à la marge des choses, on n’y prête juste pas attention. »

 

Découvrez le reste des mauvaises herbes sur son site : https://monacaron.com/weeds

 

Alice Neel

Alice Neel est une figure majeure de la peinture figurative nord-américaine du XXe siècle. Sympathisante communiste, engagée dans la lutte contre les discriminations de genre et de race, elle a vécu à Cuba, à New-York et en Philadelphie. Ses peintures se démarquent par leur vivacité et leur sincérité.

 

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Illustration : Manon Bauzil @bauz92

 

Alice Neel naît le 28 janvier 1900 à Merion Square, en Pennsylvanie, et grandit dans une ville rurale, Colwyn. Elle est la quatrième de cinq enfants, trois frères et une soeur. Son frère le plus âgé, Hartley, meurt de la diphtérie à huit ans, peu après la naissance d’Alice. Elle grandit dans une famille stricte de la classe moyenne, dans un environnement sexiste. Sa mère lui dit « Je ne sais pas ce que tu t’attends à faire dans ce monde, tu n’es qu’une fille ». Malgré cela, Alice a une personnalité tenace et dès l’enfance elle a pour ambition d’être artiste. En 1918, diplômée du lycée, elle passe un examen de la fonction publique qui lui permet d’obtenir un poste de secrétaire et de soutenir financièrement sa famille. Puis trois ans plus tard, elle intègre la Philadelphia School of Design for Women – une école qui forme les femmes aux métiers de l’art et du design.

À l’été 1924, lors d’une classe de peinture en plein air, elle rencontre le peintre cubain Carlos Enríquez. Un an après avoir obtenu son diplôme, en 1925, ils se marient.

Carlos rentre à Cuba tandis qu’Alice reste en Philadelphie, où elle travaille avec deux autres artistes.

En 1926, sur l’insistance de Carlos, elle part habiter à Cuba chez les parents de ce dernier, qui ont un niveau de vie aisé. Ils les hébergent dans un quartier proche de La Havane en attendant qu’ils trouvent un appartement. Le couple fréquente de nombreux artistes et Alice découvre l’avant-garde cubaine et finit par s’installer dans le quartier de La Víbora. Le 26 décembre 1926, Alice donne naissance à son premier enfant, Santillana del Mar Enríquez.

 

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Mère et Enfant (La Havane) 1926

 

En mars-avril 1927, le couple expose au XIIe Salón de Bellas Artes, ou leur travail connaît un franc succès. Deux de ses travaux sont également reproduits dans la « revista de avance », une nouvelle publication dans laquelle Carlos publie régulièrement des illustrations. Mais Alice ne se sent pas très bien à Cuba et elle souhaite retourner aux Etats-Unis. Elle part en mai avec Santillana pour retourner s’installer à Colwyn. À l’automne, Carlos la rejoint, et ils décident de s’installer à New York, dans l’Upper East Side, qui à l’époque est un quartier pauvre.

Alice travaille dans une librairie de Greenwich Village et Carlos travaille en tant qu’illustrateur et reporter pour revista de avance. Mais ils ont du mal à joindre les deux bouts et ils déménagent dans le Bronx.

À l’hiver 1927, alors qu’elle va presque avoir un an, Santillana meurt de la diphtérie. Elle est enterrée le 9 décembre dans le cimetière familial en Pennsylvanie.

Alice tombe à nouveau enceinte très rapidement, et donne naissance à Isabella, surnommée Isabetta, en novembre 1928. Mais elle a du mal à se remettre du décès de Santillana, et sa santé mentale se dégrade peu à peu.

 

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Madone dégénérée, 1930

 

Au printemps 1930, Carlos la quitte et confie Isabetta à sa famille à Cuba avant de s’envoler pour Paris. Alice retourne à Colwyn, où elle sombre dans une grave dépression. En octobre, elle est hospitalisée.

En janvier 1931, de retour aux Etats-Unis, Carlos lui rend plusieurs fois visite à l’hôpital. Elle en sort et retourne chez ses parents, mais fait deux tentatives de suicide en quelques jours. Elle est alors internée à nouveau. Au printemps, elle est transférée dans l’aile pour les suicidaires du sanatorium privé Gladwyne Colony. Après un temps, elle est autorisée à fréquenter d’autres patients dans l’aile principale. On l’y encourage à dessiner et peindre, ce qui ne se faisait pas beaucoup à l’époque.

Elle entretient une relation épistolaire avec Carlos, qui est de nouveau en voyage en Europe ; il s’inquiète pour elle.

En septembre, elle sort de l’hôpital. En allant rendre visite à des amis dans le New Jersey, elle rencontre Kenneth Doolittle, un marin qui aspire à être photographe. Ils s’installent ensemble à New York en 1932. Alice reprend du poil de la bête ; en 1932 et 1933, elle participe à plusieurs expositions collectives. Kenneth est héroïnomane et leur relation est compliquée et tumultueuse. Communiste, il lui présente plusieurs membres du parti.

 

 

En 1934, depuis Cuba, Carlos exprime le désir de renouer une relation avec Alice, mais elle refuse. Ils ne divorcent pas, mais coupent contact.

Durant l’été, Isabetta se rend à New York, où les parents d’Alice sont venus lui rendre visite. Alice entretient une relation avec son ami John Rothschild, qu’elle avait rencontré lors d’une exposition en 1932. En décembre, lorsque Kenneth découvre qu’elle le trompe, il brûle 350 aquarelles et lacère des toiles, dont « Isabetta », un portrait de sa fille nue qu’elle avait fait durant l’été. Elle le peindra à nouveau en 1935.

 

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Isabetta, 1935

 

John veut emménager avec elle, mais elle hésite et s’installe finalement seule à Chelsea. Fin 1935, elle rencontre José Santiago Negrón, un musicien. La relation avec John est finie, mais ils gardent contact et resteront bons amis. José quitte sa femme et son enfant et ils trouvent un appartement ensemble. En 1936, elle tombe enceinte de lui mais fait une fausse couche. José la quitte et retourne avec sa femme. Alice est désespérée et lui en veut, comme elle écrit dans un poème « Mais maintenant je te vois dans une lumière plus indigne / Un rat qui détale quand le bateau coule ».

 

 

José finit par revenir. Ils emménagent ensemble à Spanish Harlem, et en 1939, elle donne naissance à Richard (appelé Neel à la naissance). Richard a un problème de vision détecté à un an, et manque presque de devenir aveugle. À cette période, elle peint beaucoup de portraits de ses voisins et voisines, en particulier les femmes et les enfants. Elle vit dans une certaine précarité et fréquente des personnes qui auront une influence sur son engagement politique : travailleur-euses sociaux, enfants d’immigrés, militant-es Afro-Américain-es.

José la quitte à nouveau peu après la naissance de leur fils.

Elle rencontre ensuite Sam Brody, un photographe et réalisateur, fils d’immigrants juifs russes. Il est marié et elle ne le sait pas dans un premier temps. Sam est jaloux des relations passées d’Alice et sa violence se concentre sur Richard, qui est sans doute à ses yeux une incarnation de l’amour qu’elle a eu pour José. Malgré tout, elle donne naissance à un second fils dont Sam est le père, Hartley, en 1941. Alice dépeint la relation de Sam avec chacun de ses fils dans les oeuvres ci-dessous :

 

 

La vie à Spanish Harlem lui convient bien. Dans son appartement de la 108th Street, près de Central Park, elle peint ses fils, ses ami-es, ses voisin-es. Ses portraits sont colorés, souvent focalisés sur l’expression du visage ; ils ne recherchent pas à améliorer les traits mais au contraire à représenter une personne sans concession, fioritures ou faux-semblants.

 

 

Comme elle le dira en 1981 dans une conférence, « Je pense qu’il est possible de se glisser dans la peau des gens. Je crois au fait que l’on peut obtenir l’extérieur et la plus grande partie possible de l’intérieur qu’on peut inclure dans le tableau, mais les miens, ils sont toujours reconnaissables… C’est simplement qu’ils sont parfois un peu extrêmes. » ou encore « Je suis une peintre des sentiments et une peintre de la psychologie. C’est délibérément que je veux être psychologique et que je veux ressentir. »

Son père meurt en 1946, et elle le peint sur son lit de mort.

 

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Père Mort, 1946

 

En 1953, sa mère emménage avec elle suite à des problèmes de santé. Cette dernière a une forte personnalité et a également souffert de dépression durant sa vie. D’ailleurs, lors du séjour d’Alice en hôpital psychiatrique, son psychiatre avait évoqué une hypothèse intéressante : l’intérêt de l’artiste pour le portrait viendrait du fait qu’en tant qu’enfant, elle devait toujours faire attention aux réactions de sa mère pour comprendre et anticiper ses sentiments, ce qui l’a rendue très observatrice. La vie n’est pas très facile pour la famille, Alice subsistant à présent aux besoins d’une personne âgée en plus de ses deux fils préadolescents. (Sam n’a jamais vraiment emménagé, il vient simplement de temps en temps à l’appartement.)

 

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Dernière Maladie, 1953 (portrait de sa mère)

 

En mars 1954, sa mère décède.

Durant le début de ces années 50, Alice participe à plusieurs expositions, dont des expositions personnelles à New York souvent encensées par la critique. Elle vit de son art mais elle ne vend pas énormément.

 

 

En octobre 1955, des agents du FBI lui demande des entretiens : elle fait l’objet d’une enquête depuis début 1951 en raison de ses liens avec le parti Communiste. Selon ses fils, Alice leur a demandé de s’asseoir pour poser afin qu’elle fasse leur portrait, mais ils ont refusé. Dans son dossier, elle est décrite comme « une Communiste du genre romantique et bohème ».

En 1958, elle se sépare définitivement de Sam. Ils resteront cependant amis jusqu’à leur mort.

 

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Sam, 1958

 

En 1962, Alice est obligée de quitter son appartement, le propriétaire voulant rénover l’immeuble. Elle s’installe près de l’intersection entre Boradway et West End Avenue, dans un quartier proche de l’université de Columbia. L’appartement est beaucoup plus grand. Elle vit à présent confortablement, son travail commençant à être de plus en plus reconnu. Les années 60 et 70 sont marquées par son retour dans les cercles d’artistes, les mondanités, ce qui lui permet de faire plus de rencontres. Cela est du à son déménagement et au fait que ses fils sont à présent adultes.

Elle fait plusieurs expositions personnelles dans les années 60, et reçoit 6000$ tous les ans d’une mécène, une sorte de salaire qui continuera jusqu’à sa mort. Ses deux fils font des études supérieures et se marient. Elle voyage beaucoup : Mexico avec Richard et sa femme, où ils rendent visite à José, devenu pasteur épiscopal, et l’Europe avec Hartley, où ils visitent Paris, Rome, Florence, Madrid.

Suite à la grossesse de plusieurs de ses amies, elle peint beaucoup de femmes enceintes. Interrogée sur les raisons pour lesquelles elle peint ce sujet, elle répond : « Ce n’est pas que ça m’attire, c’est que c’est une réalité de la vie et que c’est négligé. Je trouve que c’est un sujet parfaitement légitime, et les gens ne le montrent jamais, sous prétexte de fausse modestie ou parce qu’ils sont des chochottes, mais c’est une réalité basique de la vie. Et aussi, plastiquement, c’est très stimulant… Je pense que ça fait partie de l’expérience humaine. Quelque chose que les primitifs représentaient, mais que les peintres modernes évitent parce que les femmes ont toujours été représentées comme des objets sexuels. Une femme enceinte est vue comme déjà prise, elle n’est pas en vente. »

 

 

Alice Neel reste fidèle à ses engagements politiques en participant à la manifestation de 1968 devant le Whitney Museum, qui déplore l’absence d’artistes femmes et d’artistes Afro Américain-es dans l’exposition « The 1930s : Painting and Sculpture in America ». Elle est également présente et actives lors de nombreuses actions en 1971 : en janvier, elle fait partie d’un groupe de 19 femmes qui exigent une session à l’une des réunions hebdomadaires de l’Alliance des Artistes Figuratifs de New York, qui a toujours été composée uniquement d’hommes ; en mai, elle se joint à une manifestation contre l’exposition « Contemporary Black Artists in America » (Artistes Contemporains Noirs en Amérique), qui est vivement critiquée par les artistes car jugée mal faite ; en septembre, elle participe également à une manifestation devant le Whitney Museum organisée par la Black Emergency Cultural Coalition et Artists and Writers Protest Against the War in Vietnam, qui reproche à la librairie du musée de refuser de vendre leur livre sur la mutinerie de la prison d’Attica. Elle est aussi signataire de pétitions féministes exigeant une place aux femmes dans le monde de l’art.

En 1973, elle reçoit une bourse de 7500$ du Fond National pour les Arts. Elle participe à de nombreuses expositions consacrées aux femmes artistes.

 

 

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Carmen et Judy, 1972

 

En 1974, le Whitney Museum présente sa première rétrospective. Cette événement majeur, dont Alice est très fière, a cependant un goût doux-amer : ses peintures étant considérées comme ringardes par les conservateurs du musée en charge de l’art contemporain, c’est Elke Solomon, conservatrice des oeuvres imprimées, qui se charge de l’organiser. Le résultat ne rend pas complètement justice à l’oeuvre rayonnante de l’artiste, comme on peut le voir avec ces critiques : Lawrence Alloway, chroniqueur à The Nation, parle d’une exposition mal ficelée, desservie par l’incohérence du choix des oeuvres, tandis qu’Alloway, un ami qui est le mari de Sylvia Sleigh (une autre peindre figurative), se dit choqué par la manière dont on traite le travail d’Alice – l’exposition donne une place bien trop importante aux peintures des dix dernières années, omettant des oeuvres majeures, et le catalogue est une brochure de huit pages.

 

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Autoportrait, 1980

 

Dans les années 80, sa santé décline. Isabetta, sa fille qui a été élevée à Cuba et avec qui elle a probablement perdu contact (on a peu d’information à ce sujet), se suicide en 1982 à l’âge de 54 ans.
Malgré la vieillesse, Alice reste active et occupée jusqu’au bout. Aidée par ses fils, elle participe à des expositions et à des publications, reçoit des bourses, fréquente et peint des ami-es. En février 1984, on lui diagnostique un cancer du colon avancé. Elle répond malgré tout présente à l’invitation de « The Tonight Show » à une interview télévisuelle avec Johnny Carson en avril. En juillet, elle subit une chimiothérapie qui l’affaiblit beaucoup, mais elle ne cesse pas de peindre.

Elle décède le 13 octobre 1984 dans son appartement new-yorkais, entourée de sa famille.

Le 7 février 1985, une cérémonie commémorative en son honneur est organisée au Whitney Museum.

 

Sources :

https://mydailyartdisplay.wordpress.com/2016/10/21/alice-neel-part-5-sam-brody-the-new-man-in-her-life-family-portraits-and-he-said-she-said/

http://www.aliceneel.com/biography/

https://en.wikipedia.org/wiki/Alice_Neel

Catalogue de l’exposition « Alice Neel, Peintre de la vie moderne« , Fondation Vincent Van Gogh Arles, publié en 2017