L’oeuvre de la quinzaine | Joyce J. Scott

Née en 1948 à Baltimore (Etats-Unis), Joyce J. Scott est une artiste prolifique qui travaille des médiums aussi divers que la broderie, le perlage, la sculpture, la gravure, la performance ou encore le patchwork. Elle est surtout connue pour ses sculptures et ses bijoux. Elle porte un regard critique sur des problématiques de la société Américaine telles que le racisme, le sexisme et le classisme. Nous avons sélectionné certaines de ses oeuvres pour vous faire découvrir son travail.

 

 


 

 

Si vous voulez présenter une oeuvre de la quinzaine, n’hésitez pas !

 

#C’est la section art contemporain du site. On met la lumière sur le travail d’un.e artiste contemporain.e, que ce soit un corpus d’oeuvres ou un projet spécifique qui nous a marqué. Ici, on met en valeur le travail artistique des minorités de genre, personnes racisées, personnes queer.

Nous postons une oeuvre tous les quinze jours.

 

#Les règles : écrire un court texte, ou même simplement poster le texte de présentation de la galerie qui représente l’artiste ou de l’artiste lui-même (le traduire en français s’il est dans une autre langue). Envoyer les sources, qui seront postées avec le texte.

 

#C’est un format court qui peut être posté en entier sur facebook et instagram (2200 signes max).

 

#Une sélection d’images des oeuvres est envoyée (ou des liens pour les oeuvres sonores ou vidéo)

 

#À envoyer à prenezcecouteau@gmail.com

 

#Le collectif se chargera de relire le texte, de le mettre en page et de le poster sur le site.

Sylvia Sleigh

Sylvia Sleigh est une peintre américaine. Elle est connue pour ses peintures figuratives d’après modèle vivant (des ami-e-s ou connaissances), souvent des nus, notamment masculins. Voici sa biographie, illustrée par Manon Bauzil.

 

par bauz1992

 

Sylvia Sleigh naît le 8 mai 1916 au Pays de Galles. On connaît peu de choses de son environnement familial, de son enfance et de son adolescence.

Intéressée par l’art, elle étudie à l’Ecole d’Art de Brighton. Sa scolarité se passe sans éclat, et elle est même rabaissée par l’un de ses professeurs, qui lui dit : « Vous n’avez aucun talent. Vous êtes ici juste pour passer le temps en attendant de vous marier. »

Après ses études, elle travaille dans un magasin de vêtements pour femmes sur Bond Street, toujours à Brighton. Elle ouvre ensuite son propre magasin, vendant des chapeaux, des manteaux et des robes. Mais lorsque la Seconde Guerre Mondiale commence, elle ferme boutique.

En 1941, elle épouse son premier mari, un artiste nommé Michael Greenwood. Ils emménagent à Londres ensemble, et Sylvia reprend petit à petit la peinture.

 

Autoportrait recadré, 1952
Michael Greenwood, 1952

Elle s’inscrit à des cours du soir à l’Université de Londres, où elle rencontre celui qui deviendra son second mari, Lawrence Alloway, curateur et critique d’art. Il est dix ans plus jeune qu’elle, et leur relation sera d’abord amicale. Ils échangent fréquemment par courrier, nouant une relation très intense.

 

En 1953, Sylvia Sleigh a sa première exposition solo à la Kensington Art Gallery. Elle quitte Michael et épouse Lawrence en 1954. En 1961, ils déménagent ensemble aux Etats-Unis, où Lawrence obtient le poste de curateur au Musée Guggenheim à New York.

 

Durant les années 60, Sylvia se lie d’amitié avec des personnes du monde de l’art new-yorkais mais s’intéresse aussi au mouvement féministe en pleine ébullition. Elle commence alors à peindre des nus masculins.

 

« Je pense que mes peintures mettent l’accent sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Je trouve que les femmes sont souvent représentées comme des objets sexuels, dans des poses humiliantes. Je voulais montrer mon point de vue. J’aime représenter à la fois les hommes et les femmes comme des personnes intelligentes et réfléchies, pleines d’une dignité et d’un humanisme qui soulignent l’amour et la joie. »

Marianne Benedict, 1970

En 1973, elle peint « Le Bain Turque » (un titre en référence au tableau de Jean-Auguste-Dominique Ingres, qui représente un groupe de femmes nues). Dans la version de Sylvia, c’est un groupe d’hommes critiques d’art qui y sont représentés nus, dont son mari Lawrence.

 

Le Bain Turque, 1973

« Ce n’est pas le désir qui me pose problème, mais l’objectification. »

Dans une interview en 2008, elle dira : « Je voulais peindre les hommes de la manière dont je les appréciais, en tant que personnes dignes et intelligentes ».

 

Philip Golub reclining, 1971

 

Triple tête de Scott Burton, 1973

Au début des années 70, elle rencontre Paul Rosano, un musicien qui gagne de l’argent en posant pour les artistes. Il devient alors un de ses modèles favoris. Elle le peint des dizaines de fois. Durant les sessions de pose, Sylvia apprécie de discuter avec ses modèles. Rosano dira d’elle : « elle aimait discuter avec les modèles pour en apprendre plus sur eux. Cela lui permettait en quelque sorte de peindre leur caractère. »

 

Annunciation : Paul Rosano, 1975

 

Imperial Nude, 1977

Sylvia est alors membre de la A.I.R. Gallery, un espace créé par des artistes femmes à SoHo (qu’a aussi fréquenté l’artiste Ana Mendieta, dont nous avions fait la biographie). Elle les peint en 1977.

 

A.I.R. Group Portrait, 1977

 

Durant toute cette période, le travail de Sylvia Sleigh n’attire pas l’attention du monde de l’art. La figuration n’est pas à la mode. C’est dans les années 80 qu’elle commence à être un peu plus reconnue, recevant une subvention du National Endowment for thé Arts en 1982 et un autre subvention de la Fondation Pollock-Krasner en 1985.

En 2008, elle obtient le Distinguished Artist Award de la part de la College Art Association, une récompense qui honore l’ensemble de sa carrière.

Elle meurt à New York le 24 octobre 2010, à l’âge de 94 ans.

À titre posthume, le Women’s Caucus for Art lui décerne le Lifetime Achievement Award en 2011.

 

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sources :

https://rogallery.com/Category/A.I.R._womens_portfolio/Sleigh-bio.htm

https://www.nytimes.com/2010/10/26/arts/design/26sleigh.html

https://en.wikipedia.org/wiki/Sylvia_Sleigh

http://sylviasleigh.com/sylviasleigh/Sylvia.html

https://elephant.art/forgotten-male-nudes-groundbreaking/

Sylvia Sleigh and Lawrence Alloway, Mutual Muses

 

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Si vous souhaitez écrire une biographie, n’hésitez pas !

 

# Pour cette section du site, nous recherchons des biographies d’artistes minorisé.e.s du point de vue du genre. Cette partie ne concerne pas l’art contemporain. Nous postons une biographie par mois.

 

# Les règles : documenter ce qu’on peut trouver de la vie et du parcours de l’artiste, de son enfance à sa mort. Le but est de faire connaître des artistes dont la mémoire a été réduite ou effacée, et de proposer une ressource centralisée pour avoir accès à une introduction aux travaux de ces artistes.

 

# Il n’y a pas de limite du nombre de mots/signes. Les sources doivent être fournies et seront notées en bas de texte. Si possible, une sélection d’images des oeuvres est envoyée.

 

# La biographie est illustrée par la talentueuse Manon Bauzil (@bauz1992 sur instagram) !

 

# – Avant d’écrire la biographie, envoyez-nous un mail pour être sûr que personne n’a déjà le projet de l’écrire ou qu’elle n’a pas déjà été écrite ! –

 

#À envoyer à prenezcecouteau@gmail.com
Le collectif se chargera de relire le texte, de le mettre en page et de le poster sur le site.

L’oeuvre de la quinzaine | Carrie Mae Weems, « The Kitchen Table Series »

Pour cette oeuvre de la quinzaine, nous avons choisi de vous faire découvrir la série photographique de Carrie Mae Weems, « Kitchen Table Series » (1990) (Serie « la table de la cuisine »). à travers ces 20 photographies, l’artiste nous fait entrer dans l’intimité de l’histoire de la vie d’une femme depuis le point de vue de la table de sa cuisine, nous présentant ses amants, ses enfants, ses amies, sa solitude, ses jeux. Nous en avons sélectionné 6, mais nous vous encourageons vivement à aller voir la série entière sur son site en cliquant ici.

 

l’exposition FRONTIÈRE/S

Photographies de l’exposition FRONTIÈRE/S, qui a eu lieu au Landy Sauvage le week-end du 14-15-16 juin 2019.

 

Exposition FRONTIÈRE/S

 

 

Le week-end du 15 juin, le collectif Prenez Ce Couteau présente l’exposition FRONTIÈRE/S !

 

Pour cette troisième exposition, nous avons choisi le thème « FRONTIÈRE/S » et avons sélectionné 18 propositions en tentant de rassembler plusieurs points de vues sur cette notion : habiter la frontière, traverser la frontière, crossroads, harragas, exilé.e.s, frontières linguistiques, sexuelles, psychologiques, culturelles, métaphoriques ou physiques… le tout exprimé via différents arts : vidéo, peinture, performance, photographie, danse…

 

L’exposition aura lieu le week-end du 14 – 15 – 16 juin Au Landy Sauvage / ex-Clos Sauvage. Venez nombreuxses !

 

– LE PROGRAMME –

>>> vendredi 14 juin :

Vernissage à partir de 18h30, avec buffet végétarien à prix libre !

La performance de Sagia Bassaid et la danse de Karima El Amrani auront lieu au cours de la soirée (horaires à venir).

>>> samedi 15 juin :

L’expo est ouverte à partir de 14h. Possibilité de venir plus tôt sur rdv.

Projection de la vidéo de danse de Karima El Amrani à 18h

La pièce de Dana Fiaque sera jouée à 20h dans l’espace d’exposition.

>>> dimanche 16 juin :

L’expo est ouverte de 14h à 18h30 ou bien sur rendez-vous.

Projection de la vidéo de danse de Karima El Amrani à 15h

 

– ACCÈS –

Au Landy Sauvage / ex-Clos Sauvage

166 rue du Landy

Saint-Denis

Métro : ligne 13, Carrefour Pleyel (moins de 10mn à pied)

RER D : Stade de France – Saint-Denis (moins de 10mn à pied)

RER B : La Plaine – Stade de France (15mn à pied)

bus 139 et 173 arrêt Landy – Pleyel (2mn à pied)

bus 255 arrêt Landy – Ornano (2mn à pied)

 

L’espace est accessible aux personnes à mobilité réduite.

 

En espérant vous y voir,

 

Un beau mois de juin à vous !

L’oeuvre de la quinzaine | photographies après l’accouchement, Rineke Dijkstra, 1994

Rineke Dijkstra est une photographe néerlandaise née en 1959. Elle vit et travaille à Amsterdam. Son travail photographique est connu et a été exposé dans de nombreux musées et institutions culturelles. Elle fait des portraits frontaux, la plupart du temps d’une personne seule, sans mise en scène ou faux-semblants. Pour l’oeuvre de la quinzaine, nous avons choisi de vous présenter une série de trois portraits de femmes venant d’accoucher.

« En tant que photographe, vous étoffez ou vous mettez l’accent sur un instant, le transformant en une autre réalité. Par exemple, ces portraits que j’ai fait de femmes venant de donner naissance : la réalité de cette expérience, c’est l’atmosphère entière, qui est chargée d’émotion. Dans la photographie, vous pouvez scruter des détails, ce qui rend cela un peu rude : vous pouvez y voir des choses auxquelles vous n’auriez d’habitude pas prêté grande attention. »

L’artiste du mois | Tabita Rezaire

Tabita Rezaire est une artiste française d’origine guyanaise/danoise qui travaille en ce moment à Cayenne (Guyane). Elle se décrit comme une âme incarnée en agent de guérison. Dans ses œuvres (vidéos, performances, collages, installations etc.), elle s’intéresse à la décolonialité des technologies et appelle à la guérison collective.  

 

« The Internet is exploitative, exclusionary, classist, patriarchal, racist, homophobic, transphobic, fatphobic, coercive and manipulative. We need to decolonise and heal our technologies. Healing is resistance. » – (Internet exploite, est exclusif, classiste, patriarcal, raciste, homophobe, transphobe, grossophobe, coercitif et manipulateur. Nous devons décoloniser et soigner nos technologies. Guérir c’est résister.[1])

Tabita Rezaire

 

Entretien de Tabita Rezaire avec Marie-Julie Chalu

 

 

Je t’ai découvert lors du cycle Afrocyberféminismes[2] tenu à Paris à la Gaité Lyrique où tu as proposé une performance intitulée Lubricate Coil Engine – Decolonial Supplication (Lubrifier le moteur – une supplication décoloniale). J’y ai exploré ce que tu appelles le « digital healing activism » qu’on pourrait traduire en français par un activisme digital de la guérison, comment  es-tu arrivée à t’engager dans cet activisme ?

 

Dans cette offrande, je partage des histoires et technologies d’information et de communication. Comment être connecté ? À soi-même, aux autres, à la terre, à l’univers ?

Je pense que ce sont les questions qui m’animent dans mes profondeurs.

 

Je suis partie du diagnostic de notre déconnection collective. Pourquoi/comment en est-on arrivé à ce sentiment d’isolation générale, de peur de l’autre, de non respect de nos écosystèmes, ancêtres et descendances, d’exploitation et oppression institutionnalisées ? Et comment ces mécanismes d’aliénation se manifestent au niveau individuel, dans nos corps, dans nos cœurs ?

 

On porte tous en nous les traumatismes des histoires, des territoires, des lignées des temps passés, à quoi s’ajoutent nos propres expériences. Il y a encore pas si longtemps, j’étais une boule de feu, impulsive, colérique, proie aux addictions, j’en voulais à la terre entière. Quand tu comprends les rouages du monde contemporain, tu ne peux qu’avoir le seum. La colère est un puissant carburant mais si tu fais pas attention elle te ronge de l’intérieur. J’étais plus capable de discuter sans m’écrier au blantriarcat ceci et cela. J’étais épuisée, je ne faisais que pleurer.

À ce moment là, j’ai commencé le yoga Kemetic et ma pratique avec une sangoma (guérisseuse traditionnelle), j’ai compris l’importance de la guérison. Pas comme un refuge mais comme une nécessité d’action politique : c’est prendre la responsabilité de ses traumas pour ne pas les reprendre et les reproduire. Quand tu commences ce chemin, tu peux guider d’autres dans leur propres parcours de guérison. C’est devenu ma mission.

Puis comprendre les relations entre la science et la spiritualité, les technologies de guérison, de communication, la physique quantique, les lois cosmiques c’est juste trop deep.

 

Deep Down Tidal (2017), Tabita Rezaire

 

Tu procures du soin notamment par le biais du yoga, une pratique spirituelle décoloniale et anticoloniale qui a beaucoup été récupérée. Qu’est-ce que le yoga kemetic et kundalini que tu pratiques ?

 

Toute technologie peut être utilisée en faveur ou en défaveur de l’harmonie.

Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de ce qu’est le yoga. Le yoga – mot qui veut dire unir – est une technologie qui permet d’unir notre réalité matérielle et finie (notre corps-esprit-émotions-circonstances) avec notre identité infinie (notre âme qui nous lie à la source). Ce qui selon la philosophie yogique (et beaucoup d’autres pratiques spirituelles) est le but de l’expérience humaine. Pour cela il y a autant de chemins qu’il n’y a d’expériences de vie. Le yoga est simplement un ensemble de savoirs et de pratiques parmi d’autres qui permettent cette union. Il y a traditionnellement plusieurs écoles de yoga, certains yogas se reposent essentiellement sur la pratique de la méditation, de la dévotion, du son, de la répétition, de la visualisation, et d’autres sur la maitrise du corps… C’est ce dernier qui est pratiqué essentiellement en Occident mais en vrai le yoga n’est pas forcement lié à des postures physiques. On pourrait dire que les religions du livre sont des yoga de la dévotion (dévotion à Jésus, Allah, YHWH …).

 

Le Kundalini Yoga fait partie de ces 22 voies traditionnelles du Yoga de l’Inde précoloniale.

C’est le yoga de la conscience et c’est par l’éveil et la maitrise de l’énergie de la Kundalini – énergie créatrice en chacun de nous – que cette pratique amène à prendre conscience et faire l’expérience de son infinité.

 

Le Yoga Kemetic est l’héritier d’une autre lignée, il est ancré dans les sciences et cosmogonies de l’ancienne Egypte. C’est une technologie Africaine d’union du monde matériel et spirituel, qui repose sur le souffle, la géométrie du corps et le lien avec les ancêtres – appelés Neteru en Egypte ancienne. Dans les années 70, des égyptologues noirs, inspirés par les recherches de Cheikh Anta Diop, ont réinterprété certains travaux et y ont trouvé une pratique spirituelle qui s’apparente au yoga. À partir de ça, ils ont créé le Kemetic Yoga, avec l’idée d’avoir une pratique spirituelle plus en résonnance avec la communauté noire car à l’époque (aujourd’hui encore mais ça change) le yoga était majoritairement pratiqué par les blancs.

C’est ce coté politique du Kemetic Yoga et son lien avec la spiritualité Africaine qui m’a touché, c’est le premier yoga où j’ai senti wowwww, j’ai besoin de ça dans ma vie. Le Kundalini après m’a permis de plonger plus profondément dans la philosophie yogique traditionnelle.

Ces deux pratiques m’ont vraiment fait comprendre la nécessité de la pratique spirituelle dans le combat politique.

 

Une pratique décoloniale du soin ou de la thérapie nous replace en lien avec la lignée de nos ancêtres. Je pense notamment à comment on a pu perdre les rituels de soin des cheveux afro crépus. Tu appelles à un équilibre mind-body-spirit-technology (esprit-corps-âme-technologie), pourquoi y incorporer la technologie/les technologies ?

 

La technologie est fondamentale, mais ça dépend de ce que tu appelles technologie. Pour moi le corps, l’esprit et l’âme sont des technologies. Selon le dictionnaire de mon MacBook, une technologie c’est l’application de savoir scientifique à une fin pratique. Le litige dans cette définition ce sont les termes ‘savoir scientifique’. Selon la colonialité, seul ce qui découle de la rationalité de la modernité peut être qualifié de scientifique. Si l’on se détourne de l’autorité occidentale et qu’on autorise d’autres cultures des sciences à co-exister, tout à coup le champs de ce que peut être une technologie s’étend considérablement. Et là une plante, la surface de l’eau, la communication avec les ancêtres, des symboles, les mouvements, les coiffures peuvent devenir des technologies si leurs utilisations suivent un protocole précis pour permettre un résultat spécifique.

 

 

Il n’est pas anodin que tu mettes ton propre corps en scène dans ton travail. Cela participe à un processus de guérison pour toi ?

 

C’est sûr. C’est mon chemin et mes questionnements politiques, intellectuels, spirituels qui nourrissent mon travail. Dans mes vidéos de ces dernières années on voit clairement les évolutions, comment d’un discours politique enragé on passe à une dimension spirituelle. J’avais besoin de comprendre d’où venait mon malaise, ma colère, la honte de mon corps.  J’ai compris que c’était en partie les conséquences des systèmes d’oppression. Comprendre la colonialité politiquement, puis corporellement, émotionnellement, ses effets dans mes cellules, dans mes amours, dans mes pleurs, m’a forcé à chercher des remèdes. Je cherchais qui j’étais, les complexités, fardeaux et privilèges de mes lignées ancestrales, et pour ca j’ai eu besoin de m’exposer, de montrer/sublimer ma honte, mes peurs, mes peines, les accueillir, tisser des liens avec elles pour pouvoir les accepter puis les transformer. J’ai fini par trouver qui je suis derrière les circonstances de l’espace-temps – une partie unique de l’infini, avec sa mission singulière et sa contribution particulière dans la mission de l’univers. Un résidu sonore de la vibration primordiale qui a donné naissance au monde. Voilà je suis un chant qui s’harmonise petit à petit.

 

Premium Connect, 2017, Tabita Rezaire

 

Dans ton travail, les dichotomies « Nord » / « Sud », corps/esprit, nature/technologie, civilisé/sauvage héritées de la modernité occidentale sont éclatées. On apprend par exemple que les systèmes de divination Ifa de la tradition Yoruba seraient à l’origine du système binaire utile aux systèmes d’information comme Internet. Les sources de nos connections sont violentes mais présentées comme progressives, neutres et universelles. Dans quelle mesure, tu interroges la notion de « colonialité du pouvoir[3] » dans tes œuvres ?

 

La colonialité du pouvoir c’est l’héritage omniprésent du colonialisme qui a imprégné nos sociétés postcoloniales sur les plans sociaux, politiques, économiques et culturels. Notamment à travers les hiérarchies entre les personnes – les races, les genres, les ethnicités, les classes sociales, les sexualités, les morphologies, les capacités physiques et neurologiques -, entre les cultures et les systèmes de connaissances.

Comme je m’intéresse à la technologie, je me suis mise à chercher les relations entre nos technologies et l’histoire coloniale. Comment nos outils d’information et de communication sont-ils contaminés par la colonialité ? Nos technologies électroniques sont-elles des outils de résistance ou de nouvelles formes d’oppression ? Réaliser l’impact de l’histoire coloniale dans tous les champs de la vie : comment on apprend, mange, aime, donne, pense, travaille, fait l’amour, construit nos villes et nos familles, comprend le monde, est d’une grande violence.

Il y a eu une décolonisation des territoires (sur le plan légal) mais la décolonisation mentale, sociale, historique reste encore à faire.

 

Dans ma vidéo Premium Connect je partage une autre généalogie des sciences informatiques. Les recherches en éthnomathématiques attribuent la naissance des mathématiques binaires (qui sont le fondement des sciences informatiques) au système divinatoire Yoruba. Il y aurait eu une migration de savoirs –notamment du protocole binaire du système de divination Ifa- depuis l’Afrique de l’Ouest vers l’empire Moor puis l’Europe, et cette transmission aurait contribué au développement du code binaire nécessaire à tous nos circuits digitaux.

 

Il est crucial et urgent que nous fouillons nos mémoires, nos corps, nos histoires, nos technologies pour les défaire de la matrice (néo)coloniale.

 

Dans « Le Ventre des femmes », Françoise Vergès parle de comment la colonialité du pouvoir attaque les femmes racisées et spécialement les femmes noires concernant par exemple la santé reproductive. Dans ton travail également on retrouve ces réflexions, avec l’importance de soigner l’utérus, les sexualités, le plaisir féminin. En quoi cela s’articule avec le soin de nos technologies ?

 

L’utérus est une technologie. Une des plus anciennes, la première imprimante 3D !

C’est une matrice créatrice. Le pouvoir de la Création primordiale se retrouve dans nos utérus avec la responsabilité qui va avec. Comment créer? avec quelles intentions ? mais pas seulement la vie, c’est de là que l’on donne aussi naissance à nos rêves, nos manifestations, nos communautés, nos mondes ? Quand nos matrices utérines, nos bassins de création sont traumatisés, exploités, abusés, tout ce qui en sort, que ce soit la vie même ou nos rêves sont aussi brisés. Il faut guérir nos bassins créateurs pour guérir nos mondes.

 

Peu importe où on se trouve sur le spectre du genre, on a tous un centre énergétique à ce niveau-là qui régule notre pouvoir de création. C’est donc notre responsabilité à tous d’entamer ce processus de guérison. Après il est vrai que les femmes racisées ont historiquement et institutionnellement subis énormément de violences sexuelles et médicales. Ma vidéo Sugar Walls Teardom s’inspire de l’histoire de la gynécologie moderne qui crédite le docteur Marion Sims comme le père fondateur de la gynécologie alors que ses découvertes sont dues à des expériences chirurgicales qu’il faisait sur des femmes africaines esclavagisées dans sa plantation médicale pendant l’esclavage. Beaucoup n’ont pas survécu aux tortures du Dr. Sims. Ce sont elles qui devraient être reconnues et commémorées comme les mères de la gynécologie. On retrouve dans toute l’histoire de la médecine occidentale des expériences sur les femmes noires : le développement de la pilule, les stérilisations forcées ou les Hella Cells – les premières cellules immortelles volées dans le col de l’utérus de l’Afro-Américaine Henrietta Lacks.

 

 

Dans ta vidéo Hoetep Blessings, tu célèbres le pouvoir du c*nt, la féminité noire en reprenant le terme hoe. J’ai pensé à la vidéo How to be a bitch de Princess Nokia ou d’une latinx qui répond aux questions de Jesse Lee Peterson durant la Slutwalk, toutes les deux sont des femmes racisées qui se réapproprient les termes de bitch, slut. Est-ce que les personnes minorisées ne sont pas les pirates des codes et algorithmes racistes et sexistes ?  

 

Le pouvoir des mots.

Les mots sont une arme tant pour blesser que pour guérir.

Bitch, slut, hoe, pussy… pareil en français avec pute, salope, con, chatte … ces expressions utilisées comme insultes alors qu’elles sont liées au féminin sont des dispositifs de la colonialité pour conditionner le subconscient de la population et ancrer la honte du féminin dans le discours et l’inconscient collectif. C’est pareil avec la race, les Français ont peur de dire le mot noir, car inconsciemment ils pensent que c’est une insulte. Le langage influence les opinions et avec, les comportements.

 

Se réapproprier les mots, leurs mouvements, leurs sons, leurs sens, c’est s’émanciper du poids du langage, du poids du monde. Les personnes minorisées sont peut-être plus sensibles aux effets des mots, car elles savent que les mots prennent au cœur, et font mal. Alors les mots deviennent un outil de défense, de résistance. La poésie et la musique ont toujours été au centre des révolutions, des chants guerriers des millénaires passés aux incantations intemporelles.

 

Le son a un immense pouvoir créateur. Les fréquences sonores modifient nos ondes cérébrales et peuvent changer notre état de conscience et modifier la matière. C’est pourquoi beaucoup de spiritualités utilisent les technologies sonores ; l’industrie militaire aussi avec les armes acoustiques mais pour d’autres raisons.

 

Peux-tu nous parler de la NTU Tech Health Agency que tu as créé en Afrique du Sud ?

 

NTU c’est ma famille avec Bogosi Sekhukhuni et Nolan Dennis Oswald. On a commencé à travailler ensemble en 2015 avec l’idée de construire notre propre serveur et d’avoir un réseau de partage sécurisé sur le Deep Web. On a toujours notre serveur et depuis on s’investit dans ce qui relie la technologie et les philosophies Africaines. On travaille par exemple avec les plantes enthéogènes utilisées dans la spiritualité Sud-Africaine et le potentiel de l’énergie libre. NTU c’est une rencontre d’âmes, un espace de partage, d’inspiration, de soutien. La famille quoi.

 

Comment s’est passée ta première exposition solo Exotic Trade ?

 

Ca va bientôt faire 2 ans, beaucoup de choses ont changé. Ces œuvres m’ont transformées, ou plutôt c’est à travers elles que je me suis métamorphosée.

Créer c’est comme donner naissance. Faire naitre des œuvres demande d’aller au plus profond de soi, de se confronter au pire de soi pour y trouver le meilleur. On ne revient pas indemne de cette descente. On en ressort écorché, transformé, purgé. Voilà, peut-être que cette exposition, enfin ce que j’ai traversé pour la mettre au monde, aura été comme une préparation à la renaissance. Pour renaitre, il faut savoir mourir. Pour vivre, il faut apprendre à mourir. À chaque respiration. De l’autre côté des angoisses, du stress, des doutes de soi, des vulnérabilités, des colères, des attentes, des déceptions, des rêves, des peurs, se mettre à nu en partageant son travail, son cœur, son âme, est d’une grande beauté. Je suis pleine de gratitude.

C’est mon parcours de guérison que j’ai partagé.

Ces œuvres ont maintenant leurs propres vies, elles ont beaucoup voyagé et continuent leurs parcours de cœur en cœur autour du monde. Je n’ai pas arrêté ces dernières années alors maintenant après m’être vidée, j’essaie de me ressourcer, d’honorer mon cycle de création. Je suis en gestation pour pouvoir donner naissance aux prochaines visions. Ce n’est pas toujours facile de respecter son rythme de création dans ce milieu. Je réfléchis à d’autre façon de donner. J’apprends à recevoir. J’attends. J’écoute.

As-tu des actualités ?

 

Je prépare un nouveau film sur les vestiges de technologies célestes d’un point de vue scientifique, archéologique et métaphysique. Je finis le tournage le mois prochain au Sénégal et en Gambie.

J’essaie aussi de monter un centre d’études et de pratiques lunaires.

Sinon beaucoup d’expos, d’offrandes, de partage-travail prévus un peu partout dans le monde.

Mon intention pour 2019 c’est d’apprendre à valoriser l’équilibre, alors si je le manifeste ça sera ma plus belle actualité.

 

 

Retrouvez Tabita Rezaire sur son site et sur sa chaîne viméo !

 

 

[1] Les traductions sont de Marie-Julie Chalu.

[2] « Afrocyberféminismes est un projet de recherche qui questionne les enjeux contemporains posés par les technologies numériques au regard de l’Afrique et de ses diasporas en explorant la place du genre et de la race. » (source : afrocyberfeminismes.org). Le cycle s’est tenu de février à juillet 2018 à la Gaité Lyrique (Paris) et a été organisé par Oulimata Gueye et Marie Lechner.

[3] La colonialité du pouvoir reproduit les structures de pouvoir basées sur la race entre autres.

 

 

L’oeuvre de la quinzaine | Lady Pink, reine du graffiti

Pour cette oeuvre de la quinzaine, on met en lumière le travail de Lady Pink, pionnière du graffiti et de l’art mural féminin. Nous avons traduit le texte qui est sur son site pour vous la présenter.

Lady Pink est née en Equateur et a été élevée à New York. Elle réside maintenant à la campagne au nord de la ville. En 1979, elle a commencé à faire des graffiti et a vite été connue comme la seule femme capable de rivaliser avec les garçons de la sous-culture du graffiti. Pink a peint des rames de métro entre 1979 et 1985. En 1982 elle a joué le rôle principal dans le film « Wild Style ». Ce rôle et d’autres contributions significatives dans le graffiti ont fait d’elle une figure culte de la subculture hip-hop.

Au lycée, elle exposait déjà ses peintures dans des galeries d’art, et à l’âge de 21 ans elle a eu sa première exposition personnelle au Moore College of Art. En tant que participante majeure dans la montée de l’art du graffiti, les toiles de Lady Pink sont entrée dans d’importantes collections artistiques telles que le Whitney Museum, le MET à New York, le Brooklyn Museum ou encore le Musée Groningen de Hollande. Elle s’est établie dans le monde des beaux-arts, et ses peintures sont très prisées par les collectionneur-euses.

Aujourd’hui, Lady Pink continue de créer de nouvelles peintures sur toile qui expriment sa vision personnelle unique. Elle partage aussi ses 30 années d’expérience avec des adolescent-e-s en organisant des ateliers de peinture murale et en donnant des conférences à des étudiant-e-s du monde entier.

L’oeuvre de la quinzaine | Carole Schneemann, Eye Body : corps, sexualité et genre

En 1963, l’artiste féministe et américaine Carole Schneemann présentera une œuvre significative dans sa carrière, nommée Eye Body : 36 Transformative Actions 1963. Elle est constituée de 36 photos de l’artiste dans des environnements qu’elle a créés. En effet, dans son studio, au moyen de peinture, de colle, de fourrure, de verre, de plastique ou encore de craie, elle couvre son corps nu, pour s’intégrer dans sa création artistique. Son corps est un matériau qui fait partie intégrante de son travail. Comme elle l’explique, elle est alors artiste, fabricante de l’image et image elle-même.

 

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Photographies par l’artiste islandais Erró, 35 mm film en noir et blanc.

 

Lorsqu’elle reçut des critiques l’accusant de narcissisme et d’exhibitionnisme, elle leur a répondu qu’au contraire cette œuvre lui permet de se réapproprier sa sexualité en tant que femme. Elle est maîtresse de son corps et de son art. L’historienne de l’art, Kristine Stiles a commenté son travail :
« Sa première performance a été réalisée en privé dans le but de produire des photographies prises par son ami, l’artiste islandais Erró. Les photographies sont toujours généralement acceptées parmi les premières images visuelles constituant le lexique d’un vocabulaire avant-gardiste explicitement féministe. […] Schneemann voulait “faire une série de transformations physiques” de son corps dans ses “constructions et son environnement mural”, afin de transformer son corps en “territoire visuel” (cet extrait est traduit de l’anglais).
Ce travail est un acte de rébellion envers le milieu de l’art des années soixante, sexiste et misogyne, où les femmes sont considérées exclusivement comme muse ou modèle, plutôt que comme artiste. En effet selon elle, “durant des années on a regardé mes travaux les plus audacieux comme si c’était quelqu’un d’autre à l’intérieur de moi qui les avait créés, ils étaient considérés comme ‘masculins’ parce qu’ils étaient vus comme agressifs et osés”.

 

Sources :
Carolee Schneemann, 2018, site web de l’artiste, http://www.caroleeschneemann.com/
The Art History, 2018. Carole Schneemann, https://www.theartstory.org/artist-schneemann-carolee.htm
Kristine Stiles, “Uncorrupted Joy: International Art Actions”, in: Out of Actions: between performance and the object, 1979-1979, MoCA Los Angeles, New York/London, 1998, pp.296f.

 

L’artiste du mois | Eva Merlier

Il y a une vraie douceur qui se dégage des photographies d’Eva Merlier, une lumière qui effleure les peaux comme une poussière de fée. Ce qui ressort de ses portraits, majoritairement féminins, c’est la place donnée à la force de ses modèles, leur présence sans fard. Son projet Gang de Filles était visible lors de notre exposition Masque(s) en janvier 2018. Voici l’artiste du mois de novembre.

 

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Qu’est-ce qui dans ton parcours t’a amenée à la création ? Depuis quand t’y intéresses-tu ?

Je crée depuis toujours. Petite, je passais mon temps à dessiner. Je suis très introvertie donc créer c’est ma manière d’exister, ça me rassure, ça me permet de communiquer avec le monde… Plus récemment, je me suis trouvé une voix avec plus de sens : c’est presque devenu comme un combat à mener, mon appareil est comme une arme qui me permet de transmettre mes idées.

 

Est-ce que tu te souviens des premières oeuvres d’art que tu as aimées ?

Je me souviens que j’étais fascinée par le dadaïsme. En fait, j’aimais l’art qui sortais des codes établis. Après, j’ai eu d’autres inspirations plus classiques, comme Paolo Roversi. J’avais le portrait de Natalia Vodianova, probablement trouvé dans un Vogue, accroché au-dessus de mon lit. Mais je pense que l’oeuvre qui m’a vraiment fait un déclic, c’est le film « Bande de filles » de Celine Sciamma. C’est après l’avoir vu que j’ai commencé ma première série photo, que j’ai appelée Gang de filles en hommage. C’est ce film, mais aussi mon entourage, qui m’ont donné l’impulsion et l’envie de faire bouger les choses. J’ai toujours voulu faire de la photo, je pense que je n’osais pas à cause d’un manque de confiance en moi. Je prenais beaucoup de paysages en photo, des contre-jours… c’était beau mais un peu vide. Je manquais surtout d’experience, j’étais spectatrice du monde, et petit à petit je suis devenue actrice.

 

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Du coup, est-ce qu’on peut dire que tu fais clairement un lien entre ta pratique artistique et tes idées politiques ?

Oui, bien sûr. Comme je disais tout à l’heure, c’est ma manière de communiquer, de donner mes idées au monde. C’est aussi une opportunité de faire porter la voix de plusieurs personnes. On est noyé-e-s dans des images de nos jours, les artistes doivent prendre conscience qu’avec certaines images, ils contribuent à véhiculer des stéréotypes, voire des discriminations.

 

Est-ce que tu dirais que ton choix du médium photographique est lié à ça ? Est-ce que tu as tenté d’autres moyens de créer ?

J’ai fait une prépa art et une école de graphisme donc j’ai essayé pas mal de choses. Je faisais de la peinture quand j’étais plus jeune. Mais je fais de la photo depuis super longtemps. Je ne me rappelle plus trop comment j’ai eu mon premier appareil, un petit compact numérique que je trimballais partout ! Pour mon premier grand voyage, mon père m’a offert son réflex argentique, et je ne l’ai plus quitté. J’ai choisi la photo pour l’échange qui se passe avec les modèles : c’est quelque chose qui me terrifie, et en même temps que j’adore. Enfin, ça me terrifie moins maintenant ! Ce que j’aime, c’est que ça me permet de rencontrer du monde, de créer des liens. C’est ça au final qui me permet de sortir complètement hors de ma zone de confort, c’est aussi là que la magie se créée.

 

 

Et comment rencontres-tu tes modèles justement ? Est-ce que tu utilises beaucoup les réseaux sociaux dans ce processus ?

Au début, j’ai commencé par mes amis. Ils sont ma principale source d’inspiration. Pour certains projets je démarche des inconnus, mais dans l’ensemble ce sont des personnes de mon entourage. Quand ce sont des inconnus, je préfère toujours prendre le temps qu’on se rencontre une première fois pour discuter de nos intentions. Les réseaux m’ont permis de rencontrer de très belles personnes.

 

Et que penses-tu des réseaux sociaux en tant que plateforme pour montrer ton travail créatif ?

Les réseaux sociaux peuvent être une superbe source d’inspiration. C’est à chacun de choisir le contenu qu’il veut voir et de sortir des contenus lisses et vide de sens. L’avantage avec les réseaux, c’est que c’est toi qui décide. Ça peut mettre la pression aussi, au début en tout cas j’étais assez nerveuse de partager mon travail comme ça, mais au final j’ai dédramatisé et je me dis que c’est juste une plateforme !  C’est quand même cool de pouvoir exposer 24h sur 24 et 7 jours sur 7.

 

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Est-ce que tu as des photographes, artistes qui t’inspirent, que tu voudrais citer ?

Comme je disais plus haut, Paolo Roversi, pour ces portraits. Récemment il a fait une série avec Rihanna qui m’a bluffée. Sur instagram, j’aime beaucoup Rosie Alice (rcafoster) et _portraitmami, que j’ai découvertes par la page girlgaze qui est trop bien, j’aime aussi laurencephilomene et nadine ijewere. Elles ont toutes une esthétique qui leur est propre et une démarche engagée.

Et bien sûr, les copines aldin_mirte, lesjouesrouges et mila.nijinsky! Elles ont aussi un univers vraiment personnel qui me fascine. Parfois, on peut faire une photo d’une même scène mais elle sera complètement différente. Comme quoi, être soi-même c’est vraiment la meilleure recette.

 

Est-ce que tu as des projets en ce moment ?

Récemment j’ai constaté que le côté plastique dans mon travail me manquait, toutes ces images sur écran c’était devenu trop virtuel.  Je me suis remise au collage et j’ai pour projet d’auto-éditer des petits objets graphiques avec mes photos et des textes d’amies mais c’est encore top secret 😉

Sinon, on ouvre un concept store à Lyon avec ma copine, Sales Gosses Ink & More, qui sera un lieu hybride : à la fois salon de tatouage, galerie d’art, boutique de créateurs engagés et coffeeshop. Un lieu inclusive qui sera pour nous une nouvelle manière de partager nos valeurs. Vous pouvez nous suivre sur instagram et facebook !

 

 

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