L’oeuvre de la quinzaine | Mary Kang, « Asian Texans »

Mary Kang est une photographe Sud-Coréenne Américaine qui a vécu au Texas et qui travaille aujourd’hui à New York. Pour l’oeuvre de la quinzaine, nous avons choisi de vous montrer des photos de sa série « Asian Texans », qui a commencé en 2010 et qui est toujours en cours. Pour vous expliquer sa démarche, nous avons traduit le texte qui se trouve sur son site :

« C’est un projet photographique à long terme sur les familles Bhoutanaises Népalophones à Austin, au Texas. Ce projet documente la vie de cette communauté multi-générationnelle qui est arrivée dans la ville en tant que réfugié-e-s, et qui considèrent maintenant Austin comme un autre foyer. Bien que je ne sois pas Bhoutanaise ou Népalaise, j’ai eu envie de faire ce projet parce qu’il y a certains rites de passage que tous les nouveaux arrivants non-blancs traversent lorsqu’iels arrivent en Amérique. Des thèmes ont émergé de ce projet, comme la beauté de dépendre et de s’appuyer sur sa communauté, l’inter-connection de la culture Asiatique, et l’évolution de l’identité. »

L’oeuvre de la quinzaine | les autoportraits de Mequitta Ahuja

Mequitta Ahuja est née en 1976 à Grand Rapids, dans le Michigan, d’un père Indien et d’une mère Afro-Américaine. Elle grandit dans une communauté majoritairement blanche. Cela l’a poussée à se questionner sur son identité, et l’autoportrait est la dominante de son oeuvre. Nous avons sélectionné un échantillon d’oeuvres et traduit le texte de son site internet (que nous vous invitons à visiter !), qui explique sa démarche.

« Je transforme l’autoportrait de l’artiste, en particulier l’autoportrait de la femme de couleur – longtemps définie par cette identité – en une réflexion sur la création d’image. Je fais cela en cataloguant visuellement les codes de la peinture et en leur donnant de nouvelles significations. Je simplifie la forme, et j’inclus les motifs traditionnels tels que les gestes des mains, les mouvements du tissu, les jeux de regard avec le/a regardeur/euse, le papier froissé présenté en trompe-l’oeil, l’architecture racontant une histoire, la perspective cavalière et la figure allégorique. Je mets l’accent à la fois sur l’aspect conceptuel et physique de la peinture en montrant mon modèle lisant, écrivant et s’occupant de ses toiles dans l’atelier. En créant des images dans l’image, je décris les nombreux aspects de la peinture – abstraction, texte, naturalisme, description schématique, planéité graphique et illusion. Je donne un nouveau sens aux idées et approches picturales qui ont jalonné l’Histoire de la peinture, notamment les hiéroglyphes Egyptiens, les fresques de Giotto, la figuration Hindoue et les premières peintures Américaines. Je positionne cette variété de styles artistiques au sein du contexte de la peinture figurative, et je remplace l’autoportrait habituel – l’artiste debout devant son chevalet – par un large portrait du travail de peinture. En travaillant stratégiquement avec les nombreuses formes et les divers passés de la peinture, je mêle mes préoccupations personnelles et picturales contemporaines à la discussion séculaire de la représentation. »

L’oeuvre de la quinzaine | « To Survive on Shore » Photographs and Interviews with Transgender and Gender Nonconforming Older Adults, Jess T. Dugan & Vanessa Fabbre

Pour l’oeuvre de la quinzaine, nous avons choisi ce magnifique photo-reportage. Voici une traduction du texte sur leur site, qui explique la démarche artistique et politique.

Les représentations de personnes transgenres âgées sont quasiment absentes de notre culture, et celles qu’on voit sont souvent sans profondeur.

Pendant plus de cinq ans, la photographe Jess T. Dugan et l’assistante sociale Vanessa Fabre on voyagé à travers les Etats-Unis pour créer « To Survive on This Shore : Photographs and Interviews with Transgender and Gender Nonconforming Older Adults » (Survivre sur cette rive : Photographies et interviews d’adultes âgé-es transgenres et aux expressions de genre non-conformes).

Elles ont voyagé de la côte Ouest à la côte Est, des grandes villes aux petites bourgades, cherchant des individu-e-s dont l’histoire de vie mêlait de complexes intersections entre l’identité de genre, l’âge, la race, l’ethnie, la sexualité, la classe socioéconomique et l’emplacement géographique, documentant les histoires de vies de ce groupe important mais largement sous-représenté de personnes âgées.

Les récits de ces personnes sont variés et s’étendent sur les 90 dernières années, offrant un registre historique important de l’expérience et de l’activisme transgenre aux Etats-Unis. Les portraits et histoires qui en ressortent donnent un point de vue nuancé, nous plongeant au sein des luttes et des joies de la vieillesse abordée du point de vue de personnes transgenres et offrent une réflexion poignante sur ce que cela signifie que de vivre authentiquement malgré des obstacles d’apparence insurmontable.

Nous avons traduit des extraits de certains témoignages, mais si vous parlez anglais nous vous encourageons vivement à aller les lire sur le site du projet photo en cliquant ici.

 

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Duchess Milan, 69, Los Angeles, CA, 2017

 

Je sais juste que je suis moi. Je ne pense pas en termes de noms, de formulaires et toutes ces choses là. Je suis juste moi, c’est qui je suis. Je suis en paix avec moi-même. C’est le sentiments le plus merveilleux du monde parce que vous n’êtes jamais en train de courir après quelque chose pour prouver à qui que ce soit que vous êtes qui vous savez être. Je sais qui je suis, et ce que les autres pensent ne me regarde pas. Voilà qui je suis. Je m’identifie en tant que Duchesse. (…)

Duchess Milan, 69, Los Angeles, CA, 2017

 

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Freya, 51, Minneapolis, MN, 2015

 

(…) cette année, mon rabbin a été d’un grand soutien. Si ma femme ou moi avons besoin de conseils, sa porte est ouverte. Après mon changement de nom public, il m’a invitée à avoir un petit rôle cérémonial lors d’un des services religieux pour les Fêtes. Il y a un moment durant le service, après la lecture de la Torah, où celle-ci est ouverte pour révéler trois colonnes, elle est tenue par une personne au-dessus de la table. On la tourne pour la montrer à toute la congrégation, puis on la referme. C’est un rôle cérémoniel, la Hagbah, et il se trouve que les noms de celleux qui le pratiquent sont imprimés dans le programme. En fait, je pense que le rabbin avait cherché un moyen d’imprimer mon nom dans le programme, du coup plein de gens sont venus me voir en me disant « Hey, félicitations ! Tu as changé ton nom ! » ou « Oh, c’est super ! ». Ça a été tellement confortant qu’iels m’acceptent, acceptent la personne que je veux être. Alors notre communauté religieuse a été un élément extrêmement important pour toute notre famille. (…)

Freya, 51, Minneapolis, MN, 2015

 

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Preston, 52, East Haven, CT, 2016

 

(…) Mon coming out auprès de ma famille a été assez facile. La plupart de mes proches m’ont dit « On attendait juste que tu nous le dises ». Ma mère a fait un commentaire similaire, et me souvient d’avoir été un peu en colère parce que je me disais « mais si tu savais, pourquoi tu n’as rien dit ? » J’avais l’impression de traverser tout ce déchirement intérieur, toutes ces années, et les gens savaient ? Je veux dire, personne ne m’a donné un indice. Tout le monde attendait que je le dise, vous savez. C’était fou. C’était un moment fou, mais beau en même temps. (…)

Preston, 52, East Haven, CT, 2016

 

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Linda, 60, Chicago, IL, 2016

 

(…) Mes parents ont immigré de Chine. Iels sont venus ici pour étudier avant que les communistes viennent au pouvoir, alors même s’iels voulaient revenir, le FBI les en empêchait. Et bien sûr, si moi et mon frère étions nés en Chine, ma vie aurait été complètement différente. Mon père était quasiment sourd et aveugle pendant les deux dernières années de sa vie, alors c’était difficile de communiquer avec lui. Je me suis dit que je ne lui dirais pas avant de ne plus avoir d’autre choix que de le faire. Lorsqu’il est mort, je n’ai pas été surprise parce qu’il survivait à tout le monde, toustes ses ami-es et camarades de classe. Alors au final, je ne lui ai jamais dit. Je regrette qu’il n’ait jamais connu sa fille, mais d’un autre côté, essayer de lui expliquer cela alors qu’il était déjà difficile de parler avec lui de trucs normaux aurait été trop compliqué. (…)

Linda, 60, Chicago, IL, 2016

 

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Debbie, 61, and Danny, 66, St. Joseph, MO, 2015
(…) J’ai commencé ma transition à l’âge de 64 ans. Mon cardiologue était réticent à l’idée de me donner de la testostérone à cause de mon âge. J’étais aussi en surpoids et ma tension artérielle était élevée. Finalement j’ai pris des demi-doses, et au bout de trois mois j’ai commencé à prendre des doses complètes. C’était génial. Je commençais très rapidement à avoir des poils sur le visage et sur le corps et ma voix est devenue grave presque instantanément. Mais ensuite j’ai eu un AVC, alors j’ai du arrêter d’en prendre. Toute la masculinisation que j’avais eu, je l’ai perdue en un an et demi sans testostérone. J’essaie vraiment de ne pas trop y penser. J’ai eu la chance, après 64 ans ans, d’enfin être heureux et être qui je suis. De regarder dans le miroir et de voir le mec que j’aurais du être pendant toutes ces années. Et maintenant ça ne va pas se passer. Aucune chance. (…)
Debbie, 61, and Danny, 66, St. Joseph, MO, 2015
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Sky, 64, Palm Springs, CA, 2016
(…) Je suis aussi un papa. Mon fils a eu onze ans la semaine dernière. En fait, c’est mon petit-fils ; ma fille est décédée d’un cancer il y a six ans. Lorsqu’elle est morte, il a compris très rapidement qu’il n’avait ni maman ni papa, alors on l’a laissé libre de comprendre comment il ressentait cela et ce qu’il voulait faire. Et il a décidé qu’il voulait des pères. Je pense que c’est assez clair qu’on est des grand-pères, mais ça ne lui convient pas. On l’a laissé choisir des noms pour nous, alors je suis Papa et mon partenaire est Daddy Bear. Et il nous présente toujours comme ses pères. (…)

Sky, 64, Palm Springs, CA, 2016

L’oeuvre de la quinzaine | Njideka Akunyili Crosby

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“The Beautyful Ones” Series #4 2015

 

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I Still Face You 2015

 

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Efulefu: The Lost One 2011

 

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Thread 2012

 

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Dwell: Aso Ebi 2017

 

Njideka Akunyili Crosby est née au Nigeria. À l’âge de 16 ans, elle part étudier aux Etats-Unis.

Représentée par la galerie Victoria Miro à Londres, elle vit et travaille à Los Angeles. Nous avons traduit une partie du texte écrit par sa galerie qui explique son travail :

« Son identité culturelle mélange de forts liens avec son pays natal et son pays d’adoption, une identité hybride qui se reflète dans son travail.

Au premier coup d’oeil, Njideka Akunyili Crosby semble se concentrer sur le foyer, représentant des scènes quotidiennes et des fêtes. Plusieurs de ses images représentent des gens – famille ou ami-es – dans des scénarios dérivés d’expériences domestiques familières : manger, boire, regarder la télé. Iels rencontre rarement le regard du spectateur mais semblent entraîné-es dans  des moments d’intimité ou de réflexion qui sont souvent laissées ouverts à l’interprétation. Les ambiguïtés des histoires et des gestes sont soulignées par une seconde couche d’image, discernable lorsqu’on s’approche. Des photos-collages aux motifs vibrants sont créés à partir de la pop culture et de la politique Nigérienne, incluant des photos de pop-stars, de top modèles et de célébrités, ainsi que celles d’avocats dans des perruques blanches et de dictateurs militaires. Certaines de ces images proviennent des archives personnelles de l’artiste composées de ses photos, de magasines et de publicités, et d’autres sont prises sur internet. Ces éléments présentent une métaphore visuelle éloquente traduisant les couches de mémoire personne et d’histoire culturelle qui informent et renforcent l’expérience du présent.

[…]

Parlant de son travail, Akunyili Crosby dit : « Tout comme les habitant-es de pays anciennement colonisés sélectionnent et inventent des caractéristiques culturelles qui leur sont transmises par les colonisateurs dominants ou métropolitains, j’extrapole à partir de mon apprentissage de la peinture occidentale pour inventer un nouveau langage visuel qui représente mon expérience – que je ressens parfois paradoxalement comme à la fois fracturée et entière – de Nigérienne cosmopolite. » »

 

L’artiste du mois | Eliz Mourad, une « diva arabe qui crie »

Alors que leur prochain album Blood Orange Sirup produit par la maison de disque Differ-ant est attendu pour février 2019, TELEFERIK sort un single estival, coloré et entraînant, «Khalina n’shouf» («Laissez-nous voir »). Ce mois-ci Prenez Ce Couteau a eu l’honneur de pouvoir s’entretenir avec la chanteuse et bassiste du groupe, Eliz Mourad.  Le temps de résoudre quelques problèmes techniques sur Skype, la conversation était lancée et nous avons traversé ensemble de nombreux sujets : l’identité, les langues, la musique commerciale, l’homosexualité, l’immigration, la politique…

 

 

« Khalina Khalina (Laissez-nous, Laissez-nous)

Khalina N’shouf ( Laissez-nous voir)

Kelmen Kelmen (À travers)

Albo 3al makshouf (Les cœurs) »

 

TELEFERIK, c’est d’abord une rencontre. Avant de monter sur scène, Eliz et Arno tournaient des clips pour des artistes. Et finalement, ensemble ils quittent l’image pour le son. Selon Eliz, ce qui fait le lien entre ces deux médiums c’est « l’envie de raconter des histoires ». Pour Eliz, « la musique est un moyen de s’exprimer plus directement, de raconter la même histoire sans avoir besoin de constituer une équipe de cinéma. » Un milieu très hiérarchisé qu’elle ne regrette pas d’avoir quitté. Eliz chante pour «ceux qui ne chantent pas», comme elle le met en musique dans Khalina n’shouf. Elle m’a raconté combien c’était vital, et quasiment de la résilience.

 

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TELEFERIK lui donne la liberté de mettre en chanson son identité multiple.  Elle le doit également à une relation de confiance, voire une profonde connexion amicale et musicale avec Arno, un virtuose qui  «a appris la guitare en écoutant du Hendrix». Leur second album, Blood Orange Sirup, est le fruit d’une série de rencontres. Rencontres avec des artistes rassemblés autour de ce projet : le roi du synthé Rizan Said qui a travaillé avec Omar Souleyman et Bjork apporte une touche dabkeh (musique/danse traditionnelle levantine), ainsi que le joueur de synthé Kenzi Bourras (Acid Arab), et enfin Azzedine Djelil pour la réalisation et le mixage. Une rencontre pleine de promesses entre le rock et la dabkeh. Comme elle l’affirme elle-même, « Plusieurs couches constituent mon identité, comme un mille feuille. » Elle s’identifie comme «française, libanaise, femme et lesbienne». Les titres de TELEFERIK superposent les identités. Les différentes couches conservent leur propre autonomie : le rock et la dabkeh, Eliz et Arno… C’est ce qui fait la beauté de leur proposition.

 

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« UNE DIVA ARABE QUI CRIE » !

Les influences musicales d’Eliz sont éclectiques : « Fairuz, Tina Turner et tout ce qui est punk ». Elle me raconte que «même si c’est un peu cliché,» la préparation des repas familiaux était rythmée par les puissantes voix des divas arabes.

« J’aimerais me positionner dans la continuité des divas arabes dans l’histoire de la musique arabe, mais avec une énergie rock et expressive. Une femme qui crie en arabe c’est assez mal perçu. Je l’embrasse complètement. »

La réception d’un chant en arabe, comme nous le rappelait Mennel, éveille la suspicion. Mais avec Eliz nous avons aussi parlé de nos héritages arabes, et de nos positions, nos compromis, et stratégies face à nos traditions. Et pour cause, elle entend aussi s’adresser à un public libanais, et plus largement au monde arabe. Sa voix est entendue puisque le groupe a attiré l’attention des chaînes de télévision arabes comme Al Hurra TV, et d’autres chaînes locales. « J’ai été interviewée car le clip Mara a été remarqué par la chaîne et une interview a suivi pour présenter Teleferik. C’était la première fois qu’ils voyaient une « rockeuse » arabophone et ils voulaient en parler.» 

 

 

« Mara » (femme en arabe) Une chanson blues sur la suspicion qui pèse sur les femmes lorsqu’elles sont célibataires. 

Une femme arabe qui crie peut aussi être mal perçue dans le monde arabe, pas seulement pour une question de genre mais aussi de classe. Ça ne correspond pas forcément aux codes de la féminité bourgeoise. Eliz insiste sur le fait qu’elle utilise un arabe populaire, celui qu’on utilise pour parler, qu’on entend dans les rues. Et ça, ça  bouscule aussi les représentations orientalistes.

Les chansons de l’album Blood Orange Sirup seront en trois langues : l’arabe, le français et l’anglais. Certains titres s’adressent plus particulièrement au contexte français, comme « De l’Autre Coté », tandis que dans « Aloulé », il s’agit de « répéter ce que l’on m’a dit, comment on m’a dit d’aimer et de quelle manière» se confie-t-elle. Dans cette chanson en arabe, Eliz joue sur le double sens, le jeu de mot, la poésie pour raconter une histoire sur l’orientation sexuelle.

 

ÊTRE UNE CHANTEUSE DANS LE MILIEU MUSICAL

J’ai posé des questions à Eliz sur ce que c’était d’être une chanteuse dans un milieu rock – et par extension musical – souvent dominé par des hommes. D’après elle : « Beaucoup de femmes font de la musique, la résultante et que pourtant on n’en voit pas assez qui continuent, n’abandonnent pas avant que leurs noms soient reconnus. Avec Arno nous sommes à égalité. On se partage les tâches et il me considère comme son égal. Après, dans le milieu musical, il est sûr que l’on s’adresse beaucoup plus directement à lui que à moi. Même si, en effet, tout ce qui est post-prod m’intéresse moins pour l’instant que la compo et l’écriture. » Eliz admet que parfois il faut fournir plus de preuves pour obtenir la confiance des autres.

 

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En discutant avec Eliz, il apparait évident que TELEFERIK se positionne politiquement. «De l’Autre coté» raconte la traversée des frontières, l’exclusion, à l’heure de la loi Asile et immigration. Il s’agit aussi pour elle de se questionner sur son identité : « Mais de quel coté est mon coté ?». En outre, Eliz a rappelé son engagement en ce qui concerne les questions LGBTQI. Elle a notamment fondé l’association SAWTI (ma voix) destinée aux femmes arabes queers. La queerness est une composante de son identité « mille-feuille ». Elle s’insinue dans les histoires qu’elle raconte, sur le fait de ne pas être tout à fait à sa place nul part, en tant que femme arabe lesbienne issue de la diaspora. Mais elle semble avoir élu domicile aux interstices entre ces différents espaces à force de voyager entre les mondes.

J’aime bien Jul aussi, c’est un recycleur. Il écrit comme on twitt et parle de son quartier avec sincérité. Il représente la jeunesse d’aujourd’hui.

Comme à notre habitude, nous demandons à nos artistes du mois de partager leurs coups de coeur actuels.  Pour Eliz, c’est Aya Nakamura et « la musique des descendants de l’immigration » en France.

 

 

Elle insiste sur le fait qu’on hiérarchise à tort les musiques, alors que selon elle tout est bon à prendre. « J’aime bien Jul aussi, c’est un recycleur. Il écrit comme on twitt et parle de son quartier avec sincérité. Il représente la jeunesse d’aujourd’hui. J’aime aussi le duo féminin rock Mr Airplane Man, un groupe indé US. » Elle ajoute « Rihanna!» puisque sa sonnerie de téléphone « Wild Thoughts » nous le rappelait.

 

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Bref, avec Eliz Mourad on est conviés à une traversée des frontières, à faire des sauts dans l’espace et le temps. Retrouvez TELEFERIK sur leur site webFacebook, Youtube, Soundcloud, Instagram, Tumblr.

 

/ Photos d’Eve Saint Ramon.